‹ Histoire de Rouen pendant l'époque communale 1150-1382Chapitre 78 sur 238 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Sacquenville, et d'un grand nombre d'autres, parens ou amis de ses victimes. Philippe de Navarre s'exprimait ainsi : « A Jean de Valois, qui se prétend roi de France, nous, Philippe de Navarre , signifions que, pour le grand tort et injure que vous avez fait à notre très cher seigneur et frère, Charles de Navarre, en l'accusant d'une trahison à laquelle il n'a jamais songé, et en le surprenant traîtreusement, sans respect pour le droit et la loi , nous sommes courroucés contre vous et ne négligerons rien pour venger un pareil forfait. Sachez que vous comptez en vain dur son héritage , si vous l'assassinez pour vous emparer de ses terres, comme vou3 l'avez fait à l?égard du comte d'Eu et de Gaines; <car vfcus n'en occuperez pas un pied , et , à partir de ce jour, nous vous défions , vous et toute votre puis* sance, et vous ferons une guerre implacable, aussi grande que nous pourrons. En témoin de qxtoi avons fait mettre notre sceau à ces présentes. Donné à Conches-sUr-Yton , le 17e jour d'avril , Van de grâce de Notre-Seigneur 1 355 ( i356: )'r» Quand le roi eut* lu ces lettres, dit Froissard, fl devint tout pensif. Elles présageaient, en effet, lek cruels malheurs qui allaient fondre sur la Normandie et la France entière.

1 Froissard, liv. I, deuxième partie, th. 21.

Bieutôt Jean quitta Rouen, traînant après lui le roi de Navarre , Friquet de Friquans et Jean de Bautalu ; ils furent enfermés au châtelet de Paris, et ensuite transférés de prisons en prisons. Cependant, la guerre civile commença à exercer ses ravages en Normandie. Philippe de Navarre, Geoffroi d'Harcourt, et les autres rebelles, fortifièrent leurs châteaux , et se mirent à dévaster le pays. Ils s'allièrent avec les Anglais , et sacrifièrent si complètement leur patrie au. désir de la vengeance, qu'ils reconnurent Edoùai*d III comme roi de France, et lui firent hommage pour leurs domaines féodaux x. Le duc de Lancastre leur amena des secours , et alors leur audace devint si grande, qu'on craignit un instant pour Rouen. Après avoir brûlé Verneuil , ils poussèrent jusqu'à la capitale de la Normandie , en incendièrent les faubourgs, et dévastèrent tous les environs. A cette nouvelle, Jean partit de Paris , et se rendit à Rouen , où il passa trois jours. Il réunit dans celte ville environ dix mille hommes d'armes , et une infanterie nombreuse, et se disposa à attaquer les rebelles et leurs alliés; mais, à l'approche de l'armée royale, le duc de Lancastre, Philippe de Navarre et Geoffroi d'Harcourt, battirent en retraite vers la Basse-

1 Secousse, Hist. de Charhs-le-Mauvais , I, 83.

Page 1