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ni | HISTOIRE DE ROUSSILLON.

milice locale ne pouvait prendre les armes sans le concours des officiers royaux, bayle (batlle) ou viguier (vepuer). Il est même certain que le droit de guerre, ou droit de ma armada (main armée), comme on l’a appelé, était antérieur à la charte communale qui ne fit que le consacrer ou peut-être

le limiter; l’organisation de la milice bourgeoise de |

Perpignan date proprement de 1174; à partir de 1197, le premier consul en fut colonel.

Le roi Pierre s'était toujours médiocrement intéressé aux affaires ; à la fin de son règne, son oncle, Sanche, puis le fils de celui-ci, Nunyo-Sanche, gouvernèrent le Roussillon. Nunÿo resta en possession de cette sorte de vice-royauté jusqu'à sa mort survenue à Perpignan même, au début de] janvier 1241, c'est-à-dire au delà de la minorité du roi suivant, Jacques le Conquérant.

Jacques le Conquérant, fils de Pierre et de Marie de Montpellier, avait hérité tout jeune d'immenses territoires, qui comprenaient non seulement l’Aragon, la Catalogne et les comtés de Roussillon et

Cerdagne, mais encore la seigneurie de Montpellier.

Il trouvait en outre dans l'héritage aragonais des fiefs ou des droits de suzeraineté étendus en Provence. Jacques accrut encore ces domaines déjà si

vastes. Îl y ajouta les Baléares, Valence et Murcie,

gagnant ainsi son glorieux surnom.

Or, Jacques le Conquérant n’est point un simple guerrier féodal, c’est une des plus brillantes figures du xrr1° siècle. Grâce à son activité de capitaine et à son talent d'administrateur, il porta la monarchie aragonaise à un rang élevé parmi les États de l’Eu-

rope. Il mérite en particulier, d’être considéré

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. comme le véritable fondateur de la nation catalane. Caril est manifeste que les annexions du Conquérant profitaient surtout à la Catalogne. En façade sur la mer, l'antique Marche prend un essor politique et économique incomparable et Barcelone devient la capitale de l'Etat aragonais tout entier. La Méditerranée paraît à la veille de devenir, comme on l’a dit, « un lac catalan ». Les ports du Rotat lon, nous le verrons bientôt, ont participé dans une large mesure au mouvement militaire et commercial qui s'accélère vers le Levant.

En Roussillon, Jacques le Conquérant se montra administrateur attentif et sage. C’est ainsi qu'il sut modifier la constitution communale de Perpignan pour adapter les libertés primitives à l’extension progressive de la ville.

À peine a-t-1l pris en main le gouvernement des comtés, un an au plus après la mort de Nunyo-San- . che, qu'il fait en ce sens un premier pas. Il profite de la confirmation des chartes qui, selon l’usage, lui est demandée lors de son entrée en ville, au début de 1243, pour créer le Call, sur la pente du Puig. Sur le Call s'installa l'Alyama, c’est-à-dire la communauté juive de Perpignan.

C'est aussi au Conquérant que Vinça doit ses murailles, pour la construction desquelles il affranchit les habitants de droits onéreux ; c’est à lui également que remonte le poblacio d’Opoul, l’antique Sordonia. |

Au demeurant, ces préoccupations défensives étaient fort légitimes à l'heure où, du côté français, la souveraineté de l’ancienne Marche pyrénéenne était remise en question.

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12 Hu HISTOIRE DE ROUSSILLON.

Le glissement subreptice des comtés carolingiens dans la monarchie aragonaise créait, à cette heure,

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une situation délicate aux deux Cours de France et

d'Aragon. La Croisade contre les Albigeoïis avait déterminé la chute du Languedoc dans les mains capétiennes. Les héritiers de Hugues Capet, longtemps retenus au Nord, redevenaient agissants au Midi. Sous forme de ‘domaine réel se reconstituait pièce à pièce l’ancienne mouvance carolingienne. La dynastie laborieuse qui opère cette œuvre patiente de restauration s’entoure de légistes. Rien ne saurait prescrire pour eux la souveraineté ; jamais un roi de France n’a renoncé à ce que lui a attribué, -au:x° siècle, le traité de Verdun. Aïnsi, la puissance capétienne, portée à son comble sous saint Louis, tendait à se heurter à la puissance aragonaise, portée à un point si élevé par Jacques le Conquérant.

Le problème pyrénéen, virtuellement posé par la rupture de l'unité romaine de la Narbonnaise, se trouvait maintenant énoncé en fait. Or, ce problème ne reçut au xt siècle qu'une solution provisoire, mais qui devait suflire longtemps encore.

En effet, si le roi de France pouvait revendiquer un droit de souveraineté sur certaines terres incor-

porées au royaume d'Aragon, le roi d'Aragon, par

contre, avait des droits en Languedoc et en Pro-

vence. Un compromis était dès lors possible. Il fut

élaboré au traité de Corbeil (16; juin 1258).

” Jacques, en vertu decetraité signé avec saint Louis, sd seulement de ce côté-ci 1. monts, le Done. sillon, la Cerdagne et la seigneurie de Montpellier.

Le traité de Corbeil semblait donc supprimer toute cause de conflit entre l’Aragon et la France.

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