‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 218 sur 238 · CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME

ville. Le 3 septembre 1 4o8 , ils décident que , vu les merveilleuses nouvelles f on placera à chaque porte de la cité une garde de quatre personnes *. Au mois de novembre, la situation inspire encore plus d'inquiétude, et, en prenant les précautions nécessaires pour ne pas effrayer les bourgeois , les magistrats 'municipaux font veiller jour et nuit à la sûreté de la place. Le bailli et le capitaine sont invités à séjourner dans Rouen. Le capitaine de la ville doit consulter lès centeniers et cinquanteniers , chefs de la milice bourgeoise, pour savoir sur quels hommes on peut compter dans leurs compagnies. On avertira les gens d'église de se tenir sur leurs gardes. Des messagers seront envoyés à Paris, pour tenir le conseil de la ville au courant de ce qui s'y passe. On lèvera les pontslevis des portes de Seine et Martainville. On défendra aux aubergistes de loger des £ens armés sans en donner avis au capitaine de la ville; enfin on désignera les portes que la milice bourgeoise devra occuper ^ en cas de nécessité».

Ces minutieuses précautions indiquent une vive inquiétude et un danger imminent. Les magistrats

1 Archives mun ici p., Reg. municip., délibérât, du 3 septembre

7 Ibidem , Reg. des délibér. , séance du 1 1 novembre 1408.

municipaux ne redoutaient pas seulement les hommes d'armes qui rôdaient dans les campagnes, et pouvaient tenter un coup de main dans l'espoir du pillage* Ils craignaient plus encore la fermentation démocratique des gens de métier. Un des grands seigneurs du royaume, le plus puissant, Jean-sans-Pcur, faisait appel à leur énergie. Il leur montrait le parti opposé composé de nobles habitués à écraser le peuple d'impôts; il flattait leurs passions, leur promettait un gouvernement à bon marché. Comment cet appel du duc n'aurait-il pas été entende dans une grande cite industrielle où l'on murmu^ rait contre les impôts et où tant de griefs s'étaient: accumulés contre le gouvernement? Sur le tronc un roi insensé, une reine livrée à la débauche; à la tête des affaires, des seigneurs pervers ou incapables; partout la guerre civile; l'Anglais envahissant le royaume divisé : c'étaient là de puissans motifs pour se séparer d'un pouvoir qu'on accusait de tous les maux. La multitude croyait aux promesses du bon duc de Bourgogne; elle ne voyait pas que la main qu'il tendait aux Communes de France était encore teinte du sang des bourgeois de Liège égorgés à Hasbain. D'ailleurs, l'exemple de Paris animait Rouen; dans la capitale, les bouchers dominaient, et faisaient trembler les seigneurs et la riche bourgeoisie. Rouen suivit cet

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