CHAPITRE SIXIÈME
vdameurs, dit la charte, se ptaindrède leurs exactions. Il faisait le plus triste tableau de la ville: le commerce ruiné, les marchands étrangers éloignés par la fiscalité odieuse des courtiers, partout la misère et la ruine imminente, telles étaient, selon les auteurs des doléances, les conséquences des abus de cette corporation. Le duc Jean et son père Philippe de Valois prêtèrent une oreille favorable aux plaintes dès Rouennais; mais ils ne pouvaient toucher aux privilèges d'une corporation sans porter atteinte aux droits de la Commune. Aussi est-il formellement déclaré, dans la charte de Jean , confirmée par Philippe de Valois, que le maire, les pairs et tous les habitons de Rouen consentirent à cette modification apportée aux réglemens de la corporation des courtiers. Les salaires que ceux-ci pourraient prélever sur les vins furent déterminés avec un soin minutieux. La charte abolit le monopole que s'étaient attribué les courtiers , et déclara qu'à Ta venir on pourrait vendre et acheter dans Rouen sans leur intermédiaire. Cependant, comme la ville, qui affermait les courtages, ne devait jamais perdre ses droits, on décida que l'acheteur et le vendeur se dispensant de courtier paieraient à la Commune une somme déterminée1.
L'exécution de l'ordonnance de 1 335 rencontra
1 Archives municipales, tir. 86, n° I.
90 COMMUNE DE ROUEN. Il» PARTIE.
de sérieuses difficultés de la part du corps intéressé au maintien des abus. Il y eut même des courtiers qui refusèrent de se soumettre au nouveau règlement. Mais le maire, Jean de Gisors, procéda eontre eux avec riguetuy priva de son office Milet de Criquetot,un des opposa ns, et le remplaça par Colin du Val-Richer. Le nouveau courtier prêta serment entre les mains du maire, et s'engagea à ne jamais prendre de salaires trop élevés1. Cependant, comme les courtiers étaient riches et in* fluens, ils échappaient souvent aux prescriptions légales. Quelquefois aussi, se prétendant lésés par la nouvelle ordonnance, ils refusaient de se soumettre aux droits que la ville prélevait sur leurs charges. En i33(), il fallut une ordonnance du duc Jean; pour les contraindre à payer le tiers de leurs courtages , et, lorsqu'en i345 levéque d'Auxerre vint; à Rouen, comme commissaire royal , pour apaiser les troubles qui agitaient la Commune, le peuple lui adressa encore des plaintes, contre les courtiers. L'évêque, pour mettre un terme à leurs exactions, déclara qu'à l'ayénir l'acheteur et. le vendeur pourraient traiter directement * sans rien payer ni aux courtiers ni à la ville; ils n'appelleraient le courtier que dans le cas où ils ne pourraient s'entendre sur le paiement de la tnarchan-
1 Archives municipales , reg. - , f° 32 recto.