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LES PREMIERS SIÈCLES DU MOYEN AGE. 4l

cette période féconde dans l’histoire de notre . passé et de l’envisager sous ses différents aspects.

| D'abord, l’ancienne Septimanie a été divisée en comtés, suivant le système adopté dans l’ensemble . de l'empire franc. Le réseau des comtés carolin- giens reproduisait à peu près la distribution romaine des « pays » ou pagi dont nous avons établi la nomenclature précédemment, plusieurs . pagt étant habituellement groupés sous l'autorité d'un même comte. En outre, dans les régions voisines des frontières, les Carolingiens plaçaient . d'ordinaire le commandement militaire de plu- . sieurs comtés entre les mains de l’un des comtes, » revêtu de la dignité de duc ou marquis, termes . rigoureusement synonymes dans la langue officielle du temps.

Sous Charlemagne, le duc de Toulouse, saint Guilhem, cumula tous les commandements militaires face aux Arabes. Ce haut personnage était, . en réalité, le bras droit du prince Louis, que son père avait fait roi d'Aquitaine en attendant la succession impériale.

Mais saint Guilhem se retira du monde à la fin de sa vie pour aller partager les exercices pieux des moines du couvent de Gellone (Saint- Guilhem-du-Désert) précédemment fondé par lui . près d'Aniane. Sous le règne de Louis le Pieux, pre duché de Toulouse et le duché de Septimanie tou Marche d’Espagne — dite aussi Marche de PGothie — devinrent des ressorts militaires dis- . tincts. Alors l’un des comtes du ressort nouveau : reçut, suivant l'usage, la dignité ducale. Les pre-

miers ducs et marquis en furent successivement :

Bera, comte de Barcelone: Rampon, comte de.

Gérone; Bernard, comte de Barcelone; Gaucelme,. comte de Gérone et comte de Roussillon. Ces.

deux derniers étaient fils de saint Guilhem. Sous Charles le Chauve, Sunifred, comte d’ Urgel, puis

Aleran et Béranger remplirent le même office;

mais les fils de Bernard revendiquèrent les comtés et les honneurs que leur famille avait autrefois. détenus, et, comme l'autorité de Charles le Chauve était contestée en Aquitaine, où Pépin Il, évincé. au traité de Verdun, se prétendait roi légitime en

vertu d’une donation de son grand-père Louis le Pieux, il est probable que c’est du nom de Pé-

pin que se couvraient les héritiers de saint Guil-. hem, au cours des tentatives nombreuses et har-. dies par lesquelles ils troublèrent longtemps la

Marche.

En 865, Charles le Chauve ayant définitive-

ment établi son pouvoir dans le sud de ses États, coupa en deux la Marche d’Espagne: il l’arrêta

aux Corbières et laissa en dehors le nord de l’antique Septimanie avec Narbonne, ou Gothie propre. Cette répartition était très significative, car elle.

rattachait en fait le Roussillon, non à ce qui de-

vait être le Languedoc, mais à ce qui devait devenir la Catalogne. Le comté de Roussillon, comme celui de Cerdagne, faisait maintenant partie du groupe de comtés pyrénéens et hispaniques dont Barcelone allait devenir le centre de gravité :

par là une orientation était donnée à l’histoire

des âges suivants. Certes, la communauté déjà

affirmée, dès le temps des Wisigoths, entre les. deux versants était la cause initiale de cette soudure, |

k mais le régime carolingien lui donnait la solidité.

L'unité romaine de la Narbonnaise était rompue :

virtuellement, une question politique grave naissait, la question des Pyrénées. Elle ne devait se

. poser en fait que bien plus tard.

En attendant, en dépit de quelques à-coups, le

* régime carolingien était plutôt bienfaisant pour les populations subpyrénéennes. Et voici un nou-

vel aspect de l’histoire de cette période, la colo-

- nisation de la Marche.

Les seuls actes législatifs de la souveraineté carolingienne applicables spécialement à ce terri-

. toire sont les capitulaires relatifs aux Espagnols réfugiés, au privilège d’aprision qui leur est

octroyé et aux droits de sujets francs qui leur sont explicitement reconnus. Ces mesures ont été prises pour favoriser l’émigration des Chrétiens d'Espagne qui, s’affranchissant du joug arabe, refluaient en masse dans les comtés de la Marche.

- La frontière passée, ils pouvaient user de toutes - les prérogatives que possédaient dans l’Empire les regnicoles ; ils pouvaient s’approprier les terres

désertes à condition de les cultiver.

Il faut donc admettre que les épreuves des inva-

sions et de la domination sarrasine avaient déter-

miné l’abandon d’une partie notable du sol et

-vraisemblablement une diminution fort sensible de la population. Sans doute le fisc arabe avait dépossédé en masse les familles chrétiennes; nous en verrions volontiers la preuve dans ce fait que . quantité de terres appartenaient au fisc impérial sous CharlemagneetLouisle Pieux, ces princesayant

été substitués normalement aux Maures expulsés,

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En tout cas, les dt utages faits aux Espagnols par la monarchie carolingienne allaient de pair. avec les avantages de toute nature consentis aux. monastères et avec les concessions de bénéfices . faites aux particuliers : c'était l'équivalent des. facilités accordées par les États colonisateurs de. l’époque moderne dans les pays neufs aux élé-. ments reconnus aptes à mettre ces pays en valeur. Les documents très divers qui nous montrent réa-. lisé le cas juridique de l’aprision témoignent de. la fréquence et de l'efficacité de ce mode d’éta-. blissement : les extensions monastiques, dont le développement est parallèle, procèdent du même. souci et concourent au même objet.

Dès la fin du vin* siècle, des Bénédictins, . venus d’Espagne, fondèrent sur les bords du Tech : l’abbaye d’Arles, en Vallespir. Ils élevèrent bien . vite des dépendances de leur couvent sur divers. points des alentours, des celles ou cellules, comme Sainte-Cécile-de-Cos, a care ; Saint-Martin-de-Fenollar. |

La celle de Saint-Martin-de-La-Vall donne.

naissance au monastère de Saint-André-de-Sorède, qui établit à son tour la celle de Saint-Vin-. cent - de-Tatzo - d'Amont. L'église d'Elne fit des. fondations analogues : aux environs de La Rocad'Albera (Laroque- des-Albères) furent créées les. cellules de Saint- Félix et de Saint-Julien -de-, Tanya. À

Des cénobites espagnols établis à Saint-André - d'Exalada vers 840 s’adonnèrent à l'élevage en.

même temps quà l’agriculture et colonisérent

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| Camplonch, près du Vernet, et Saint-Thomas-de- Balaguer. Une inondation ayant emporté Exalada, en 878, les survivants du désastre allèrent créer ailleurs un nouveau monastère, à Saint-Michel-de Cuxa.

: Vers la même époque, le monastère de Saint-Genis des-Fontaines, fondé en 819, installa des cellules à Saint-Vincent-de-Roca-Vella en Vallespir et à Saint- Jean-la-Cella en Roussillon propre.

Enfin les couvents de Notre-Dame-de-la-Grasse et de Saint-Polycarpe (près Limoux), extérieurs à notre province, eurent des dépendances sur notre sol : Saint-Pierre-de-Prades et Saint-Martin-de- Canoès relèvent de La Grasse ; Salelles et Palol, aux environs d’Elne, relèvent de Saint-Polycarpe.

Laïques et ecclésiastiques, Espagnols et Goths : semblent avoir eu du mal à défendre leurs exploitations contre les convoitises des comtes francs, dont la propriété foncière était la grande force et qui cherchaient soit à s’agréger aussi les terres vacantes, soit à pressurer les cultivateurs d’alentour. Le fait

certain est qu'une opposition se fit jour entre la population hispano-gothique et les fonctionnaires impériaux, la plupart venus du nord, comme saint Guilhem lui-même, dont les attaches bourgui- gnonnes constatées laissent entrevoir une plus lointaine origine. Des révoltes eurent lieu, surtout celle du Goth Aizon, sous Louis le Pieux; le comte et marquis Bernard eut grand peine à défendre Barce- lone contre les Arabes qui, profitant de la révolte d’Aizon et peut-être de connivence avec lui, se déversèrent sur le territoire franc en 823. Jusqu’ à sa

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mort.en AA Bernard eut de constants démélés. avec.

les instituts religieux de ses comtés : or, cet anta-.

gonisme de l'élément indigène contre les gouver-

nants envoyés du Palais n’est pas accidentel, mais

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