‹ Histoire de RoussillonChapitre 6 sur 40 · HAN EE · texte numérisé non relu

HAN EE

moe HISTOIRE DE M RU a

MfAxIMO] c[arUS] ee POLYBIUS vorvar] s Louve] | L{iBExs] mleriro]. (Caius Pompeius Polybius a | acquitté volontiers son vœu envers Jupiter Très …. Pon et Très Grand). | Plus de trente inscriptions — dont plusieurs relatives à la famille de Germanicus — ont été récemment livrées par les fouilles de Ruscino, et la : continuation de ces fouilles ne peut manquer d’enrichir considérablement les ressources épigraphiques dont dispose à cette heure notre archéologie locale. | Trois petits monuments de PE représentent surtout chez nous l’art gallo-romain : le bénitier de : l’église d'Elne, l’autel de Pézilla-de-la-Rivière, le | linteau conservé au musée de Perpignan. | Le bénitier de l’église d’Elne est un bloc cylin-. drique, légèrement aplati, décoré de feuilles d’acanthe; il paraît avoir servi primitivement de fontaine. | L'autel de Pézilla porte les attributs d’Apollon: . on y voit une Îyre, un chien assis, une biche debout, un arc, un carquois richement décoré. La partie supérieure a été creusée pour remplir l'office de . fonts baptismaux. Les réemplois de ce genre sont. , fréquents et des pierres romaines ont été bien souvent reprises pour un usage chrétien. :

Le travail gallo-romain tant à Elne qu’à Pézilla dénote le style du 1° siècle après Jésus-Christ. Bien. postérieur est le linteau, d’ailleurs incomplet, que conserve le musée de Perpignan. On y voit un. amour nu et ailé, debout, et un aigle sur un pié- destal. C’est un travail de basse époque, peut-être pas antérieur au vi° ou même au vu siècle. |

De cette même époque doivent dater les trois sarcophages du cloître d'Elne qui ne portent ni la croix ni le monogramme du Christ (XP), mais où l’on retrouve ces pilastres plats et ce vase d’où

s échappent des pampres et des plantes décoratives, qui constituent des motifs ordinaires des sarcophages chrétiens.

De menus objets ont été trouvés en divers points : amphores, lampes en terre cuite, vases funéraires. Elne en a fourni ainsi que Garrius, Saint-Hippolyte, * Palau-del-Vidre, Port-Vendres, Collioure, Pontella,

Llupia, Joncet. De même pour les monnaies, qui - jalonnent les voies romaines et ont été recueillies

en nombre, surtout à Elne, à Collioure, au Perthus.

. L'étude de ces monnaies est du reste fort instruc-

tive. Elles indiquent la direction des échanges,

l'orientation du trafic, révèlent les relations des

différentes villes ou encore la date des différents : établissements.

Quant à Ruscino — la capitale détruite du Roussillon gallo-romain — son sol a fourni aussi des monnaies, des débris d’urnes, des lampes plus ou moins ornées dont une avec la Louve romaine, une statuette en bronze (Hermaphrodite), une belle plaque de bouclier (bronze doré) orné d’un foudre ailé, un grand vase du type appelé dolium, des fragments de marbres, de mosaïques et d'inscriptions ; on y a encore constaté des restes d’une piscine et

d’une citerne. Mais les fouilles qui y ontété et Y

sont conduites avec un zèle digne de tout éloge —

bien qu’elles soient hautement intéressantes et fort utiles à l’histoire — confirment plutôt l'opinion que

Douce faire concevoir les textes. Ruscino n’a

die, à tout prendre, qu'une ville romaine assez médiocre. Bien qu’on y ait repéré l'emplacement d’un forum ou place publique — élément constant de toute ville romaine — il n'y a guère d’espoir d'y découvrir jamais de grands temples, d'arènes ou de théâtres. Petit centre d’artisans actifs, lieu de marché et de foire, tel a dû être notre Ruscino,. plus remarquable assurément par son antiquité que par son importance. Cette antiquité est d’ailleurs attestée par les derniers résultats des fouilles, qui ont fait notamment apparaître des fragments de céramique très antérieurs à LOCERPRIRS romaine, attribuables peut-être au v° ou au vr° siècle avant Jésus-Christ, par conséquent à la pure époque ligure. Le beau dolium, également découvert récemment, porte de très curieuses empreintes qui doivent être considérées comme la marque d’un atelier ibérien continuant son industrie après la conquête. Enfin les inscriptions relevées — une trentaine environ — confirment ce que l’on savait ou soupçonnait de l’organisation de la cité dont Ruscino était le chef-lieu.

Disons bien haut en terminant que les pièces archéologiques qui représentent dans nos musées ou nos églises la part de l’époque romaine sont bien | peu de chose en comparaison du rôle que les Ro-. mains ont joué en Roussillon. Phéniciens ou Grecs avaient à peine entamé l’âme des populations primitives. Les Romains, eux, l'ont pénétrée à fond. Ils ont colonisé, exploité, mis en valeur le sol: ils ont fait l'éducation des habitants, les ont sletas jusqu'à eux, les ont fait bénéficier de tout le trésor accumulé de la civilisation classique. Les invasions

| arbares qui vont se multiplier durant Le premiers siècles du Moyen Age pourront anéantir presque complètement les témoins matériels de la civilisation gallo-romaine, les pires épreuves n’en effaeront pas l'esprit : n'est-ce pas de la langue latine à que dérive la langue que doit garder à jamais ce coin de terre, c'est-à-dire notre catalan?

Les invasions : Alains, Suèves, Wisigoths. — La Septimanie gallo-gothique. — Elne évéché; Ruscino devenu Château- Roussillon. — Premiers linéaments d'une Catalogne. — Les

Sarrasins, — Les Francs. — La Marche pyrénéenne, les comtés, laprision. — Les instituts ecclésiastiques ; rôle des ordres religieux. — Géographie historique du Haut Moyen Age. — Les principaux comtes bénéficiaires. — L'élaboration du Roussillon féodal.

Si la grande invasion des Barbares dans l'Empire romain qu'ils détruisirent marque, en thèse générale, le point de départ de la période historique connue sous le nom de Moyen Age, la date à laquelle

cette ère nouvelle s'ouvre en Roussillon doit être fixée à 408.

C'est en 408, en effet, que les Vandales, accom-

pagnés des Alains et des Suèves, vinrent se can-

tonner dans la région des Pyrénées orientales. On

leur attribue, mais sans preuve positive, le sac de Ruscino et d'Elne.

En 41%, ce fut le tour des Wisigoths, qui avaient pris Narbonne en 413. Refoulés en Espagne, ils revinrent en 419. Le royaume des Wisigoths comprit alors toute la Gaule méridionale, de la Loire aux Pyrénées, et les deux tiers de l'Espagne. Sa

HSE ; FACE, ES PONT É ANR ie EN, à

capitale fut Toulouse. Ayant repris Narbonne en 462,

les Wisigoths occupèrent tout le Roussillon et le Dern même après leur défaite par les Francs, . même après l'annexion de l’Aquitaine au royaume . mérovingien. Les capitales successives de l’État wisigoth, après Toulouse, furent Narbonne d’abord,

. ensuite Barcelone, enfin Tolède.

Sous la domination gothique, qui dura deux - siècles et demi, le Roussillon faisait partie de la . province de Septimanie, qui comprenait en même * temps tout ce qu'on a appelé plus tard le Bas- . Languedoc.

Le col du Perthus n'avait pas cessé d’être le

- passage pyrénéen par excellence : c'est ainsi qu’en

567 Galeswinthe, fille du roi wisigoth Athanagilde, | prit cette route avec le brillant cortège qui la “conduisait à la Cour de son fiancé, le Franc Chil-

…péric, roi de Neustrie. En 672, le roi wisigoth

Wamba suivit le même itinéraire pour venir combattre, de ce côté-ci des monts, le duc Paul qui s'était fait proclamer roi à Narbonne. Il le poursuivit jusquà Nîmes, et, à son retour, ce fut à Elne quil s'arrêta pour licencier son armée.

Elne, quoique maltraitée par les premières inva-

“sions, restait incontestablement la ville principale “du pays. Ruscino, déjà fort délaissé sous les suc- | cesseurs de Constantin, semble avoir perdu désor-

“mais toute importance. On l'appelle maintenant Rucinola, et ce diminutif sonne comme le glas de la “définitive décadence.

Les stations romaines de Collioure, Olitrera,

L'Écluse, Llivia, se retrouvent dans les textes de

l'époque wisigothique. Les habitats{'oallo-romains

ont certainement auboiste pour la plupart et. de | nouveaux se sont créés.

C’est ainsi qu’une grande villa gothique, la villa Gothorum, villa des frères Goths, avait été mise en exploitation par deux de ces Barbares : elle s'élevait au lieu dit plus tard Malloles. Au xrrr° siècle, Malloles était devenu une agglomération assez considérable, mais elle fut absorbée ensuite par Perpignan : c’est pourquoi le nom de Malloles a subsisté comme lieudit appliqué à des terrains de la banlieue perpignanaise.

Huyteza, Guixa, Cuxa, rappellent encore dans la toponymie du Roussillon l’établissement de colons de race gothique.

Les Wisigoths n'avaient pas adopté l’orthodoxie romaine, ils étaient Ariens, c’est-à-dire qu'ils niaient l'égalité des trois personnes de la Trinité et la divinité de Jésus-Christ, à l’inverse de la pure. doctrine professée par les Gallo-Romains. Toutefois ces Ariens étaient tolérants. Non seulement ils respectèrent l’organisation ecclésiastique, mais encore ils la complétèrent. Sous eux fut créé, en. effet, le diocèse d'Elne, démembré de celui de. Narbonne, en 550. k

En fait, le ressort du diocèse d'Elne correspon. dait à peu près à l'étendue de l’ancienne cité de. Ruscino : les pays de Conflent, Vallespir et Roussillon proprement dit en faisaient partie, tandis. que le pays de Llivia dépendait du diocèse d'Urgel, et que le Capcir, comme le Fenouillèdes, était. rattaché à Narbonne, puis à Alet. La dignité de. cité que Ruscino avait perdue fut acquise ainsi à. . sa rivale. Le sens nouveau du mot cité — ‘4

LES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE. es M

épiscopale — a été si bien conservé au Moyen Age, que Perpignan, une fois devenu, politiquement et

économiquement, la capitale incontestable du Rous-

sillon, ne recevra nullement ce titre : l’on dira

| « la ville de Perpignan », mais « la cité d’'Elne ».

En matière civile, les Wisigoths ont joué en . Roussillon un rôle important : comme les autres | peuples barbares, ils portaient avec eux leurs lois. | Or, le statut du temps des invasions était celui

Die la loi personnelle, c’est-à-dire que la domination

politique ne déterminait point le code sous lequel vivait chacun, mais la loi de sa race était seule applicable à l'individu. Les lois wisigothiques s’implantèrent donc chez nous. D'abord purement coutumières, elles furent promulguées sous forme

écrite dès le vr° siècle, déjà mitigées de beaucoup

. d'emprunts romains. Il en résulta une sorte de * législation mixte, à demi romaine et à demi barbare. D'autre part, la fusion des races rendait à la

; longue impossible l'emploi d’un double code. L’uni-

À fication définitive fut l’œuvre du roi Réceswinthe,

. auteur du code appelé Forum judicum, et c’est alors qu'on peut considérer la civilisation gallo-

gothique comme constituée en Roussillon. L’expres-

- sion même gallo-cothique représente certainement

rh

au vin° siècle une concrète et vivante réalité. L'apport gothique s’ajoutant aux populations primitives et aux colons romains achève de constituer le fond de la race roussillonnaise. Les éléments arabes, francs et hispaniques qui surviendront à leur tour ne feront qu'amender très légèrement

un ensemble ethnographique désormais fondu et dominant. Or, le même travail s'était accompli de

l'autre côté des Pyrénées. La He UOE des :

mêmes éléments de part et d'autre des montagnes . détermina aïnsi entre les deux versants une communauté qu'explique le passé et qui a eu sur :

l’histoire ultérieure une influence puissante et du-

rable. Précisément, il semble bien — malgré les .

autres étymologies proposées — qu'il faille faire

remonter aux Goths l’origine du nom de la Catalogne elle-même, en passant par la forme conjec- . turale Gotholania. Les invasions sarrasines, comme . il arrive dans tous les périls communs, ne firent .

que mieux souder le sud de la Septimanie avec la Catalogne.

Sarrasins et Maures, tel était le nom sous lequel

on désignait les Arabes. Ces appellations furent

notamment courantes chez nous. Les sectateurs . de l'Islam, qui associaient si curieusement le fana- | tisme religieux à leur désir du pillage, avaient . débarqué en 711 dans le sud de l'Espagne, et d'un |

bondils atteignirent les Pyrénées, qu’ils franchirent,

soumettant le pays d’Elne, enlevant Narbonne, la

Septimanie entière, entraînés toujours plus avant à par l’élan de leur prodigieuse extension. Ils auraient anéanti la fortune des Francs eux-mêmes, si Charles-Martel ne les avait arrêtés à la fameuse

bataille de Poitiers, en 732.

Cependant, dès l’an 719, l’ancienne Septimanie

gothique était organisée en province de l'empire arabe, avec un vali à la tête de l’administration, et des caïds sous ses ordres. |

Malheureusement, l’histoire de la période arabe est sans conteste la plus obscure de toutes les

périodes du passé roussillonnais. De 719 à 759, nous ne savons rien de positif. Dés légendes locales avaient rattaché au séjour des Maures des débris de monuments qui n’ont en réalité rien de commun avec eux et, datent, pour la plupart, de l’époque féodale. La tradition leur attribue aussi des dévas-

tations ou des confiscations qui sont probables,

mais dont nous n'avons que des indices postérieurs et indirects. En fait, le rôle des Sarrasins semble se réduire à quelques passages de bandes armées et à une exploitation fiscale plus ou moins ruineuse qui sévit pendant près d'un demi-siècle.

La civilisation gallo-gothique n’en fut point touchée quant au fond. La tolérance religieuse fut sinon immédiate, du moins assez vite acquise. Sans avoir été nulle, l'influence sarrasine sur la race et sur l’histoire du Roussillon a été assurément très atténuée, et peut-être faudrait-il dire qu’elle a été plus marquée au cours des échanges méditerranéens du Moyen Age que durant la sujétion politique du viu* siècle.

Rien en tout cas dans l’architecture — pas même la mystérieuse église triangulaire de Planès qu’on a voulu y rattacher — ne rappelle en Roussillon ou en Cerdagne la domination arabe.

Une vague maure avait recouvert la Septimanie ; une vague franque venant en sens inverse la recouvrit à son tour.

Le retour offensif des Francs suit de près la décisive bataille de Poitiers. Instruits par l'exemple même de leurs adversaires, les maîtres de la Gaule

… septentrionale ont fortifié leur cavalerie ; un premier

pit !

LA

'slèce de Narbonne Éclque sous Charles-Martel: mais en 759, Pépin le Bref, plus heureux, aidé d’ailleurs par les habitants complices, enlève la ville: tout le pays s'était déjà donné ou fut vite repris. D'ailleurs, le vainqueur se substituait purement et simplement aux anciens souverains wisigoths; les lois de Réceswinthe demeuraient; le régime gallo-franc se présentait comme la continuation pure et simple du régime gallo-cothique.

Et comme la vitesse acquise de la conquête entraînait les armées franques ainsi qu’autrefois en sens contraire les hordes arabes, la conquête carolingienne fut poussée au delà des Pyrénées,

dans le bassin de l’Ébre. Une Marche d'Espagne

ou duché frontière fut constituée sous Charlemagne, bien que le grand empereur n'ait point paru personnellement en Roussillon. Cette Marche fut étendue encore sous Louis le Pieux. C'était en vain que les bandes d’Abdelmalec avaient tenté une dernière pointe en Gaule par les Pyrénées, en 7/93, battant le duc de Toulouse, le fameux saint Guilhem, sur les bords de l’Orbieu. Les

envahisseurs, disent les auteurs arabes, emportèrent un riche butin et emmenèrent de nombreux

captifs. Ce succès fut sans lendemain. C’est seulement sur le revers méridional des Pyrénées que

les Sarrasins mettront en péril, au 1x° siècle, la

Marche franque. |

Or, à l'inverse de la domination arabe, la domination carolingienne a beaucoup influé sur le sort de notre pays. C'est pendant l’époque carolin- . gienne que le Roussillon féodal naît et prend forme. Il importe de bien saisir ce que représente

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