‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 59 sur 238 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

rente pour jouir des privilèges ecclésiastiques ** Cette conduite des moines excitait d'autant plus le mécontentement de la Commune, qu'ils étendaient leurs prétentions sur plusieurs rues, et voulaient constituer dans la ville un quartier franc dont les privilèges auraient nécessairement attire beaucoup d'habitans au grand détriment du reste de la cité. On fit plusieurs records ou enquêtes sur les terrains où les moines voulaient exercer le droit de barbnnie. Ils réclamaient, outre le vaste emplacement que comprenaient leur monastère, leurs jardins et leurs cours, la rue Pincedos, la rue des Murs-Saint^ Ouen, la rue Bourg- l'Abbé; un côté de la rue des Àrsins, l'hôpital du roi, qui se trouvait dans la rue Saint-Ouen , au coin de la rue des Arsins $ toute la partie de la rue Saint-Ouen (rue de l'Hôpital), qui s'étendait vers leur monastère, plusieurs maisons et moulins sur Robec, plusieurs maisons à Saiat^ Vivien, tout le quartier SainUNicaise, un manoir au Nid-de-Chien , et un autre manoir à Bihorel, avec les bois et terres qui en dépendaient*. Nous ne mentionnons ici, d'après le registre qui contieut l'enquête, que les terrains compris dans Rouen,

1 Archives municipales, reg. DD , f° 22 verso.

3 Archives municipales , reg. DD , f°s 10 verso, et 1 1 recto. On trouve dans ce registre l'ënuinération complète des terrains réclamés par les moines, avec les procédures qui s'y rattachent.

ou aux portes de la ville. Hors de Rouen r les moines étaient seigneurs d'un grand nombre de villages. Les bourgeois étaient fort loin de Reconnaître le justice des prétentions de l'abbayç spr les maisons et quartiers mentionnés. Ils soutenaient, au contraire , que l'abbé de Saint-Ouen q'avait droit de baronnie que dans son monastère et. quel-, ques maisons des environs. Le prQcès qui ; résulta: de ces prétentions opposées se prolongea pendant de longues années /et ne fut terminé que sous Charles V. En attendant , les vassaux des moines, ou ceux qui, sous ce nom , voulaient se soustraire aux charges de la ville, refusaient de payer leur part des taxes prélevées par l'autorité centrale. En 1 345, lorsque, pour résister aux Anglais, le duc de Normandie, Jean , demanda un aide extraordinaire aux Normands, les vassaux de l'abbaye refusèrent de contribuer aux charges de la ville. Le maire ordonna à ses sergens de saisir les biens de plusieurs d'entre eux , tels que Michel Lambert et Guillaume Mauffe, et les fit vendre à l'encan, malgré les protestations des moines1.

Ainsi il y avait haines et violences mutuelles. Saint-Ouen accusait la bourgeoisie de violer ses franchises, d'envahir ses moulins, de maltraiter et d'emprisonner ses serviteurs, d'abattre ses forêts. La

1 Reg. DD, f°s9 ver.so, 10 recto et suiv.

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