‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 51 sur 238 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

jour, à toute heure, maudits dans leur sommeil et dans leur veille, maudits dans leurs jeûnes, leur nourriture et leur boisson , maudits dans leur parole et dans leur silence , maudits dans ! leur maison et hors de leur maison , maudits dans l'eau et le feu -f maudits depuis le sommet de la tête jusqu'à là plante des pieds; que leurs yeux deviennent aveugles, leurs oreilles sourdes, leur bouche muette; que leur langue s'attache à leur palais, que leurs mains deviennent insensibles et leurs pieds immobiles. Maudits soient tous leurs membres; qu'ils soient maudits à jatnais. Qu'ils soient ensevelis avec les chiens et les ânes; que les loups dévoràhs se repaissent de leurs cadavres, et qu'ils aient pour compagnons le diable et ses anges de ténèbres.» Cette accumulation de malédictions, que notts traduisons littéralement d'après un manuscrit dé Ss*ïat-Oueri que cite le bénédictin Martenne * , était répétée tous les dimanches avec l'appareil le P^Us imposant. Elle se terminait par une cérémonie symbolique qui ajoutait encore à l'impression lu- 6**iire des ces anathêmes multipliées. On «teignait *^3 torches, poui* indiquer qu'ainsi devait s'éteindre *^ vie des excommuniés»

11 fallait une grande énergie pour lutter contre u **e puissance aussi formidable que celle de l'Église

* De antiquis êcclesias Rit i bus , t. Ii,p.9l0ct9!l.

1*8 COMMUNS DE KOU&V. IIe PARTIE

accablant de ses malédictions un chrétien rejeté d< la communion des fidèles. 11 fallait surtout un sen*timent profond de son bon droit, et c'est là ce qui explique pourquoi, plus d'une fois, les maires avaient bravé les foudres ecclésiastiques,' lorsque le clergé, confondant le spirituel et le temporel, empiétait sur les droits de la Commune. Mais il n'en était pas de même en cette circonstance. Les privilèges ecclésiastiques, en matière de juridiction, pouvaient être abusifs et protéger souvent le crime; mais ils étaient reconnus par la loi, consacrés, par l'usage, et, en y portant atteinte , le maire attirait sur lui une excommunication dont il eût été difficile de se faire absoudre. Robert Alorge recula devant uue pareille extrémité , et aima mieux relâcher le prisonnier; 'il remit Pierre Duïbur entre les laains des chanoines, en présence d'un grand nombre de témoins l. Le chapitre fit immédiatement rédiger un jacte qui constatait sa victoire sur l'autorité communale. Mais , quelque vives et fréquentes qu'aient été, au xive siècle, les querelles des bourgeois et des. chanoines, elles n'eurent pas, à cette époque, le caractère d'emportement que nous avons signalé dans les temps antérieurs2. Les bour-

' « Dictus Major dictuin incarcéra tu m nobis restituit. » Livre d'Ivoire , mscr. de la Bibliothèque publique (le Rouen, t° 185.

a Voy. ffist. de la Commune , première partie, chap. III.

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