EN APE
même qu'aucun menhir ou dolmen n'y correspond ‘présentement, : | Fi D
La pera fita de Banyuls-sur-Mer subsiste; la pera lada de Saint-Paul-de-Fenouillet a été brisée.
De fait, menhirs et dolmens sont les plus anciens de nos monuments. On les appelait autrefois « mo- :
numents druidiques » et on les attribuait à tort aux
Gaulois. La science est et sera peut-être toujours
impuissante à dire quelles peuplades nous les ont
légués, à quelles conceptions — sans doute reli-
gieuses — il conviendrait de les rapporter. Notons
que les cromlechs, assemblage de grosses pierres
rangées en enfilades ou en cercles, ne se rencon-
trent en aucun point de notre pays.
Les âges des métaux — âge du bronze et âge du.
fer — sont un peu mieux représentés. Sur plusieurs points du territoire ont été recueillis des objets de
métal et de corne : haches, pointes de flèches, frag-
ments de boucliers. Mais aucune trouvaille bien considérable ne peut être signalée.
Les Ligures sont le premier peuple dont nous puissions faire mention. Cités par les auteurs grecs (Hésiode au vr° siècle avant Jésus-Christ, Hécatée
au vi°), ils occupaient certainement la côte lorsque y. débarquèrent les Phocéens dont le rôle civilisateur
en Gaule et en Espagne fut si considérable. Héro-
dote fait remonter les expéditions de ces hardis
de toute culture.
marchands au vu siècle. Par eux les Ligures se . trouvèrent en communication avec l'Orient, foyer |
De race inconnue, de langue mystérieuse, les
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Ligures étaient peut-être dès longtemps établis chez nous, à supposer que les débris tels que ceux
de la grotte d’Estagel soient attribuables aux ancé-
tres directs des hommes à demi sauvages avec lesquels les Phocéens entrèrent en contact à l'aurore des temps historiques.
Malheureusement, ce que nous savons des tribus
ligures est très incomplet, très incertain. Les prin- . cipales de ces tribus semblent avoir été sur notre sol les Élysiques, les Sordes ou Sordons, les Cérè- tes, les Aucocérètes et les Cérétans.
7 Les Elysiques avaient pour centre Élicia ou . Hélyce, sise au point que marque aujourd’hui le
ESRI
domaine de Montlaurès : ce fut là précisement le berceau de Narbonne qui devait s'élever plus tard à quatre kilomètres. Les Sordes occupaient le meilleur de la plaine roussillonnaise ; le littoral, alors
très marécageux, qui s’étendait de la pointe de Leucate à l'embouchure du Tech, fut longtemps connu
des géographes anciens sous l’appellation de « ri- . vage des Sordons » (ora Sordonum). Les hautes . vallées étaient peuplées par les autres tribus précé-
demment citées. Leurs noms se sont conservés grâce
| aux noms de lieux, ces témoins les plus sûrs du | passé : Cerdagne, Céret, Saint-Laurent-de-Cerdans, autant de souvenirs ligures.
Pêcheurs, chasseurs, adonnés tout au plus à une
* agriculture et à un élevage rudimentaires, les Li-
PEN, Dee:
œures n'avaient point de villes à proprement parler, mais seulement des lieux de marché et des lieux de
refuge. Narbonne (Hélyce), Elne (Pyrénée), furent
des marchés avant d’être des villes ; Llivia, Opoul (Sordonia) furent des forteresses ligures avant d’être des châteaux féodaux.
Ainsi les Ligures, et plus particulièrement les
Dr HISTOIRE DE ROUSSILLON.
Sordes, donnent au Roussillon sa première forme, assurément très simple, maïs où déjà se SE :
quelques linéaments de l'avenir.
L'importance de Pyrénée à cette époque doit être surtout retenue. La légende veut que ce nom ait été celui d’une princesse aimée, puis abandonnée par Hercule, ce héros que partout l’on retrouve autour de la Méditerranée et dont le souvenir est lié par la mythologie aux origines les plus lointaines du passage pyrénéen. Des montagnes, une ville, un port auraient conservé la mémoire de la princesse inconsolable qui périt, dit-on, dévorée par les bêtes féroces dans les forêts de l’Albère. Les étymologies demeurent en fait insaisissables, mais il est hors de doute que la ville de Pyrénée des temps ligures correspondait à la future ville d'Elne, tandis que le port de Pyrénée correspondait aux anses de Collioure et de Port-Vendres. Or, c'est par le port de Pyrénée que s'établit le contact des Ligures et des Phocéens. Ceux-ci : avaient fondé Marseille vers 600, en terre ligure. Phocéens d'Orient et surtout Phocéens de Marseille fréquentèrent Pyrénée. Puis Agde au nord, Rosas et Ampurias au sud, toutes colonies marseillaises, prirent avec Carthage, et après elle, une part active au commerce du « rivage des Sordons », ainsi qu'en témoignent les monnaies de ces te retrouvées en nombre sur notre sol.
Une invasion vint troubler le développement ‘lent et progressif du peuple ligure, l'invasion des Ibères. Il paraît certain que leur entrée en Roussillon s’effectua par le col du Perthus. La station de Pyrénée, détruite par l'invasion, fut remplacée
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par la ville d’ZJ/iberis, dont le nom signifierait « ville neuve » : second nom et seconde forme d’'Elne. Des Sordons la maïtrise du littoral passait à la tribu ibérienne des Bébryces. Les Cérètes et Cérétans avaient gardé leurs positions dans le réduit de leurs montagnes, mais ils adoptèrent la langue et les mœurs plus avancées des Ibères. De 1a sorte, une civilisation ibéro- -ligure se trouva constituée vers la fin du v° siècle et régna sur tout le pourtour du golfe du Lion jusqu'au jour où une nouvelle intervention se produisit, celle des Celtes ou Gaulois.
Maîtres de l'intérieur de la Gaule, d’où ils
avaient depuis longtemps refoulé, semble-t-il, les Ligures, les Celtes se décidèrent à descendre vers la mer aux environs de l’an 300. La tribu celte des Wolkes s'établit alors le long de la Méditerranée. Cette tribu était partagée ou se partagea en deux groupes, les Volkes Arécomices et les Volkes Tectosages, ceux-là au nord-est de Béziers, ceux-ci au sud. Ainsi, au 1° siècle, le sol du Roussillon était partagé entre les Volkes de race celtique, les Bébryces de race ibérienne et les derniers Ligures, Cérètes et Cérétans, inexpugnables dans leurs hautes vallées. Illiberis était aux Ibères; Ruscino était à la limite des Bébryces et des Tectosages. C’est du moins ce qui ressort d'un épisode capital de nos annales, le passage d'Annibal.
. On peut dire que la traversée du Roussillon par le grand Carthaginois marque l'entrée de ce pays Mans l'histoire classique, à la date précise de 218 avant Jésus-Christ.
Ra in HISTOIRE DE ROUSSILLON. SO A A
Annibal, après avoir pris et brûlé Sagonte, un
alliée des Romains, s’apprétait à passer d’ Espagne en Gaule, afin de marcher sur l'Italie, suivant le
plan magnifique qu'il avait conçu. Le passage. des Pyrénées et du Pas-de-Salses était le premier point délicat de ce programme. Rome essaya d'y faire échec. Cinq vieux sénateurs envoyés en ambassade s’efforcèrent d'exercer une pression sur les tribus qui habitaient la région, les exhortant. à refuser l’accès de leur pays aux Carthaginoiïis. A Ruscino, les cinq sénateurs plaidèrent leur cause difficile devant une assemblée houleuse. Lorsque les orateurs eurent exposé l’objet de leur mission, il s’éleva, dit-on, un grand tumulte dans l’assem-
blée, « tant ce peuple trouvait d’extravagance et
d'impudeur à ce quon lui proposat d'attirer la
œuerre sur son propre territoire, pour quelle ne
passât point en Italie». | De fait, Rome était loin, les Carthaginoiïs étaient
proches. Ayant franchi sans peine le col du Per-
thus, Annibal assit son camp à Hihberis, puis
vint à son tour à Ruscino. Il se présentait « comme
hôte » et se déclarait prêt à ne tirer le glaive qu’en Italie, s’il était bien accueilli en Gaule. Des
présents achevèrent de gagner au brillant Carthaginois ceux-là mêmes qui avaient naguère éconduit les graves sénateurs romains. |
C’est apparemment avec les maîtres d’ Iiberial
qu Annibal avait conclu le traité dont les historiens anciens nous ont rapporté la curieuse clause.
suivante : si des plaintes s’élevaient durant la
traversée du pays par les soldats de Carthage, ii 1e oriefs des so seraient ges. Por Anni-
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bal ou ses lieutenants; les griefs des Carthaginois, par les femmes des indigènes. Cette juri- diction féminine, qui s'affirme en l'espèce, est l'un des traits caractéristiques, mais non le seul, par lequel se manifeste le rôle actif des femmes dans la civilisation ibérienne.
La seconde guerre punique, qui commençait ainsi par la volonté d’Annibal, rendait désormais bien précaire le sort du Roussillon. Quelle que fût l'issue du duel engagé entre les deux plus grandes puissances du monde antique, l'empire de la Méditerranée occidentale était acquis au vainqueur. Le Roussillon était donc compris dans l'enjeu de cette partie décisive que les conférences de Ruscino avaient pour ainsi dire ouverte. Rome, que nos ancêtres avaient rebutée, l'emporta, et c’est à la domination romaine que notre pays tout entier se trouva voué.
Malgré les transformations qui devaient suivre l'occupation romaine, les traces laissées par les po- . pulations primitives en Roussillon n’ont pas complètement disparu. Le pays a gardé, à bien des . égards, l'empreinte deses premiers habitants. Pyré- . née et Illiberis ont fixé le site d’Elne; Ruscino a
été l'ancêtre de Perpignan; le port de Pyrénée a marqué sur notre côte le point essentiel de nos . relations maritimes.
Nous avons déjà eu l’occasion de citer quelques noms géographiques qui remontent à l'idiome ligure. Cet idiome a été longtemps parlé en Roussillon comme en Ampurdan, probablement même sensiblement après la conquête et jusqu'au temps
er
Hit : HISTOIRE DE ROUSSILLON.
des empereurs. Il est douteux, par contre, que la langue celtique se soit répandue chez nous; tout au moins y a-t-elle été fortement mélée d’éléments ligures. Ce sont, en tout cas, les racines. ligures qui ont survécu en nombre dans la topographie locale. Citons les mots ca/m (pâturage élevé), bes (bouleau), orrc (hutte), £er (rocher), can (même sens), vern (aulne), balm (caverne). Le Verdouble, affluent de l’Agli, et le lieu de Bésalu (en latin Bisuldunum), dont les noms offrent l’un et l’autre la racine nettement celtique dun, sont tous deux hors du Roussillon : le Verdouble dans la partie du Languedoc au nord des Corbières, Bésalu en Ampurdan.
Le nom même de Roussillon, dérivé de Ruscino, nous a été légué par les Ligures.
Voici, pour terminer ce chapitre, une liste des principaux noms propres de provenance ligure relevés sur la carte du département des Pyrénées-. Orientales : 1° parmi les montagnes : le Boularic (montagne de Céret), le Canigou, le Carlit, Quer- Roig (entre Cerbère et Banyuls-sur-Mer); 2° parmi. - les cours d’eau : l’Aravo, la Regur, le Boulés, la Boulzane, la Muga, le Sègre, la Quera (rivière de. . Saint-Laurent-de- Cerdans), le Tech, la Tet ;3° parmi les lieux habités : Ralleu, Ria, Ro, Espira, Estohér, Sahorre, Baho, Boule, Bolquère, Err, Ur, Collioure, Carol, Le Boulou. Collioure (Cocoliberis) se rattache à la même origine étymologique qu’Illiberis; Carol, corruption de Querol, se rattache à la racine guer, déjà citée, et dont l’emploi en pays :
de montagne a été particulièrement fréquent. Le. Boulou, d'autre part, présente une graphie fran-
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cisée et défectueuse de la forme Volo, conservée durant tout le Moyen Age et probablement d’origine ligure. 11 ne faut pas oublier, au surplus, que le temps et l'ignorance ont parfois défiguré les noms propres au point d'en rendrela physionomie initiale méconnaissable à d’autres qu'aux spécialistes de la linguistique.
IT Se
AE à LA DOMINATION ROMAINE. au Roes à Fo ARE | : La conquête de la Narbonnaise. — L'organisation de la Tarraconaïise. — L'histoire romaine et ses épisodes roussillonnais 3 les Trophées de Pompée; l'Autel de César. — Le proconsul: Fonteius. — Les vicissitudes de Ruscino. — La revanche. d’Elne. — Les voies romaines. — Les institutions locales et la
géographie historique : la cité, les pays. — La villa romaine, origine de nos villages. — Les dieux romains en Roussillon. —. Le Christianisme. — Les monuments romains, les inscriptions, les œuvres d'art; les fouilles de Ruscino. “at |
Les Romains prirent prétexte du protectorat qu'ils s'étaient acquis sur Marseille pour mettre progressivement la main sur tout le littoral médi= terranéen de la Gaule. Entre 154 et 121 avant Jésus-Christ tout le pays côtier des Alpes aux Pyrénées se trouva conquis, sans que le détail de la! conquête soit connu. Le proconsul Domitius Ahe= nobarbus organisa la nouvelle « Province », mot; d'où est venu le nom même de la Provence. Le nom officiel était celui de Gaule narbonnaise, du nom de la ville de Narbonne qui en fut le principal centre. Le Roussillon ne fut que l’extrémité sud de ce vaste territoire, plus tard seulement subdivisé:
Narbonne reçut, en 118, une colonie de citoyens
*2 vor
romains ; elle en reçut une seconde en 46. Éminente en dignité, la cité de Narbonne devait prospérer sous les empereurs romains au point d'atteindre un magnifique essor, et, semble-t-il, une population d'environ deux cent mille âmes. |
Une fois l'Espagne définitivement conquise par eux, les Romains y créèrent une province symétrique de la Narbonnaise, appelée la Tarraconaise, dont Tarragone fut la capitale. La Cerdagne, avec Llivia pour centre, y fut annexée. Ce fut la première coupure entre la Cerdagne et le Roussillon, coupure qui fut d’ailleurs purement administrative. Peutêtre y faut-il voir l'indice que les Cérétans, comme 1l advient souvent des montagnards, avaient été plus difficilement et plus tardivement soumis.
» Quelques épisodes de l’histoire romaine intéressent le Roussillon. C’est ainsi qu’au début du 1” siècle l'esprit migrateur des Cimbres et des Teutons y amena’par deux fois ces hordes germaniques, d’abord à leur entrée en Espagne, puis lors de leur retraite. Marius, comme on sait, les écrasa ensuite en Provence et en Italie. Lors des guerres civiles qui suivirent la mort de Sylla, Pompée alla combattre en Espagne les rebelles Sertorius et Perpenna, et, à son retour, il éleva, vraisemblablement sur l’un des sommets de l’AIbère voisin du col du Perthus, un monument commémoratif de ses succès, le monument connu sous
le nom de « Trophée de Pompée ». Il n’en subsiste pas le moindre vestige.
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18 | HiSroinE DE ROUSSILLON. | tour, le Roussillon, en 49, pour combattre les! lieutenants de Pompée. C’est alors qu’en face des. Trophées de Pompée il édifia un Autel de pierres. polies qui a péri comme le monument auquel il donnait la réplique. es
Après ses victoires de Pharsale et de Thapsus,. en Épire et en Afrique, César revint une seconde fois en Espagne pour y détruire les derniers « Pom péiens » : c'est par une seconde traversée du, Roussillon et du col du Perthus qu'il ouvrit cette campagne de 45, qu'illustre la bataille de Munda, et qui devait être sa dernière gloire militaire, puisqu'il fut assassiné l’année suivante, en 44. n
Les guerres civiles du monde romain ainsi, déchaînées n'étaient point sans troubler profondément la vie provinciale. Pompée avait été sévère pour les partisans de Sertorius. Pour mener à bien. ses guerres d'Espagne, il avait fait lever nd mesure des impôts et des troupes par le proconsul Fonteius, qui semble avoir été le Verrès de sa province et qui laissa le pays dans une profond > misère. La prospérité n’y revint que sous Auguste
Ruscino jouit de la faveur des Romains et fut le véritable centre de la région, au détriment d’{lliberis qui tomba dans une profonde décadence Les auteurs latins sont d'accord pour attester cette chute d'Zliberis. Pline l'Ancien l'appelle « faible reste d’une cité qui fut grande »,et Pomponius Méla « un bourg, faible vestige d'une ville qui fut grande et eut de grandes richesses ». Cependant; sous Auguste — probablement en 27 — ÆRuscind passe à la condition juridique de colonie latines On l'appelle Æuscino latinorum. Probablement
cette « colonie latine » fut transformée un peu plus tard en « colonie romaine ». Mais, au 1v° siècle, Illiberis a eu sa revanche. Sous le nom romain d’ Helena, qui lui fut donné en mémoire d'Hélène, mère de Constantin, la vieille cité ibérienne retrouva ‘une prospérité nouvelle et une nouvelle fortune ‘historique. Elne fut, en effet, la véritable capitale du Roussillon à la fin de l’Empire.
: Comme partout, les Romains firent beaucoup en Roussillon pour l'amélioration des communications. Une voie transpyrénéenne préexistait aux Romains: c'était la voie suivie notamment par Annibal, et, dit-on, franchie bien avant lui par le légendaire ‘Hercule. Aussi appelait-on cette voie la voie d’ Hercule, via Heraclea. Il est difficile d’en pré- ‘ciser en toute rigueur le tracé, mais elle coïnci- ‘dait, au moins en partie, avec le tracé romain. Domitius Ahenobarbus, que nous avons vu en possession du proconsulat de la Narbonnaise, en 121 avant Jésus-Christ, entreprit de grands travaux let rendit la voie carrossable sur tout son parcours. ‘La voie prit apparemment son nom, car elle fut ‘appelée couramment par les Romains « voie domitienne », va domitia.
Cette voie domitienne faisait suite à la voie “aurélienne et mettait par suite en communication l'Espagne non seulement avec la Gaule mais encore ‘avec l'Italie. C’est dire qu’elle traversait de part en | Dhrt le Roussillon.
Au nord, elle y pénétrait à la station dite Ad nuls (Salses); elle passait près de Garrius et se dirigeait vers la station dite Ad Combusta, tout
Ci Rs HISTOIRE DE ROUSSILLON. |
près du village actuel de Saint- Hippolyte; PadabE, à l’ouest de Claira, elle atteignait le gué de l’Aghi, passait entre Bonpas et Villelongue-de-la-Salanque, ; franchissait la Tet, montait à Ruscino. De là, elle allait à Z{/iberis, puis remontait la rive gauche du Tech qu’elle franchissait près du Boulou. Remontant ensuite la petite rivière de Rom, elle s’engageait bientôt après dans les défilés des « Cluses » ou Clausures, dont le nom déformé aujourd hui s'écrit officiellement « l'Écluse ». Là, une forteresse commandait le passage, et l’on arrivait enfin à la célèbre station dite Ad summum Pyrenaeum (< Au sommet des Pyrénées ») c’est-à-dire au point culminant du col du Perthus, d’où l’on redescendait en Espagne vers Figuères. ‘ De Salses au Perthus, la voie romaine parcourait 53 kilomètres. Route postale en même temps que. | commerciale et stratégique, elle était parfaitement, 1e entretenue ; les distances y étaient soigneusement marquées par des bornes milliaires qui se succédaïent de mille en mille, la valeur du mille romain pi étant d'environ 1480 mètres. La borne milliaire qui. se trouvait à la station A4 Combusta est conservée dans l’église du village de Saint-Hippolyte. | Chacune des stations avait des relais, et, en même ae temps, une ou plusieurs auberges. de bien la station d’une route aussi fréquentée que cette grande. voie, pour ainsi dire internationale, pouvait facile= ment donner vie à une agglomération pie ou moins dense. \ js La voie domitienne n’est pas la seule route ro maine du Roussillon. Des voies moindres s'y em | branchaient; par exemple la route dite traditionnel
PRET me |.
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lement Carrera de Carles ou de Carlos Magno, et qui ne doit, en réalité, rien à Charlemagne.
. Elle Se confond avec la voie domitienne jusque vers Théza ; mais, de là, elle gagne Collioure. De Collioure, un chemin franchissait le col de Banyuls allant vers Juncaria (Figuères) : ce chemin pourrait bien être celui qui préexistait aux Romains. De Colhoure encore un chemin, franchissant le col des Bélitreés, près de Cervera (Gerbère), se dirigeait vers Rodas (Roses) et l’Espagne.
Avant d'atteindre Collioure, la carrera de Carles se soudait à la wa Vallespiriana (voie du Vallespir). Cette voie longeait la base de l’Albère. Arrivée au droit du castrum Vulturarium (château d’Oltrera), elle jetait à gauche un chemin qui remontait la vallée de Montbram ou de Saint-Martin-la-Vall et gagnait l'Espagne par le col de /a Carbassera : c'est la carrera vella (vieille route) du Moyen Age.
Quant à la voie du Vallespir, elle continuaitau delà, remontant la rive droite du Tech, et rejoignait la voie domitienne au gué du Boulou. Elle se confon- 'dait avec cette grande voie pendant quelques milles, à peu près jusqu'à la hauteur de l’actuelle chapelle de Saint-Martin-de-Fenollar. Mais, à partir de ce point, la voie du Vallespir reprenait son individualité. Elle se dirigeait alors vers Céret, elle desservait la station thermale des Eaux-Chaudes (Aguae Calidae),qui n'est autre qu Amélie-les-Bains, et peut-être arrivait-elle jusqu'au très ancien village de Cous- |touges (Custuja), assis sur un col qui a toujours servi de communication entre le Vallespir et le pays D Bésalu-en-Ampurdan.
… La voie du Conflent, bien que citée seulement de
HAE { NUE 127 i ER PURES
: sonne la voie construite de Narbonne à Toulouse.
ne Dh “HISTOIRE DE ROUSSILLON.
4 façon expresse par des documents do ol. a.
incontestablement aussi une origine romaine. Son tracé part d'Elne, passe par Pontella, Llupia et Thuir, et atteint le col de Terranera (près Bouleternère). Dans cette partie de son parcours, la voie. du Conflent fut prise pour limite entre le Vallespir. et le Roussillon proprement dit. Au delà, entrant en Conflent, la voie passait près de la tour de Rigarda, coupait en deux la plaine de Joch, dont une. partie s’appelle encore la sérada (du mot bas-latin . strata signifiant chaussée), et desservait Mar-. quixanes ; ensuite, elle laissait Prades à droite, traversait Codalet, et, de ce point à Fontpédrouse. suivait exactement le tracé adopté par notre route. nationale n° 116, sauf pour la portion qui traverse le village de Serdinya. Au-dessus de Fontpédrouse, R la voie du Conflent (via Confluentana) passait à la Cabanasse et montait au col de la Perche en sui-. vant le torrent du Jardo. k | De ce col partait un a vers le Cape cir en franchissant la Tet; un autre embranchement, dit chaussée de Cerdagne (sérata Cerdana), traversait le col Rigat pour aboutir à Llivia. | Par la vallée de l’Agli, une route dont on ne peut préciser le tracé remontait dans le pays de Fenouil-. lèdes. :
Enfin, les ruines d'un ons, à quelque trois cents mètres en aval de Cases-de-Pène, semblent indiquer | une route romaine probablement embranchée sur. la voie domitienne. Sans doute était-ce là un chemin de traverse destiné à rejoindre vers Carcas-.
Gomme on le voit, perfectionnant de vieux che- 4
De.
4 14 i arte
mins antérieurs ou créant des percées nouvelles, les ingénieurs romains ont couvert le Roussillon . d’un réseau routier très riche, très important, dont . les habitants du pays ont usé bien longtemps après . l’'écroulement de la domination politique à laquelle ils devaient cet inestimable bienfait.
N'oublions pas, au surplus, que c’est grâce à leurs
. routes que les Romains civilisèrent et assimilèrent . leurs provinces. La voie romaine est par excellence
uninstrument de pénétration : mœurs, langue et idées ont suivi les voies romaines et ont transformé le
. monde en général, le littoral celtique et ibéro-ligure en particulier, devenu, grâce à l’appoint de ses . débouchés maritimes, terre privilégiée de la bril- Jante civilisation gallo-romaine.
La géographie historique du Roussillon sous la
. domination romaine est assez obscure. Ge qu'il est permis d’en savoir ou d'en conjecturer peut se . résumer en peu de mots.
Le Roussillon formait administrativement une
. « cité » (civitas) dépendante de la province de Nar- bonne. Cette cité avait Ruscino pour capitale. On sait que la « cité » était l’unité administrative du monde romain. Quatre magistrats ou duumvirs,
siégeaient apparemment à Ruscino; deux rendaient la justice (duovirti jure dicundo), deux autres s'occupaient de la police. On appelait ces derniers les édiles (duoviri aediles). En outre un questeur (quaestor) gérait les finances. Au-dessus de ces magistrats était placé un préteur (praetor). Le sénat municipal des décurions (ordo decurionum), composé des anciens magistrats et grands propriétaires
A nt HISTOIRE DE ROUSSILLON.
dupays, au ; nombre total de cent, était le vrai maître de la cité. C'est ce corps sénatorial qui élisait les
magistrats; ceux-ci, à leur tour, comblaient les vides
du sénat. Ce gouvernement local, rigoureusement | aristocratique, était complété par l organisation des .
« pays » (pagi) ou cantons, division normale de la cité. À la tête de chacun de ces « pays » était placé ‘un chef appelé magister, désigné par le sénat des décurions et fixé au chef-lieu de sa circonscription
(vicus, bourg). te
Or, les pays ont survécu à la cité Li ils ressor-
tissaïent, et leur importance a été prédominante
dans les siècles suivants. Il est donc indispensable
de donner ici la liste des pagi romains qui recou-
vraient, pour tout ou partie, le sol de la province
dont nous faisons ici l'histoire. |
On peut les énumérer dans l’ordre suivant :.
1° Pagus Liviensis (Llivia); 2 Pagus Reddensis (Razès et Capcir) ; 3° Pagus Fenolietensis nr à lèdes) ; 4° Pagus Confluentis (Conflent) ; 5° Pagus
Vallis Asperi qe 6° ae Ruscinonensis | (Roussillon). |
Quant aux villes romaines, on ignore si les sta tions de la voie domitienne autres que Ruscino et. Illiberis étaient des lieux habités en permanence et,
en ce cas, quelle était leur importance relative. On
sait fort bien, en revanche, que Collioure (Cocoli-
beris) et Port-Vendres (Portus Veneris, c’est-à-
dire Port de Vénus) étaient des ports fréquentés. En DUoy ajoutant Llivia (Julia Libica), on a à peu près la liste des agglomérations dont les noms sont pee | nn . tivement signalés par les textes. :
Restent les. € villas » fai) cu ont t joué, dans la.
Dolmen de la Font de l’Arca. — Menhir dit La Perra dreta (Campoussy). Traces de la Via Domitia dans la vallée de Rom.