CHAPITRE PREMIER
Rouennais attestent, au contraire, que le courage et l'esprit national vivaient toujours au sein des grandes villes industrielles de ce pays. Mais la France divisée, la Normandie soumise à un duc dont la bravoure dégénérait en témérité, et qui manquait des autres qualités d'un souverain, étaient hors d'état de réaliser ce projet gigantesque. Il leur fut même difficile de résister à un prince aussi habile qu'Edouard III, et à une nation qui, après de longues divisions, s'était unie sous un gouverne* ment ferme et modéré. Les Anglais, que les Normands avaient voulu poursuivre jusque dans leur île, vinrent bientôt apporter dans notre pays tous les fléaux de la guerre. Edouard III, après avoir vainement attaqué les provinces septentrionales de la Frauce, débarqua, en i345 , sur les côtes de Normandie. Malheureusement , cette province était alors en proie aux luttes intestines, résultat inévitable du système féodal. Plusieurs barons s'étaient insurgés contre le roi, et, entre autres, Geoffroy de Harcourt. Il avait été banni en 1 344 S et maintenant, traître à son pays, il servait de guide aux Anglais, et lés excitait à livrer la Normandie aux horreurs de la guerre.
En présence du danger , la commune de Rouen ne négligea aucun effort pour se préparer, à une ré-
• Grandes chroniq. de St-Denys , Philippe de Valois , cl*. 32.
sistance énergique, et la royauté, qui sentait toute l'importance de ce rempart de Paris , s'efforça d'attacher de plus en plus les Rouennais à sa cause. Une ordonnance , datée du 1 5 février 1 345 ( 1 346), est évidemment une concession faite par le pouvoir central à l'esprit communal z. Dans cette charte, Philippe de Valois déclare que Jes gabelles et autres impôts n'ont jamais eu qu'un caractère temporaire, et qu'ils cesseront immédiatement d'être perçus; on n'exigera pi us des villes de prêts forcés, impôts déguisés, non moins odieux que les autres; le nombre des officiers royaux, qui avait été considérablement augmenté, sera réduit aux anciennes limites , à moins qu'on ne reconnaisse la nécessité de l'étendre, d'après le conseil d'un certain nombre de sages du pays, gens d'église, nobles et bourgeois. Il est formellement défendu, sous les peines les plus sévères, à tous les officiers royaux, courriers ou autres, de s'emparer, au nom du roi, de chevaux, charrettes ou provisions; on pourra arrêter immédiatement ceux qui se rendront coupables de pareilles violences. Le roi ordonne, expressément de protéger les marchands contre les gens de guerre qui parcouraient sans cesse le pays. On pourra interjeter appel devant le Parlement de Paris, des sentences des maîtres des eaux et forêts, et des
1 Archives municipales, tir. 226 , n° I.