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pent; ils s’habituent à ne vivre que derrière de - bonnes murailles, et à la vie rurale se substitue : la vie urbaine. Autour de quelque sanctuaire, les - fidèles se massent; une agglomération serrée se forme; l'enceinte de Perpignan n’a pas d'autre origine et l'accroissement de la future capitale n'est, à son début, que l'effet des malheurs du | temps.
Ce sont, apparemment, ces malheurs accumulés, pour la plupart postérieurs au début du xr° siècle, qui ont donné lieu à la légende des terreurs de l’An mille.
L'idée de la fin du monde n’a pas été liée dans les esprits à l'attente du millénaire; elle était, en réalité, suggérée en permanence, avant et après * l’année fatidique, par le spectacle des infortunes croissantes, du désordre incessant, du triomphe constant de la force brutale, du déchaînement des appétits que nulle puissance supérieure ne maîtrisait. Le découragement se traduisait par les do- nations pieuses dont ‘bénéficiait l'Église et dont bénéficiait aussi la civilisation que l'Église, encore que féodalisée en partie, était alors seule à représenter.
De même que les comtes s'étaient, en fait, rendus indépendants des rois, de même les vicomtes, sur plusieurs points, s’érigeaient en seigneurs affranchis de tout autre devoir que le devoir purement féodal.
Nous avons vu que par le démembrement des pays réunis dans les mains du comte de Cerdagne Oliva-Cabreta, un comté de Bésalu, sous l’un de ses fils, Bernard, dit Taillefer, SR détaché,
comprenant à la fois le pays de Bésalu ou Bezaudun, sur le versant sud des Albères, et le Vallespir avec la haute plaine roussillonnaise au nord, autour : du château de Castellnou comme centre. À Castell- . nou, Bernard avait dû mettre un vicomte, et ce fut là l’origine de la vicomté de Vallespir, appelée aussi vicomté de Castellnou. En Roussillon, la mai-. son vicomtale prit aussi le nom du château où. elle avait sa résidence : ce fut la vicomté de. Tatzo. 4 Du comté de Cerdagne dépendit parallèlement : la vicomté de Conflent, pays dont les vicomtes | habitaient le château de Joch. Mais cette maison. vicomtale disparut dès le début du xr° siècle. Les. comtes de Cerdagne s’installèrent eux-mêmes dans | la délicieuse vallée du Vernet, au château de. Cornella, quils appelaient pompeusement leur | palais (lo palau) et où ils rendaient la justice.» Les vicomtes de Castellbon se réclameront plus. tard des droïts des vicomtes de Cerdagne, suc. cesseurs des vicomtes de Conflent. : .
Bernard Taillefer mourut accidentellement eu 1020. Son fils aîné Guillem, qui lui succéda, s’éteignit en 1052, en laissant après lui deux fils, Guillem à et Bernard, qui gouvernèrent en commun; mais. Guillem, s'étant attiré la haine de ses vassaux, fut assassiné en 1070; quant à Bernard, n'ayant. pas d'enfant, il laissa l’héritage à un neveu qui était vraisemblablement son filleul — car il por-… tait le même nom — et qui fut le dernier repré-. sentant de sa maison, En 1111, en vertu de conventions antérieures, la succession de Bésalu échut à Bérenger IIT, comte de Barcelone. ;
Quant à l’autre branche, son premier représentant
. Joffre, comte de Cerdagne après Oliva-Cabreta, - est surtout célèbre dans l’histoire comme fondateur
de Saint-Martin-du-Canigou (1001). Après avoir
fait son testament en 1035, il prit l’habit monacal
dans ce monastère et y mourut en 1050. Son fils ” Raymond, qui lui avait succédé dès 1036, prit
. part au synode de Toulouges de 1041, avec le
comte de Roussillon, Guifré Il; il assista aussi
à la consécration de l’église d'Arles qui eut lieu en 1046. Il eut pour successeur, en 1068, son
fils Guillem-Raymond, fondateur de Villefranchede-Conflent, mort en 1095. Enfin Bernard-Guillem, fils et successeur de Guillem-Raymond, disparut sans postérité en 1117, laissant lui aussi son héritage à la maison comtale de Barcelone.
A cette date, des maisons comtales établies sur notre sol, seule subsistait la maison de Roussillon issue de Guilabert [* : mais son dernier
- représentant, Guinard ou Gérard Il, laissa aussi,
par testament, ses domaines à la maison de Barcelone, à laquelle ce nouvel héritage échut en 1172. Le bénéficiaire fut alors Alphonse qui, en même
temps que comte de Barcelone, était roi d'Aragon.
C'est ainsi que la première domination arago-
naise commençait en Roussillon.
La Marche glisse dans des mains aragonaises. — Alphonse II d'Aragon. — Puigcerda capitale de la Gerdagne. — Pierre II. — Le régime communal à Perpignan. — Sanche et Nunyo- Sanche. — Jacques le Gonquérant et la grande prospérité catalane au XIIIe siècle. — Réforme municipale à Perpignan. — Le Gall et l’Aljama. — La question pyrénéenne entre Jacques le Gonquérant et saint Louis : le traité de Corbeil. — Les fortifications. — Collioure et Port-Vendres.
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Le
Alphonse II d'Aragon, appelé généralement par les historiens catalans Alphonse [°°, parce qu'il est le premier des comtes-rois, devenait comte de Roussillon en 1172. Il était déjà comte de Cerdagne. Désormais, les comtés de Roussillon et de Cerdagne avec leurs annexes, c’est-à-dire l’ensemble des territoires dont nous retraçons ici la fortune histo-. rique, eurent le roi d'Aragon pour seigneur. à
Or, ül importe d'observer que cette situation n’était guère que le prolongement de celle qui. s'était créée à l’époque carolingienne, alors que, sous Charles le Chauve, le Roussillon et la Cerdagne avaient été attribués à la Marche pyrénéenne dont le chef, Joffre le Poilu, avait établi à Barcelone le centre de gravité. Devenu catalan au 1x° siècle, notre pays devient, en somme, La}
DiTHETION aragonais au xr1°. Un prince Spas
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souverain d’un jeune État créé naguère par la conquête au détriment des Maures dans les hautes vallées des Pyrénées centrales, se trouvait de la sorte maître effectif de ces anciens comtés carolingiens dont le lien avec la royauté française, nous le savons, n'avait jamais été brisé jusqu'ici.
Or, ce n'est pas seulement comme comte que l’Aragonais va gouverner le comté; il superpose tout naturellement à son titre comtal son autorité royale. À la faveur du silence et de l’inaction de la dynastie capétienne, trop occupée encore autour de son propre domaine, il se crée de la sorte une situation nouvelle dans cette région extrême qui glisse, pour ainsi dire, de plus en plus, hors de France.
Trois siècles d’oubli prescrivent-ils les droits nés de la conquête franque? Nul, du moins, en Roussillon, ne songe plus au roi de France. C’est des années du roi d'Aragon, maïntenant, que l’on
daterait plus volontiers les actes, puisque c’est le roi d'Aragon qui agit, qui légifère et qui
gouverne. Du reste, l'habitude de dater les actes des années des rois s’est, à la longue, perdue; par
l'effet d’une pensée pieuse, l’an de l’incarnation,
c'est-à-dire l’ère du Christ a prévalu : à s’en tenir aux documents, le souvenir même de l'antique mouvance française s’est évanoui.
L'autorité souveraine, que les comtes héréditaires avaient laissée vague et indécise, est donc exercée sans ambages par la maison royale d'Aragon.
Une main plus vigoureuse tiendra dorénavant nobles et roturiers, et, tandis que la féodalité, sortie de la douloureuse période d'élaboration, trouve
Nue HISTOIRE DE ROUSSILLON.
dans ses principes enfin müris un certain équi-
libre, une époque plus ordonnée et plus heureuse s’ouvre pour le Roussillon.
Alphonse avait mis un grand empressement à prendre possession de son nouvel héritage. On le voit à Perpignan le 27 juillet 1172. Trouvant cette ville mal assise, il tenta d’en transporter les habitants sur le « Puig » voisin; mais jugeant ce projet ruineux pour eux, les Perpignanais supplièrent leur nouveau maître d’ y renoncer ; ils parvinrent à le fléchir, moyennant le don d’une somme convenable.
Le projet qu'Alphonse avait abandonné en Roussillon, il le réalisa en Cerdagne. Hix, capitale de la Cerdagne depuis la fin de l’époque romaine, recevait sa visite tous les étés. Il en jugea l'assiette insuffisamment forte et créa sur le « Puig Cerda », une nouvelle ville, celle dont le nom s’orthographie parfois en français « Puycerda ». Cette fondation
date de 1178. Hix, qui, à l’époque précédente, avait
été le grand marché de la contrée, tomba dès lors. dans une irrémédiable décadence. Ce n'est plus aujourd’hui qu'une métairie de la commune de
Bourg-Madame (ancienne Guingueta d'Hix).
Alphonse fit son testament à Perpignan, en décembre 1194, et y mourut le 25 avril 1196. Son fils aîné,
Pierre, Lu succéda. Brillant chevalier, aimable trou-
badour, ce prince eut une politique peu conséquente.
L’hérésie des Albigeois florissait alors en Langue-
doc. Il en combattit la contagion dans ses propres
États, puis, soit sous l'influence de la parenté qui 4
l’unissait aux grandes maisons languedociennes,
soit par pure CheTAIPRS, i alla rompre des lances
pour les Albigeoïis excommuniés et menacés d’extermination par la fameuse Croisade ; il s’en vint mourir non loin de Toulouse, dans une bataille qui ne
fut guère qu'une échauffourée, à Muret, dans cette
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confuse journée du 12 septembre 1213 où se décidèrent, probablement à l’insu des vainqueurs et des victimes, les destinées de la France méridionale.
C’est sous Pierre IT que le régime communal fut établi à Perpignan. Il le fut à l’amiable, en vertu
d’un accord entre les habitants et le roi leur sei-
gneur. La charte communale du 23 février 1197 établissait le régime du Consulat.
Cinq consuls étaient nommés, au suffrage universel, par « le peuple de Perpignan », sans distinctions ni privilèges. Les principaux agents de la commune furent les « clavaires » et les prudhommes ruraux ou sobreposats de la horta. Les clavaires (clavaris ou mustassafs) étaient spécialement chargés de la police urbaine ; les sobreposats de la horta étaient chargés d'apprécier les dommages causés aux fruits et aux récoltes, et de juger les causes soulevées à ce sujet.
Perpignan apparaît par là comme entouré de jardins, ét c'est grâce à la culture autant que grâce à l’industrie que cette ville, comme nous le verrons, acquit, à partir de cette Fous: une importance considérable.
Perpignan avait une milice, la Lost. Si tous les habitants étaient citoyens, tous les citoyens étaient soldats. Fallait-il défendre la ville, venger une injure faite à la collectivité ou à quelqu'un de ses membres, l’host se HIÉREAE en mouvement. Toutelois cette