‹ Histoire de RoussillonChapitre 3 sur 40 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

t\le plus souvent de ‘réactions qui i appelaient 0 ou ". favorisaient quelque intervention nouvelle. Ce sont ces régimes successifs qui, tout naturellement, découpent en chapitres l’histoire de ce. petit pays.

Et pourtant, les péripéties multiples de cette destinée mouvementée ne sauraient faire perdre de vue l’unité profonde qui se révèle à quiconque ne se borne pas aux apparences : il y a, à travers . les changements sociaux et politiques, une race roussillonnaise et un esprit roussillonnais. Aussi bien, la persistance en est-elle sensible encore dans le présent. Elle l’est surtout dans le passé.

Puissance souvent irrésistible des forces extérieures, permanence de l’âme locale : ce sont les deux vérités qui devront se dégager de cette ITistotre, si, du moins, elle répond aux intentions | de ses auteurs.

DE

Le Roussillon un et multiple à la fois. —Ses aspects ; ses éléments . géographiques et historiques. — Le passage pyrénéen. — La façade maritime. — Les vestiges préhistoriques. — Mendhirs et dolmens.— Les Ligures; leurs tribus; leur civilisation. — Port et ville de Pyrénée. — Ruscino. — Les Ibères. — Illiberis. —

* Les Geltes.— Le passage d'Annibal. — L'intervention romaine.

+ Parmi les provinces françaises, le Roussillon est assurément l’une des mieux délimitées. Sur la carte, les Pyrénées, les Corbières, la Méditerranée en dessinent les contours en traits vigoureux. Du côté du Languedoc, la langue catalane, religieusement conservée, accuse encore aujourd'hui, malgré les “remaniements administratifs, la frontière qu'ont fixée les siècles.

: Pourtant, l'unité si nette qui frappe quiconque à attache à considérer la province dans son ensemble à “exclut nullement la multiplicité des éléments qui

Ha sn HISTOIRE DE ROUSSILLON. ‘

[a composent. Bien au contraire, on dirait que la

nature s’est complue à réunir en cet étroit domaine ses contrastes les plus saisissants : la plaine, la montagne, la Côte Vermeille'. Elle a pris soin de varier les aspects, d'opposer les caractères. C'est d’abord la plaine même du Roussillon propre,

chaude et fertile, qui commence au Pas-de-Salses,

s’adosse en arrière aux premières pentes des monts, étale le long de la mer son littoral coupé d'étangs, la bande alluviale de la Salanque suivie des criques et des falaises capricieuses qui annoncent le cap de Creus. Que l’on remonte les petits fleuves côtiers dont les eaux intermittentes arrosent parfois l'été, et souvent inondent l'hiver, la région basse, voici que bientôt les paysages changent, les petites régions locales se différencient. Au cours du Tech et de son affluent le Réart correspondent le Vallespir ‘et son annexe les Aspres, canton des pentes arides, des croyances tenaces; au cours moyen de la Tet correspond le Conflent, d'accès facile, pittoresquement étagé aux pieds du symbolique Canigou, ce roi des « montanyes regalades” , dont la masse altière, toute d’un jet, s'impose en ‘fond de tableau; au cours supérieur de l'Aude, torrentueux et tourmenté, correspond le Capctr. Le pays de Fenouillèdes, ou haute vallée de l’Agli, avec Saint-Paulde-Fenouillet, n’est qu'une pointe avancée du. Languedoc : c’est le coin étranger soudé par la

1. On sait que telle est la dénomination désormais adoptée par la | géographie touristique, au même titre aie celle de Côte d'Azur ou Côte d'Argent. s 2 Monts délicieux, premiers mots de la plus populaire des chan

sons locales. si

Révolution à la terre roussillonnaise pour former, en 1790, le département substitué à la province. Inverse-

ment, les limites du département moderne n’embras- sentqu’une partie de la Cerdagne, celle qui fut cédée

à la France par l'Espagne lors du célèbre traité des

Pyrénées. Cerdagne française et Cerdagne espagnole d'aujourd'hui ont partagé, jusqu'en 1659, le même sort. À cheval sur la ligne de faîte de la chaîne

pyrénéenne, la Cerdagne, dont le col de la Perche

est resté l’artère maîtresse, comprenait les hautes vallées divergentes nées au cœur du système montagneux, grandiose et boisé, que domine le majestueux Carlit. C’est dire que la Tet supérieure et le Sègre qui lui est symétrique sur le versant espagnol sont

par excellence rivières de Cerdagneé. Les hauts affluents de ces deux cours d’eau complètent son

réseau hydrographique et la Vallée de Carol, qui correspond au bassin de l’Aravo, affluent français du Sègre, se présente comme une dépendance de la . Cerdagne. Sur le haut Ariège, enfin, au Pas de la

Casa, se marque la limite de l’Andorre, cette sorte

de république cantonale, minuscule et écartée, vassale léguée par le Moyen Age, et parvenue im-

tacte jusqu'à nous comme un exemple probant de la force des traditions. |

Une grande voie humaine traverse de part en part le Roussillon. Elle ne suit ni le couloir sinueux qui

longe la côte avant et après le cap de Creus ni le col

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de la Perche, plateau large maïs élevé, neigeux et malaisément franchissable. Ce sont là des routes

anciennes, mais secondaires, tandis que le seuil rela- tivement bas qui fait communiquer la plaine du Roussillon et la plaine de PAmpurdan, ouverte de

6 HISTOIRE DE rire A A

l'autre côté des Albères, a servi de passage prints pal aux races et aux armées comme aux pélerins ou aux marchands de tous les temps. Par là le Roussillon a été maintes fois envahi, maïs par là aussi il a été en contact permanent avec la civilisation, au lieu d’être, comme l’Andorre, emmuré dans des montagnes. Au total, peut-être, le Roussillon doit-il autant … au passage pyrénéen qu'à la mer généreusement ouverte qui le baigne du nord au sud.

Maritimes ou montagneuses, les régions naturelles dont l’assemblage constitue le Roussillon ne sauraient être délimitées avec rigueur. Ce serait méconnaître leur nature que de vouloir enserrer chacune d'elles dans des lignes trop fermes. Elles se succèdent, en effet, par transitions insensibles, et il serait illusoire d'attribuer une portée précise tant aux formules géographiques qu'aux circonscriptions politiques et administratives, arbitraires et variables. Un et multiple à la fois : tel est bien le Roussillon. Les régions diverses dont il est fait ont assez de relations et d’affinités entre elles pour que l’histoire n’ait point eu à subir passivement le déterminisme de leur pluralité; elles sont assez dissemblables pour que des centres différents aient pu, au bon moment, s'établir : Ruscino, Elne, Perpignan en Roussillon; Llivia, Hix, Puigcerda et Montlouis en Cerdagne; Collioure et Port-Vendres sur la côte, et, dans chaque vallée, sur chaque hauteur, de petites villes, des villages, des châteaux, ceux-là mêmes dont les épisodes successifs feront défiler les noms tour à tour dans les pages qui vont suivre.

Le Roussillon ne se classe point parmi les pro-

Ps PE ne LT PTT NES D en A, Se

vinces françaises qui offrent le plus de vestiges de l'humanité primitive. Soit que les recherches y

aïent été jusqu’à ce jour insuffisantes, soit que notre

sol ait été réellement pauvre en témoins des âges

reculés, la nomenclature des découvertes quelque

peu significatives est très brève.

Des fragments de crânes exhumés près de Saint- Paul-de-Fenouillet, aux lieux dits Pont-de-la-Fou, et Caouno-de-la-Balmo, quelques fragments (ossements humains, os de renne, aiguille en os), retirés de la grotte d’Estagel, c’est tout ce qui peut être rapporté au premier âge de la pierre (époque paléolithique).

Au second âge de la pierre, c’est-à-dire à la

pierre taillée et polie (époque néolithique), corres-

pondent des silex et des os trouvés non seulement

dans la grotte d’Estagel, mais aussi dans celle de - Fulla. Sur divers points, notamment dans les Albè-. res et en Cerdagne, on a recueilli des haches polies,

en syénite, en diorite ou en calcaire siliceux, dites

; pedres del llamp, pierres de la foudre. Fort peu de

chose au total.

Le Roussillon était-il alors habité? N'était-il

qu'un lieu de passage ? La première hypothèse pa-

raît plus vraisemblable si l’on doit, comme il semble,

inscrire aux mêmes périodes les mégalithes, c’est-

à-direles menhirs et les dolmens, gros blocs qui se

présentent les uns plantés enterre la pointe en bas,

les autres posés dans le sens de la largeur. C'est

en somme ce que le catalan désigne respectivement . par les expressions pera fita et pera lada, et la

fréquence de ces qualificatifs dans les noms de

4 pieux doit être tenue pour” caractéristique, alors

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