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permanent. Il apparaît comme une sorte de patrio- à tisme élémentaire, l’ébauche d’un esprit catalan : ce ! fut, semble-t-il bien, la fortune de Joffre le Poilu . (Wifredus ou Gausfredus Pilosus, en catalanJoffre lo .
Pilos), que de représenter, à la fin du 1x° siècle, le
triomphe des aspirations locales, devenues victo- |
rieuses à la faveur de la décadence carolingienne.
Mais, avant de voir comment la Marche est allée : sedétachant de l'empire ou du royaume dont en prin-
cipe elle était partie intégrante, il convient de jeter un coup d'œil rapide sur la géographie historique du Roussillon à l’époque carolingienne, et sur les
quelques comtes dont la mémoire nous a été con- .
. servée.
Comme nous l’avons déjà remarqué, les pays ou .
pagi de l’époque romaine sont, d’une manière géné-
rale, les facteurs premiers de l’organisation carolin- . gienne. Ces « pays » sont groupés sous l'autorité . de comtes de façon fort variable. Un comte gouverne, ! à l’ordinaire, plusieurs « pays », sauf à déléguer .
l'exercice de ses fonctions à des vicomtes ; et si,
souvent, le même groupe territorial se retrouve sous
l’autorité de son successeur, il ne s’ensuit nulle- .
ment que ce groupe forme une unité. C’est au gré des faveurs royales, des nécessités politiques et des tractations de famille à famille queles circonscriptions se font et se défont.
Nous connaissons déjà Gaucelme, l’un des fils de
saint Guilhem : il était comte de Roussillon et d'Empories; il devint ensuite comte de Gérone. Bernard et Béranger lui succédèrent. Sous eux, le Vallespir dépendait du Roussillon. Le Conflent, au contraire, paraît avoir été un comté séparé, au moins pendant une partie du rx° siècle. | … Vers 873, nous trouvons un Raoul comte de Conflent. Vers cette date, le comte de Cerdagne paraît être Salomon, en même temps marquis et probablement aussi comte de Roussillon,
. Or, en 873, le Franc Salomon fut tué par Joffre le Poilu, comte de Barcelone, d’origine espagnole. Joffre se fitreconnaître par le Palaisle titre de marquis et, profitant de l’affaiblissement de la royauté désormais trop lointaine, s’érigea en vrai maître de la Marche.
… Certes, les historiens onteutort qui ont prétendu trouver dans un acte fautivement interprété une concession de souveraineté faite par Charlesle Chauve à Joffre. Le lien théorique qui rattachait la Marche à l'État franc subsista, comme nous en aurons la preuve; mais, en fait, l’autorité carolingienne ne s'exerça plus guère que pour la forme, et la dynastie de Joffre le Poilu allait devenir l’ouvrière active, autant qu'intéressée, de l'indépendance catalane.
- Les institutions politiques et sociales qui avaient leur origine dans le régime carolingien se développérent alors pour ainsi dire à l’état libre: les tablissements religieux, les grands domaines prirent un essor nouveau; et, peu à peu, la Marche revêtit la forme féodale.
Comme en tous pays, la genèse de la féodalité en Roussillon est obscure, difficile à définir. Les
D | HISTOIRE DE ROUSSILLON Sn
siècles agités, à la faveur desquels elle se fonde, comptent parmi les plus confus, parmi les moins bien connus de l’histoire. Pourtant, les idées qui président à cette transformation se laissent apercevoir et les tendances qui nous ont paru se faire, jour au 1x° siècle ont visiblement déterminé le sens de l’évolution.
On sait que la féodalité a été Aou ble. laïque et! ecclésiastique. Le monastère carolingien est, à la fois, une colonie d’exploitation agricole et un centre! intellectuel. À ne l’envisager que sous l’angle de’ son rôle économique, l'institut religieux de l époque! carolingienne devient à la vérité, comme jadis la! villa de l'époque romaine, le type parfait de l’éta-\ blissement foncier. Donations de terres fiscales concessions d'immunités achèvent de l’accroître e de l’'émanciper. Par la donation de terres fiscales en vertu de ces diplômes dont nos archives garden encore en original ou en copie tant de spécimens la royauté fait passer de son domaine dans celui de PÉglise avantagée d'immenses portions de terri toire, dont la culture est par là même assurée. Pa Vimmunité, la royauté affranchit de la juridiction! des fonctionnaires normaux — comte et subor donnés du comte — la terre sur laquelle porte 1 privilège, et transporte l’exercice de l'autorité à l’Église même. Une fois le pouvoir effectif de lai royauté évanoui, la terre d’immunité devient donc tout naturellement une seigneurie. Si des villas de l'époque antérieure ont suivi le même processus, ce sont surtout les biens d'Église qui ont réalisé 1 type de la seigneurie d’origine immunitaire. La | puissance spirituelle que détiennent ses chefs e
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* couvre au besoin les usurpations, en favorise en tout état de cause l'enrichissement et l'expansion. Peuplée d'hommes de conditions diverses qui la - travaillent, la terre d’'Église ne s’aliène jamais ni ne se oetibre elle s'accroît sans cesse de fondations pieuses ; elle s’arrondit au moyen d’achats ou de contrats de cens. La grande propriété laïque, moins assurée de la pérennité, tend elle aussi à s’augmenter en vertu des conditions sociales qui régissent alors le problème du travail agricole. Il n’y a point alors de crédit, presque point de numéraire. Le salariat est inapplicable. Le petit propriétaire besogneux ou menacé cède sa terre à un voisin puissant pour la reprendre à cens, mais accrue d'une portion qui lui assure de quoi vivre en tra- » vaillant. Il entre ainsi sous la protection de celui . pour qui il soigne ce lot, et, la coutume consolidant . les relations de cet ordre, une hiérarchie de terres se crée parallèlement à la hiérarchie des personnes. Ainsi s’élaborait une société fondée sur la conces- sion foncière et la dépendance personnelle, société nouvelle dont la villa romaine contient en puissance le germe, mais que les circonstances maintenant - faisaient éclore et favorisaient de plus en plus.
Comment la Marche pyrénéenne s’est détachée progressivement de la France; les origines du problème; Joffre le Poilu. — Le régime comtal en Roussillon. — Les comtés et les comtes. — Les origines de Perpignan. — Les synodes d’Elne et de Toulouges; la Trêve de Dieu. — Les malheurs du XIe siècle. — Les . vicomtés. — Les derniers descendants de Joffre. — Union du Roussillon à la Gatalogne.
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L'expression « comte souverain » pour désigner les comtes hériditaires est souvent employée par… les historiens; nous la rejetons ici, car elle pro-* cède d'une erreur de principe qui risquerait de fausser le sens véritable de l’histoire. :
Aussi bien l’avons-nous déjà dit, c'est sur la. foi d’un texte mal compris que l'on a longtemps cru à une concession de souveraineté faite par Charles le Chauve à Joffre le Poilu. En fait, le. geste de 873, si grave fût-il, ne tranchait point. le lien qui rattachait la Marche pyrénéenne à l’Eta franc. Marquis par le glaive et maître réel du pays, Joffre demeurait théoriquement soumis à Charles le Chauve, et siles manifestations de la souverai-. neté royale furent intermittentes, de plus en plu
rares et de moins en moins eflicaces désormais, aucune coupure ne s aperçoit à aucun moment, aucune renonciation ne se formule, et la situation . de principe créée par le fait même de la conquête carolingienne ne subit aucune altération. C’est en fait, non en droit, que la Marche se détache progressivement pour former un véritable État. Or, la position juridique du problème de la souve- . raineté a eu pour l'avenir une telle importance que méconnaître le droit pour ne s’arrêter qu'au fait rendrait incompréhensible quelques-uns des points culminants de l’histoire roussillonnaise.
Deux phénomènes expliquent comment l’indépendance effective de la Marche se conciliait avec le respect théorique de la souveraineté francaise.
C’est d’abord l’éloignement extrême de ce pays par rapport au centre d'action de la dynastie royale. En proie à des embarras croissants au cœur même de ses Etats, le Carolingien de la décadence a, de moins en moins, le loisir de s'occuper des affaires d'un groupe de comtés, où il sent qu’il n'aurait en aucun Cas la possibilité d'intervenir en personne. Il couvre donc de son autorité à peu près tout ce qui S'y passe; les diplômes carolingiens ne sont plus que des confirmations, des reconnaissances solennelles — mais tardives et toujours plus rares — du fait accompli. Il en résulte que la politique de famille s’épanouit à l'aise. L’hérédité des bénéfices s’établit
en fait. Enraciné au sol, le comte s’entoure de vassaux, se subordonne par la voie de l'hommage féodal la majeure part des propriétaires, et ceux-ci ne connaissent plus le roi que comme un suzerain vague, tandis que le comte tout proche, qui le repré-
Le
DAC ET à
ce roi.
année du règne de Louis fils de Charles qui aurait dû
d’Outremer, fils de Charles le Simple, roi seuleme
sente en principe, exerce sur eux la plénitude des . pouvoirs.
D'un autre côté, aliéné en fait aux comtes et à ses subordonnés, ou encore aux immunitaires, laïques ou ecclésiastiques, l’exerciceordinaire de la souverai-
neté échappe au roi. Son droit supérieur plane sur.
le pays, et ce droit nul ne le conteste, mais il n’a plus de prise directe, il est vidé de son contenu concret; aux yeux des hommes de ce temps il ne sert plus. à rien. La souveraineté, en un mot, subsiste sans s'exercer, et cest apparemment parce quelle est | irréelle qu’elle demeure intacte en droit. Elle survit à : l'extinction des Carolingiens et à l'avènement des Capétiens.
Dans la Marche, comme en pleine Ile-de-France, : c’est par les années de règne des roïs de Frances que se datent les actes publics. Or, c’est là une. reconnaissance explicite de la mouvance RU Dater les actes des années d’un roi, c’est, dans les | habitudes du Moyen Age, se D nes dépendant de.
C'est au point que les formules de dates ont été, aux époques de crise, le refuge des protestations individuelles ou collectives. Lorsque la couronne était disputée, c’est au compte des années de règne que se reconnaissent les adhérents d’un parti. En.
936, une de nos chartes publiées porte la date sui-»
vante : anno Î regnante Ludovico rege filio Char-. lonis qui debuerat esse rex et non fuit (premières
être roi et ne l’a pas été), protestation assez clair contre l’accession tardive au trône de Louis I
à la mort be intrus, le Bourguignon Raoul. Un
autre acte, émané de la génération suivante et conservé aux archives de la cathédrale de Vich, est daté de la 32° année du règne du Christ : cela signifie que, trente-deux ans après le coup d'Etat de Hugues Capet, on ne reconnaît pas à Vich la dynastie capétienne et l’on tient le trône de France pour vacant.
Il convient d'ajouter que souvent le refus de reconnaître le roi effectivement régnant n’était qu’un paravent commode derrière lequel les ambitions locales
se donnaient libre cours. Des formules comme celle
qui vient d’être citée en dernier lieu n’allaient certes
pas à renier la souveraineté française et ne s’atta-
quaient qu à la légitimité des personnes : en pratique, elle n'en facilitait pas moins l'indépendance, car, pendant la vacance prétendue du trône, il n’était même plus de contrepoids théorique à la pression des forces féodales.
Au demeurant, une considération qu'il ne faut pas omettre justifie dans une certaine mesure et tout au moins explique à merveille l’érection de nos comtés en Etats indépendants de fait. La Marche
. était toujours en péril. La lutte contre les Arabes - était quotidienne. Tantôt vainqueurs, tantôt vaincus,
les Chrétiens étaient comme en croisade permanente.
. Les protecteurs des populations hispano-gothiques furent les comtes, à défaut des rois.
Un fait précis, qui dut être fort commenté dans les
comtés pyrénéens, symbolise, sous Hugues Capet, - cet abandon de nos Marches à leur sort. Borel, . comte de Barcelone, menacé par les Sarrasins, vient . demander au chef de la nouvelle dynastie, à peine
- installé sur son trône branlant, l'appui de son épée
es pe
BAS cn HISTOIRE DE ROUSSILLON. | Ha ae
et de ses ohéalees Hugues Capet, tout à l’ ivre
de son titre nouveau, promet de secourir ce vassal de sa couronne. Il annonce même son départ. Et, tout aussitôt, la prise d’armes du dernier prétendant carolingien, Charles de Lorraine, absorbe si bien son activité que toute la vie du premier Capétien
se passe à guerroyer autour de Paris et de Laon. ;
Comment songer à des aventures pyrénéennes ? Mais aussi, comment ne pas comprendre l'attitude que révèle le document conservé à Vich? Ce sont donc les comtes du pays et leurs vassaux qui, tout seuls, feront face aux Musulmans. Étant à la peine, LÉ veulent être à l'honneur, tandis que la souveraineté du roi restera théorique, tout comme la protection qu'il doit et qu’il ne peut traduire en actes.
Voyons maintenant, à la lumière de ces idées générales, comment Les tendances qui viennent d'être définies sont passées dans les faits.
Joffre le Poilu, dont nous avons dit la haute fortune à la fin du règne de Charles le Chauve, avait donné ou fait concéder le comté de Roussillon à l’un de ses frères, Miron. Ainsi, Miron devint la
tête d'une lignée comtale qui s’implanta en Rous-
sillon. Mais la distribution des anciens pays sis des deux côtés des Pyrénées entre les membres de la
famille barcelonaise a été variable d’une génération |
à l'autre. La pénurie des textes qui nous restent de cette période rend très confuse la connaissance
que nous avons des états successifs de la carte
historique.
Un comté, que l’on a coutume d'appeler comté d'Empories-Roussillon, et qui comprenait sur les
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deux versants des Albères la côte et la plaine, conserva son homogénéité jusque vers 990, s'opposant
au comté de Cerdagne passé aussi à un fils de Joffre
le Poilu.
Ce comté, dont la ville principale était Hix, ajoutait à la Cerdagne : le Conflent, le Capcir, le Fenouillèdes et la partie haute du Roussillon.
Vers 990, les deux lots ainsi formés furent divisés chacun en deux parts, afin de pourvoir, d’un côté, les fils d'Oliva-Cabreta, comte de Cerdagne, et, de l’autre côté, les deux fils de Guifré, comte d'Empories- Roussillon.
Des deux fils d'Oliva-Cabreta, l’un, Joffre, eut la Cerdagne et le Conflent; l’autre, Bernard, surnommé Taillefer, eut le reste, y compris par conséquent : le Vallespir, la haute vallée du Tech jusqu’au Perthus, le pays des Aspres et la haute plaine du Roussillon avec Thuir, Ille, Millas et Saint-Féliu ; il prit le titre de comte de Bésalu, et, de ce côté-ci des Pyrénées, fit probablement du château de Castellnou, bâti vers cette époque, le centre de sa domination.
Des deux fils de Guifré, l’un, Hugues, prit Empories et Peralada; l’autre, Guilabert [*, garda la basse plaine roussillonnaise avec le titre de comte
de Roussillon.
De ces quatre lots, le plus durable fut celui qui semble avoir été territorialement le plus modeste, celui de Guilabert. Dès 1111, en effet, comme nous allons le voir, la maison de Barcelone réunissait à ses domaines ceux des comtes de Bésalu, et, en 1117, ceux des comtes de Cerdagne, tandis que la dynastie de Roussillon allait se perpétuer jusqu’à 1172.
| Il y y avait eu d'ailleurs, au cours du x° ide des groupements éphémères de comtés; c’est ainsi qu'en 981 Guifré avait agi comme comte jusqu’en Conflent, et un diplôme royal lui donne même le titre de dux BRossilionensis pag ot, duc de Roussillon. Ce « duché de Roussillon » n’était que l'expression orgueilleuse,
mais probablement officielle, du cumul des comtés
que Guifré avait momentanément réunis : l’expression elle-même fut aussi peu durable que le grou-
pement territorial dont elle nous a conservé la
mémoire. 5 Nous ignorons où résidait — à supposer qu'il ait eu une résidence fixe — ce Guifré qui représente le mieux chez nous le type du comte au x° siècle. Sans doute Elne était alors le centre urbaïn le plus
important. Ruscino, déjà devenu Æucinola sous les
Wisigoths, ainsi que nous l’avons vu, est appelé
Rosciliona, en 816; puis, en 870 apparaît l’expression Castellum Rossilio, répétée en 914, avec une simple variante (castrum Rossilio) : c’est là précisément l'appellation qui a survécu, Château-Rous-
sillon en français, Castell Rossello en catalan.
Faut-il croire que les restes de la ville romaine furent détruits par les Normands débarqués sur nos côtes en 859? On l’a supposé. La preuve manque. Le fait certain, c’est que, dorénavant, le point qui avait marqué autrefois le centre de la domination
romaine n'aura plus guère aucune importance : tout
juste celle d’un médiocre château féodal.
On a souvent affirmé que Guilabert I° était venu
s'installer à Perpignan, vers 991, inaugurant ainsi la capitale des siècles suivants. Mais cette assertion
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