CHAPITRE DOUZIÈME. 1586— 1&S
Normandie. Jean se mit à leur poursuite ,* et, pour quelque temps, la guerre s'éloigna des murs de Rouen1. Mais le spectacle des villages brûles , des paysans réduits à la misère , des récoltes détruites, n'en, était pas moins sous les yeux des bourgeois.
Ils ressentaient encore plus vivement les misères de la guerre, lorsqu'il fallait en payer les frais. Le 1 7 juin 1 356, Jean publia une ordonnance , enjoignant au bailli de forcer tous les habitans de Rouen de payer l'impôt. «Ils y étaient d'autant plus obligés, disait la charte royale , que leur ville était presque la seule close en Normandie, la seule où l'on pût trouver un asile contre les fureurs de la guerre a. » Mais, en même temps, il fallait travailler sans cesse à en fortifier les remparts par d'immenses travaux, et par conséquent lever de nouveaux impôts. Il fallait solder les cinquante arbalétriers à cheval qui suivaient le roi dans son expédition de Basse-Normandie, payer à chacun d'eux trente sous tournois par jour, et quinze aux fantassins que la ville avait équipés et fournis à l'armée royale 3. Cette guerre civile devenait ainsi de plus en plus onéreuse et odieuse aux Roucnnais; et à qui pouvaient-ils l'imputer, si ce n'est au roi, qui, par la violence de sa
1 Froissard, liv. I, deuxième partie, chap. 21. a Arch* municip., reg. îi, f° 144 verso. 3 Ibid, f° 99.
4*8 COMMUNE DE ROUEN. If« PARTIE.
conduite, avait provoqué les révoltes, et auxnobleS •qui sacrifiaient la patrie à leurs vengeances <km mestiques? De là ce sentiment d'indépendance nu» nicipale qui tendait presque à transformer les villes en républiques. Il germait dans toutes les Communes de cette époque , et il se développa surtout après la défaite de Poitiers , où la royauté montra taét d'incapacité , la noblesse une folle confiance et une funeste indiscipline.
Ce fut le 19 septembre i356 que fut perdue cette désastreuse bataille , où le roi Jean ne pst expier, par des prodiges de bravoure, les fautes multipliées qui le livrèrent à l'ennemi. Le dauphin, duc de Normandie, prit lâchement la fuite à h tête d'un corps d'armée considérable , et vint cacher sa honte à Paris. Il fut forcé de convoquer les États généraux pour diriger la France dans ces circonstances critiques. Alors , pour la première fois, la puissance populaire ne se bornant plus aux Communes, où jusqu'alors s'était concentrée son influence, aspire à gouverner le royaume. A la tête des États, qui se réunirent le i5 octobre i356, •parurentdeux hommes du peuple , Etienne Marcel, prévôt des marchands, et chef de la; grande Gommune de Paris, et Robert Le Coq, évêque de Laon, naguère trésorier de la Cathédrale de Rouen f.
1 11 fut trésorier de la cathédrale, de 1350 à 1353.— Voyez Secousse, Hist. de Cha rles-le- Mauvais , 1 , p. 107, note.