CHAPITRE PREMIER
imputa à l'incapacité du pouvoir, et le combattit souvent sous Philippe de Valois et sous Jean son successeur.
Mais, lorsqu'un gouvernement réparateur, comme celui de Charles V, mit un terme aux guerres civiles et étrangères, et ranima le commerce, la commune de Rouen s'empressa de se rallier sous sa bannière. Elle honora toujours le sage prince qui légua son cœur à la bonne ville de Rouen. Sous son règne, elle se sépara avec éclat de l'alliance de Charles-le- Mauvais, roi de Navarre , et ne parut plus occupée que des conquêtes pacifiques de l'industrie. C'est l'époque où la draperie de Rouen est dans toute sa splendeur, où le commerce maritime prend le plus grand essor, où les Rouennais, associés auxDieppois, vont fonder des comptoirs jusque sur les cotes de Guinée *. C'est vers ce temps qu'au lion belliqueux qui figurait sur l'ancien sceau de la commune, les Rouenuais substituent l'agneau pacifique , l'agneau symbole de la corporation des drapiers, et dont l'empreinte marquait alors tous leurs produits a. Mais ces temps de merveilleuse prospérité ne durè-
1 Estancelin , Recherches sur les voyages et découvertes des navigateurs normands , et Vitet, Hist. de Dieppe, t. H, p. 17, 18, 31 , 33.
2 Delamare, Chronologia Rothomag. (ami. 1360). « Parmi Rothomagenses , qui omnium optimi ac subtilissimi babcntur, primùm sigillo et insignibus urbis signari crepti sunt. »
6 COMMUNE DE ROUEN. IIe PARTIE.
rcnt pas. Le sage roi descendit au tombeau, et sous son fils mineur reparurent les folles prodigalités, les impôts excessifs, et aussi les émeutes communales. Celle de Rouen fut une des plus violentes et des plus désastreuses pour la ville, où elle éclata. Après une orgie populaire, pendant laquelle on proclama roi un des chefs de la puissante corporation des drapiers, vinrent les vengeances royales. La commune supprimée, le beffroi rasé, les corporations désorganisées, des amendes énormes , et toutes les vexations que peut suggérer la tyrannie, telles furent les conséquences de cette insurrection connue sous le nom de Harelle.
L'événement le plus important de l'histoire de Rouen, et même de la Normandie sous Philippe de Valois , fut le rétablissement de la dignité ducale dans la province. Il y avait plus d'un siècle que le duché avait été réuni à la couronne, mais le souvenir de l'ancienne indépendance vivait toujours au fond des cœurs; on désirait le rétablissement du duché, comme le remède à tous les maux, comme un retour certain à des jours de gloire et de puissance. On se plaignait du despotisme de la royauté et de ses représentans. En effet, depuis la conquête de la Normandie par Philippe-Auguste , l'influence du pouvoir central était deveuue chaque