CHAPITRE QUINZIÈME
public, et le désordre de l'administration financière, forçaient la royauté de chercher partout des ressources , et souvent d'en créer d'illégales. Ainsi , Jean tenta de rétablir à Rouen ces monopoles, qui s'achetaient à un prix élevé, et fournissaient au pouvoir une ressource temporaire. On se rappelle que, jadis, la vente du pain, du charbon, du bois, du poissou, etc., était concédée à un favori, ou à quelque riche bourgeois , qui payait chèrement ce monopole *. La Commune n'avait rien négligé pour mettre un terme à ces abus. Elle avait racheté par de .grands sacrifices les droits que les rois avaient accordés à quelques particuliers. Il y avait eu à Rouen, jusqu'au *uie siècle, un bouteiller roy#l, qui avait le droit de percevoir quatre galons par an sur tous les vins vendus dan$ les tavernes .de la ville et de la banlieue; il prélevait toutes Im amendes auxquelles on condamnait les ta ver nier s pour fausses mesures, I^a Commune racheta ce monopole ; en assurant des rentes à ceux qui en avaient la jouissance, elle parvint à l'annuler 2. Elle avait également réussi, sous le règne de S. Louis, à supprimer l'office de pannetier royal ,
Voyez Hist.de la Commune, première partie, page 82.
' Arch et verso.
a Archives munie . , reg . -, folios 56 recto et verso , et 57 recte
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qu'occupait Laurent le Chambellan1. Elle avait ainsi, par des sacrifices pécuniaires, concentré dans ses mains la juridiction sur les diverses industries , abandonnée jadis à quelques courtisans. C'était là un progrès vers l'unité et le bon ordre i un pas pour sortir du chaos du moyen-âge. Aussi la bourgeoisie vit-elle avec indignation la royauté rétablir ces monopoles, qu'elle avait eu tant de peine à supprimer. Une charte du roi Jean , datée du 22 août 1 354% rétablissait la charge de poissonnier, la conférait à Arnauld Monnoie , et lui donnait le monopole du marché aux poissons, situé alors au bout du pont. A peine connut-on à Rouen cet attentat aux libertés communales, qu'on résolut de protester énergiquement. Le 2 septembre de la même année , les bourgeois adressèrent au roi une doléance , où ils exposaient que chacun dans Rouen était libre de vendre et d'acheter des saumons et autres poissons sur le marché du bout du pont 3,
1 Voyez Hist. de la Commune , première partie , Pièces justificatives, n° XV.
* Reg. DD, f° 87, recto.
3 « Major et Pares villa? nostrae Rothomagensis nobis graviter conquerendo raonstraverunt quôd licèt habita tores dictae villa; et fréquentantes eamderaper seseu eorum deputatos consueverint pure et libéré venderc et emere salmones et alios pisces mortuos
in loco dictae villae vocato le bout du pont » Archiv. m un.,
reg. DD , f° 87 recto. Ce marché était très vaste ; il s'étendait jusqu'à la rue Haranguerie , dont le nom rappelle l'espèce de poisson vendu en ce lieu.