‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 37 sur 238 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

des classes patriciennes, et les prad! hommes du commun delagilde des artisans1. À Florence, la lutte des grands arts et des petits arts n'est pas autre chose que la rivalité des riches et des pauvres*. La constitution d'une aristocratie bourgeoise à Rouen n'est donc pas un fait extraordinaire dans l'histoire communale. C'est le résultat nécessaire de l'inégalité que l'activité et l'habileté des uns, la nonchalance et le mauvais succès des autres, établissent bientôt entre personnes de même condition.

Pendant long-temps la haute bourgeoisie agit de concert avec le menu peuple. Cet accord parut surtout à l'époque où il fallut lutter ensemble contre les privilèges du chapitre , des moines de Saint-Ouen et des seigneurs féodaux. La Commune combattait alors comme un seul homme. Les pairs avaient besoin du concours des classes inférieures , et la petite bourgeoisie se soumettait volontiers h des chefs qui s'étaient élevés par le travail, et qui ne méconnaissaient pas encore leur origine. Malheureusement, cette union s'affaiblit dès le xiii0 siècle.

Sous Philippe-le-Bel , le peuple accusait déjà

1 « Boni homines tribuum patritiatarum Boni hommes

de eommunitate , de tribu bus fratrum de ghildd et opificum qui non s uni pat rie ii. » Ap. Aubertum Mirœum, II, 1024-1027.

1 Sismondi, Républ. Italiennes, t. Vil , p. 131.

88 COMMUNE DE ROUEN. Il- PARTIE.

les pairs d'exactions et de dilapidations dans l'administration financière1; il leur faisait un crime des charges pécuniaires qui résultaient de l'accroissement de la ville et des nouveaux besoins de la société. De son côté , l'aristocratie communale dédaignait les classes inférieures; elle méconnaissait son origine, et eût voulu reprendre, à l'égard du commun, le rang des anciens privilégiés. De là une lutte qui eut d'abord pour but de restreindre l'autorité administrative de la haute bourgeoisie3, mais qui porta bientôt sur d'autres points, et spécialement sur les privilèges des riches en matière commerciale. Le commua attaqua surtout la corporation des courtiers. Il s'adressa , comme pour la réforme administrative, à l'autorité royale, et n'invoqua pas en vain sa protection. Une charte de Jean, duc de Normandie, confirmée par son père Philippe de Valois, prouve que ces princes s'empressèrent d'intervenir dans les querelles commerciales. Elle nous fait connaître en détail la cause du différend.

En i335, le peuple de Rouen avait adressé au roi une doléance contre les abus que commettaient les courtiers. Il vint, à grands cris et à grandes

< Voyez première partie, eh a p. XII, p. 196 et 197.

2 Voyez première partie, chap. XIII, p. 216 et suivantes, et deuxième partie, chap. IV, p. .»6 et suivantes.

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