‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 30 sur 238 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

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ssRouennais avaient dû au commerce leurs richesses, et par suite leur indépendance et leurs .privir I légçs. Celait encore le commerce ) qui alimentait la population chaque jour plus nombreuse de cet le ville. Toutes les corporations y drapiers , foulons , tisserands , tanneurs , etc. , ne cessaient de fournir les marchandises que les marins rouennais transportaient dans dés contrées lointaines. Le port de Rouen avait acquis une haute importance \ les bourgeois n'avaient cessé de res-

serrer le litde la Seine depuis l'époque où Louis VIII leur avait cédé les quais1. Les eaux du fleuve avaient gagné en profoodeur ce qu'elles perdaient en étendue, et les navires de cette époque pouvaient facilement remonter jusqua Rouen. Les bourgeois avaient aussi obtenu de Philippe III a plusieurs places vides sur ces mêmes quais , et ils avaient su les utiliser. Ainsi , k l'extrémité du ftotit , ils avaient établi un marché aux poisson^, un peu plus loin lé quai aux Meules , qui , dans ces temps Reculés, était sur la rive droite .de ta $eine? puis le marché aux(jcheyauxf Enfin, à l'e^^niité occidentale du quai, non. loin de l'ei»|*kicemettt/où s'éleva plus tard le Vieux-Palais, ils avaient leur clos aux galères, o»^ èomme-on disait alors, aux galées*. C'était un véritable arsenal où l'on déposait dés mftchitf es de guerre et' tout ee qui était nécessaire pour l'âiTOémènt d'une flotte. Lorsqu'en 1 338, on songea h faire une descente <m Angle* terne, le trésorier du roi, Nicolas Bahuchet , qui eut un si triste sort à la bataillé navale d* l'Ecluse, ordonna à Thomas Fouque j gafde duchsd&s Cttlées, à Rouen/ de livrer les armures et artillerie

* V«ycz,prçnjière partie .Pièces justificatif es,. p. 266 et 267. 3 Ibid., p. 285 et suivantes, J Ibidem , p. 285.

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qu'il , avilit dans son arsenal x .. Si i'indieatiou est exaçfce^ et s'il ne faut pas entendre ici p*r artillerie les apçiénoesinachinefc de guerre, Rouen fût une des prouvera», placer où Ton se servit des armes à feu. > Ce qui est certain , c'est que cette ville avait uo véritable port de guerre. Philippe de Valois y entretenait encore 7 en 1 34 o , des garnisons de mer, pour la pourriture desquelles il payait une indemnité aux Rouennais*.

Maïs c'était surtout fcous le point de vue commercial que le port de Rouen avait une grande ira* portance, \jt droit exclusif de navigation sur la basse Seine, auquel les bourgeois prétendaient toujours, malgré là charte de Louis X3, les rendait maîtres du commerce avec l'Angleterre, la Flandre ,■ la HoUande et la plupart des contrées septentrionales. Us jouissaient , dans plusieurs ports de ces» pays, de grands privilèges, et surtout de l'exemption du droit de péage, et de bris A. Ces franchises* excitaient souvent la jalousie des étrangers, et (•histoire de Rouen est pleine des luttes et des pro«> ces que soutint la Commune pour la défense de se& privilèges commerciaux. Les Flamands, surtout r

1 Catalogue des archives de Jouraaiuraulx, ann. 1336. » Archives nrntifcrpales , tir. 16 , n* 1 .

3 Voyez première partie, chap. XIII , p. 21 1 et suiv.

4 Ibidem, ch. VI, p. 98.

72 COMMUN* DE ROUEN. Il* PARTIE.

rivaux des Rouennais pour l'activité industrielle , s'efforcèrent de leur enlever les franchises dont ils jouissaient dans leur pays. La comtesse d'Artois , Mathilde , abreuvait aussi les marchands de Rouen de dégoûts et d'outrages, et voulait les empêcher de conduire leurs vaisseaux en Flandres * . Quelques bourgeois, de Rouen avaient surtout souffert des dispositions hostiles de la comtesse «d'Artois. On avait confisqué les denrées appartenant à Jean de Ja Férière, à Robin de Launoy et à GeoHroi Tranchet , parce qu'ils refusaient de -payer le droit que les gens de Mathilde voulaient prélever à Calais et à Bapaume; la Commune tout entière «vait pris leur parti et porté plainte nu parlement de -Paris contre la comtesse d'Artois , pour violation de ses privilèges commerciaux. Par arrôt du dernier jour de février i3a4 (i3a5), le parlement avait renvoyé les parties devant le bailliage d'Amiens. Pendant que l'on commençait l'enquête avec la lenteur de formes ordinaire à cette époque , Mathilde mourut en 1 3ag. Le comte de Flandres, Louis de Réthel et de Ne vers, lui succéda dans la souveraineté de plu-

• « Mathildis, cornes Atrebatensis,Kothoraagensibusinfesta, eos a trajectitio comraercio, quod eisoumFlandrensibus erat, arcerc tentabat, multa praefatis civibus quotidiè damna et injurias inferens; qui tandem obtinuerunt à senatu Parisiensi, ut in Flandriam transfretarc , etlibcrè ducere et reduccrc navcs possint. » Dclamare, Chronologia rothom., ann. 1325.

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sieurs villes d'Artois, du chef de sa femme, Marguerite, petite-fille de Mathilde l. Le procès continua^ maisavec dès iftcideit* que noua ne négligerons pas, parce qu'ils peignent les mœurs de l'époque. TxMiisde Réthel, malgré ses titres pompeux , était un prince nécessiteux, souvent en guerre avec ses bonnes villes de Flandres, Gand, Bruges, Ypres, et réduit à venir implorer le secours de Philippe de "Valois*. Dans un moment de détresse, Louis de Wevers emprunte deux mille livres tournois aux habitans de Rouen, avec lesquels il était en procès. Ceux-ci profitèrent de la position gênée du comte, et exigèrent la restitution de la somme ou la renonciation à tous les droits qu'il prétendait lever sur les marchandises des Rouennais. Le comte de Flandres fut obligé de céder à leurs exigences , et de faire ?»édiger une charte dont voici le sens : « Nous Louis, comte de Flandres, de Nevers et de Réthel, et seigneur de Bapaume, à tous ceux qui ces présentes verront ou entendront, salut : sachent tous que depuis long-temps il existe un débat et procès en Parlement, entre le maire, les pairs et commune de Rouen et nous, héritiers de feu madame Mahaut (Mathilde), comtesse d'Artois; et que

1 VJrt de vérifier les dates ne place pas Louis de Réthel parmi les comtes d'Artois ; c'était comme seigneur de Bapaume qu'il était en lutte avec les Rouennais.

74 COMMUNE DE UOUEN. II» PAlTft.

uoits nous étions engagé, en notre nom et au nom de notre 1res chère femme, envers les- bourgeois dé Rouen, à renoncer audit procès, 91 noua ne leur rendions pas, au prochain dimanche de* Brandons (Quadragésime), la somme de deux mille tournois, qu'ils nous ont prêtée, et qui doit çUre remise à Paris au change de Pierre NéeL Si noua manquions à cet engagement , les dits bourgecta devaient nous payer encore cinq cents livres, et avoir gain de cause en la cour de Parlementa Mais comme nos gens n ont pu s'entendre avec le» habitans 4e Rouen, sur l'acte qu'on devait rédiger j-.nousavo«s proroge le terme du paiement jusqu'au dimanche de Quasirnodoj promettant formellement que * si nous ne rendons audit jour les deux mille tournois au change de Piéride Néél, les bourgeois auront toutes franchises dans nos domaines, et que nous renoncerons au procès commencé, à condition, toutefois, qu'ils nous paieront encore cinq cents livres tourmois. Nous engageons, comme garantie de notre, promesse, tous nos biens et ceux de notre très chère femme. En témoignage de ce , nous avons scellé ces lettres de notre petit sceau, en l'absence du grand. Fait à Paris, le deuxième jour dé février f 344(i 345) >..

II était évident que le comte 11e pouvait se libé-

1 Archiv. municic, tir. 92, n" f.

CUAPtT&B QNQUtfiM£. 4528—1380. 7*

^v, et cherchait à gagner du tçmpç. Cependant , les. Rouentiais, qui , pour ua sacrifice pécuniaire clWîroa 5^ooa franc» de monnaie actuelle, obte~< *àaieftt dHnportans privilèges, consentirent à reculer Tépoque du paiement jusqu'au dimanche de ^nasimodo. MaÎ3,*au jour fixé ^3 avril i3<i5, leur g>racmreur, Jacques de Croisse t, requit deux notaires de Paris de l'accompagner au change de Pierre Néel. Il leur donna lecture de l'engagement contracte parieioomte de Flandres , et, au soleil levant, èe rendit avec eux sur le grand pont de Paris, au change indiqué. Us y attendirent , avec pkisieuiTS autres personnes, l'arrivée du comte, jusqu'à heure,de>prime ( -vers siglieures du matin). A cette heure, «naître Jean Chaubbart, procureur général de Louis de Ne vers, et Jean Guy, son receveur, se présentèrent. Jacques de Croisse t dit à maître Jean Chaubbart : « Vous êtes le procureur « du comte deFlandres. Je suis ici pour attendre le a paiement de deux mille tournois qu'il doit rendre «en ce jour aux bonnes gens de Rouen + ou pour « païer, au nom des Rouennàis, cinq cents livres « tournois y tomme il est contenu en ces lettres ; » et il montrait la charte du- comte.» — v Je crois, ré- « pondit Jean Chaubbart, que vous aurez proinp* « tement nouvelles du comte f mais je ne recevrai «pas les cinq cents li vires-;* je n'y suis point auto-

74$ COMMUNE DE ROUEN. 1I< PAtTiE.

a risé. » 11 se retira ensuite avec Jean Guy. Ver» — ' l'heure de tierce ( environ neuf heures du matin), le conseil ou avocat de la Ville de Roue» vînt sur le pont, à la requête de Jacques de Groisset,- et 4à, en présence des notaires et des ay très témoins y il exposa rengagement contracté par le comte etles privilèges promis aux bourgeois; si- le paiement n'était pas effectué au jour indiqué, et û requit les notaires de dresser acte de tout ce iqui s'était passé. Il se retira ensuite, et Jacques de Groisset resta toujours au change avec les; notaires. A l'heure de vêpres chantées ( vers trois heures»), vinrent Je connétable de FJandres, maître de l'hôtel dur comte, Godefroy de Berélle, son clerc et secrétaire, accompagnés de Jean Chaubbart et de Jean<Guy. Le connétable dit à Jacques de Groisset : « Prorogez le a terme du paiement à monseigneur jusques à la St.* a Jean-Baptiste , et lors, ou auparavant, vous serez « paies des deux mille livres. — Sire, lui répondit a Jacqu es de Groisset, je suis procureur de Gommune, « et vous savez bien ce que éest que Commune, et « combien je serais blâmé si je consentais à votre « requête; ne me le demandez pas, je n'ai pas ponce voir pour ce faire. Mais, s'il vous plaît recevoir « ciftq cents livres pour Monseigneur le comte de a Flandres, voyez-les à ce change. Je suis prêt à « vous les donner, et les offre à vous tous, puisque

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