CHAPITRE NEUVIÈME
nous avons déjà retracées en parlant cie Saint- Ouen , nous nous bornerons à résumer eu deux faits le caractère de toute la lutte. D'abord, la Commune accusait l'abbé de Fécamp de ne pas respecter les franchises des bourgeois. En 1 345, par exemple, on voulut forcer plusieurs marchands de Rouen de payer l'impôt à la foire Saint-Gervais. Vainement ils alléguèrent leurs privilèges; les sergens de l'abbaye les contraignirent de payer la taxe. De là un interminable procès. Ensuite , le maire de Rouen et les bourgeois se plaignirent de voir s'élever à Saint-Gervais une ville rivale de leur cité, franche de tout droit, et d'autant plus dangereuse pour la Commune. Ils adressèrent une longue requête au duc de Normandie et au roi de France, pour leur représenter que les intérêts de la ville , et par conséquent ceux des princes, qui en étaient souverains, étaient sérieusement compromis. « Les hommes de Saint-Gervais, disaient-ils, viennent trafiquer dans Rouen, et ne pourraient même vivre autrement. Ils veulent avoir toutes les franchises et libertés de la ville, mais sans contribuer à aucune. des charges. Si on leur accordait ce privilège , les aides levés par le seigneur duc perdraient de leur valeur. Il en résulterait de si graves inconvéniens» que la meilleure partie des bourgeois irait demeurer au fief de Saint-Gervais, qui appartient aux
religieux de Fécatnp, afin d'avoir pleine franchise dans la ville. Rouen serait ruiné , et le seigneur duc ne pourrait plus percevoir ses rentes. Leé marchands étrangers déserteraient aussi notre cité pour la ville privilégiée1.» Bref, les bourgeois montraient, au duc, comme imminente, la ruine de la Commune, et, partant, l'anéantissement des droits important qu'il percevait à Rouen. Ces raisons, et d'autres semblables , touchèrent le duc Jean et son père le roi Philippe de Valois.
Jean , craignant la diminution des impôts qu'il percevait à Rouen , ordonna à ses officiers de ste joindre au maire et aux pairs dans toutes les questions qui pourraient toucher à ses droits temporels. « Le maire et les pairs de Rouen , disait-il au « bailli dans une charte datée du 1 3 avril 1 336 ,
1 « Les hommes des dis religieux viennent marcheander en Ja dicte ville ne ne pourroient vivre autrement; que eulx veulent et vouldroient user et usent des franchises, lihertés et proufis de la dicte ville et ne con tribu oient en rien avec les bonrgefs as choses dessus dites ( les impôts), et ainsi seraient et pourroient estre les aides faites au seigneur de trop mendre value ; et il s'en ensuiroit si grant inconvénient que la greigneur partie des bourgois de la ville yroient demourer enfleudeSaint-Gervais, qui est as dis religieux , afin cT estre frans en la dicte ville et atrairoient les dis religieux à culs les dis bourgois , et pour ce ne va ul droit la dicte ville dedens hrief temps que peu ou néant et ne pourroient estre faites au dit seigneur les choses dessus dictes ne ses rentes estre paies, etc.» Archives municipales, reg.DD, f° 123 recto.