CHAPITRE PREMIER
justice du maire. Les bourgeois portèrent plainte à Philippe de Valois , qui ratifia pleinement la charte de son aïeul. Après l'avoir rappelée textuellement dans ses lettres patentes, il ajoutait : <r Nous voulons, accordons, et approuvons tous et chacun des privilèges contenus dans ces lettres , et nous les confirmons par la teneur de ces présentes. ' »
Le motif qui avait engagé Philippe de Valois à faire tant de concessions à la Normandie, était la nécessité de rallier tous les Français sous la bannière royale, pour lutter contre Edouard III. La guerre venait d'éclater entre la France et l'Angle-y terre, guerre terrible, excitée par les prétentions d'Edouard, et rendue plus dangereuse par la trahison de Robert d'Artois et la révolte des Flamands. Pendant plus de cent ans, les hostilités, à peine suspendues par quelques trêves , désolèrent la France, et surtout la Normandie, qui, par sa position, se trouvait exposée au premier choc. Cette
1 « Philippus , Dei gratiâ Francorum rex , notum facimus tàm prsesentibus quàm futuris quèd nos infrà scriptas littcras vidiraus forraam quœ sequitur continentes : Philippus , etc. ( Suit la charte de Philippe 111 ). Nos autem omnia et singula, prout in eisdera litteris exprimuntur, voluinus, concedimus, approbamus et tenore praesentium contlrmamus , salvo in aliis jure nostro et quolibet alieno. Quae, ut rata et stabilia permaneant in futurum, prsesentibus litteris nostrum fecimus apponi sigillum. Actum Parisiis, anno incarnationis doraini millesimo trecentesimo nono , mense decembri. » Archives municipales, reg. -^, f°$ 17 et 18.
province fit preuve, dans la lutte, d'une grande énergie. Elle semblait avoir repris, avec ses libertés, son antique valeur et ce courage héroïque qui avait triomphé aux champs d'Hastings. Le nom magique de duché de Normandie avait comme ébloui tous les esprits; on s'imagina voir renaître les jours deGuillaume-le-Conquérant, et, avec une généreuse témérité, on rêva une nouvelle conquête de la Grande-Bretagne. Les barons normands signèrent un traité par lequel ils s'engagaient à faire une invasion en Angleterre1. Le contingent de chacun d'eux y était déterminé. Les communes ne restèrent pas étrangères à'cette héroïque résolution. Celle de Rouen s'associa avec ardeur aux audacieuses entreprises de la noblesse. De concert avec d'autres villes , elle s'engagea , en 1 33g , à entretenir pendant dix semaines quatre mille hommes d'armes, et vingt mille fantassins pour la conquête de l'Angleterre2. Si ce généreux élan resta sans résultat , ce n'est ni à la commune de Rouen , ni à la Normandie , qu'il faut l'imputer. Les actes des
1 Voyez l'acte dans Ryraer, Acla et Fœdera, T. II, pars IV, p. 196 et 197, édit. de la Haye, 1745.— L'original, avec les sceaux des seigneurs, est conservé aux Archives du royaume. — Les Grandes chroniques de St-Denys (Philippe de Valois , ch. 16 ) , s'expriment en ces termes : « En ce temps , le roy de France , Philippe , conferma aucuns previléges eu Normendie, et, pour ceste cause, ils s'appareillèrent d'aller en Angleterre. »
* Archives du royaume, Trésor des chartes, layettes, J , 210.