‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 54 sur 238 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

ville", que lui avait cédés Philippe -Auguste1, s'étaient bientôt couverts de maisons privilégiées qui ne relevaient que de l'abbaye. Elle avait, depuis le temps de Richard Cœtnwle-Lion , le droit de franche mouture, et prétendait exercer ses droits de juridiction dans une partie de la ville. Enfin, dans tout l'éclat de sa splendeur, elle venait de jeter les fondemens delà magnifique basilique, qui est restée un des grands monumens du moyeu-âge. Rien n'est plus propre à donner une haute idée de 1» puissance de Saint-Ouen, que les funérailles du fondateur de* cette église, l'abbé Marc-Dargent, nriort en i33(). On n'eût pas étalé plus de magnificence pour un prince. Grands feudataires, officiers. ix>jaux, maire et pairs de la ville, corporations bourgeoises , assistaient , eh grande pompe, au cortège fenèbre du célèbre abbé % et semblaient rendre dommage à l'antique et- ft>yal monastère. Ainsi * abbaye de Saint- Ouen » appuyée sur des priviï^ges qu'elle prétendait faire remonter plus loin que *^ règne de Gharlemagne , était forte de Bon antiquité, de ses richesses, et de ses pompes religieuses ; e^le avait long-temps dédaigné la bourgeoisie qu'elle * vatt vue taillable et corvéable , et condamnée à une sorte de servage. Mais, dans un intervalle de deux

1 Voy. Hi$t. de la Commune, prem. partie, ebap. VII, p. 122.

2 Voy. Pommeraye, Hist. de V abbaye de St-Ouen , p. 295 et suif.

lfi COMMUNE DE ROUEN. II- PARTIE.

sièoles, les vilains avaient grandi, et depuis longtemps les moines avaient trouvé , dans les corporations de marchands, des adversaires audacieux, implacables , inaccessibles aux menaces d'excormmini* cation. Depuis, surtout, que la petite bourgeoisie prenant part à l'administration municipale, levait!, en quelque sorte, réchauffée par un sang plus jeune;!, ki hardiesse de la Commune cela it accrue; ^He attaquait, sur tous les points, les privilèges temporels de Saint-Ouen, lui contestait son droit de mouture, la franchise de ses vassaux, la possession exclusive de ses. forêts, et réclamait des enquêtes pour constater la réalité du droit de baron oie» auquel L'abbaye prétendait dans une partie de la y i 11 ç. De ces contestations naissaient des procès interminables, et parfois des luttes violentes et sanglantes, querelles qui sont peu importantes en apparence, mais qui; constituent, eu réalité, la vie de la Commune. Ce fut par ces luttes de cliaque jour, que la bourgeoisie secoua le joug des classes privilégiées, et cet affraor chissement progressif tlu tiers-état révèle ce qu'il y a souvent de mesquin dans les querelles des corporations.

Un des principaux griefs de la Commune était relatif aux franches aires ou francs moulins de Saint-Ouen, au droit qu'avaient les moines d'y moudre leur blc, et à l'extension qu'ils donnaient

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à ce privilège. Dès le xm° siècle , les Religieux de Sain t-Que« avaient été forces de rendre à la ville uu hommage féodal des plus bizarres, en reconnaissance, du droit de suzeraineté qu'avait la Commune sur tous les moulins. U fallait que, chaque awée, les moines de SaintOuen fissent conduire, dele^ir abbaye à la rueCaquerel, où était le- grand moulin de la, ville, un oison marchant par terre , tandis» que deux hommes lui tenaient les ailes; il devait être orné de lacs de soie au cou, et précédé de deux musiciens; a» apportait en même temps 4eux cruches de vin, deux gros pouletsy des pâtisseries, etc. Jusqu'en 160a , les moines fureut soumis à cet usage, qui provoquait, les irristons et moqueries û\x peuple, comme, ils le disent dans leur requête pour obtenir la suppression de cet laminage ridicule l. Mais les bourgeois ne se bornaient pas à imposer aux moines une redevance qui les humiliait, ils surveillaient avec soin les franches aires du couvent , et s'opposaient à ce que les vassaux de Sain t-Ouen fissent trafic d'un pain qui devait être réservé pour leur usage. U paraît que cet abus avait lieu, et que plusieurs habitans de la rue Piocedos pouvaient fournir le pain à meilleur marché

1 Voyez les pièces du procès dans la Revue rétrospective normande, publiée par M André Pottier, -conservateur de la Bibliothèque de Rouen , n" XII.

que les boulangers clé la ville, et leur faisaient une concurrence dangereuse. La Commune ne pouvait tolérer un pareil abus. En effet, ë\\ë avait achefé du roi le droit exclusif dé mouture1; elle payait une rente considérable pour te conserver. Elle l'avait affermé à des bourgeois: qtaï, eux-mêmes* se trouvaient frustrés de leurs privilèges pat- les vassaux des moines. Elle porta donc, eh 1 335, ses plaintes au duc Jean, qui reconnut Pab us et enjoignit, par une charte expresse au bailli de Rouen, de s'opposer à la vente du pain ciïit daiks lfes maisons des moines. « Le maire de la ville de a Rouen, disait-il au bailli, s'est plaint à nous; il « nous a représenté que les bourgeois nbuis paient « une rente pour les moulins, et, qii?éh vertu de ce leurs franchises et libertés, nul ne peut ni ne « doit vendre de pain dans la ville, si ce n'est au ce jour de marché , à moins d'être de la çorpora- « tion des boulangers de la ville. Il n'y a d'excepcc tion que pour quelques franches aires. Néanfooins, « l'âbbé de Saint-Ouen a fait construire plusieurs er maisons sur les arrière-fossés de Rouen, et la, « on a vendu du pain qui à été saisi par le maire « et les fermiers deà moulins de la ville; mais ce l'abbé l'a fait restituer, au grand grief, dommage

1 Voyez Hist. delà Commune, première partie, chap. IX, p. 155 et suivantes.

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