‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 1 sur 288 · II . INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II . INTRODUCTION

aux annales de Royaumont; on fera une mention spéciale du problème historique que soulèvent les ruines considérables de Comelles, près les étangs de ce nom. Enfin, on ajoutera des notions explicatives sur l'objet des dessins, des vues, des gravures, dont on a accompagné le texte.

Ce qui devait attirer vers la monographie de l'abl)aye de Royaumont, était la grande figure de son imposant fondateur, celle de saint Louis, parce qu'en dehors de l'intérêt local et restreint, se déploie ici un intérêt français. Parmi les monuments que chaque jour on ressuscite sur différents points du territoire national, en les arrachant à des mutilations ineptes ou à des changements intempestifs de destination, on en remarque plus d'un qui ont été grands dans le passé ; il suffira de citer Pontigny et le Mont-Saint-Michel, récemment acquis par les pères de Saint-Edme.Mais quel monument de Tàge féodal peut avoir plus promptement nos sympathies, qu'nn édifice qui fut l'œuvre de prédilection de Blanche de Castille et de saint Louis, qu'ils distinguèrent d'une manière spéciale, et où s'est fondue en quelque sorte la meilleure portion de sahit Louis lui-même, de sa vie, de son âme? Ourscamp, qu'on peut dire un des beaux monastères de France avant 1789, et qui devint, quinze ans après, une maison de plaisance du prince de Talleyrand, n'a pas entendu une voix puissante qui l'ait rappelé à ses premiers destins» On ne s'en plaint pas. L'industrie, qui y est florissante, est une source d'aisance

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matérielle dans la contrée. Mais Rovaumont, avec ses grands souvenirs de saint Louis, méritait une métamorphose ascendante qui a eu lieu. En retraçant les annales de Koyaumont, il faut toucher à l'histoire générale de la France; il faut redire l'action de Royaumont sur saint Louis, et par saint Louis, sur la France elle-même. On ne s'étendra pas d'une manière disproportionnée sur l'étude de cette influence de l'abbaye sur l'illustre monarque. On en parlera cependant assez, pour faire entrevoir comment Royaumont fut l'origine, le berceau solitaire de cette individualité puissante qui se nomma saint Louis. A s'exprimer exactement, la date réelle, le point de départ véritable de cet esprit, qui est l'esprit de nos saines institutions libérales modernes, ne se retrouve qu'en remontant à Royaumont et à saint Louis. On a écrit plus d'une fois l'histoire de saint Louis au point de vue politique, militaire, administratif, financier; mais l'histoire de Royaumont a la prétention d'être l'histoire de saint Louis au point de vue de sa vie intime, l'histoire de sa vie privée, l'histoire de son àme. Le nom de Royaumont est assez connu en France, à cause de la Bible de Royaumont ; l'illustre auteur des Méditations et des Harmonies poétiques raconte, dans le récit de son Voyage en Orient^ qu'il avait appris à lire, quand il était petit enfant, dans une belle Bible de Royaumont, que sa mère avait reçue au lit de mort de la . grand' m ère de M. de Lamartine. Toutefois, c'est moins parle faible lien de cette Bible que par les grands et nombreux

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souTenirsde saint fjouis dont Royaumont est rempli, que ce nom devrait être connu dans notre pays.

On ne doit chercher dans cette histoire de Royaumont, que la vue et Tétude d'un passé qui a ses grandeurs et qui renferme des leçons pour le présent. Mais on y espérerait vainement des emprunts aux polémiques irritantes de ce temps-ci, aux disputes contemporaines en politique et en religion. A tant Faire que de nous réfugier dans l'histoire, qu'on nous laisse du moins le bénéfice de cette contrée silencieuse, apaisée et sereine, qu'on nous laisse interroger ce témoin sévère, testis temporum, comme l'appelait l'Orateur romain. Lesecclésiastiquesqui viennent , d'acquérir Royaumont, ne pouvaient, il est vrai, arriver en un temps, plus opportun que celui où la pensée moderne a tant d'ironie et d'impolitesses à l'égard de la pensée chrétienne. Tranchons les mots, on est consolé par un événement qui est de son essence spiritualisle et catholiciue, d'autant plus qu'autour de nous la libre pensée devient d'une sufiisance inqualifiable à l'égard de la métaphysique, et qu'elle se permet, ressuscitant les vilains jours du dix-huitième siècle, de convier nos âmes à raser d'un vol pesant le fumier de tous les matérialismes d'école de philosopliie ou de médecine. Sans doute, les tristesses (lu temps présent passeront, il est visible pour les observateurs judicieux, que le mouvement actuel cl si passionné contre l'idée religieuse, n'est pas, au fond, sérieux; « apporté par un flux d'idées réactionnaires, il sera emporté parle reflux. »

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Il n'est pas besoin de justifier Ticlée du inonachisme dans sa conception primitive ; il est évident que, considérée subjectivement, Fidée du mouachisme repose sur l'amour, devenu le principe même de la vie dans l'homme aspirant à rendre de plus en plus intime l'union volontaire de l'âme avec* le Christ sauveur et dispensateur des grâces. On craint de profaner cet amour divin par le contact des choses terrestres, et voilà, dès lors, certaines séparations d'avec le monde. Cependant, en gravitant dans la solitude, en fuyant les obstacles que la vie sociale pourrait opposer au divin amour, il faut redouter aussi de fausser la tendance à l'isolement et de devenir égoïste en vivant seul : voilà pourquoi la forme d'une association religieuse donnée à la vie monastique, et la nécessité de travailler par esprit d'amour au bien de ses semblables sous une forme quelconque. Ainsi, l'idée qui fait la base du monachisme est une idée générale et véritablement humaine, comme le proclame un érudit allemand, M. Ochs.

Nous sommes passés en France, depuis soixante ans, par des dispositions très-diverses, allant de l'animosité à la tolérance, et de la tolérance à la liberté. Comme toujours, à une réaction en succédait une autre. Législalivement, on sait la série des actes qui se succédèrent : les lois de 1790 et 1792 avaient employé la méthode radicale; elles avaient supprimé les ordres religieux, supprimé surtout les vœux perpétuels, et porté la main sur les possessions territoriales. L'empire ne renouvela pas d'une manière

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absolue les prohibitions de 1790 et de 1792. Tandis que jusque-là, il fallait une loi pour rétablir un ordre religieux, une loi de principe, le décret du ^ messidor an XII donna au contraire au chef de rÊtat le pouvoir de les rétablir par un simple dé-crel. 1/ empereur institua des religieux, pour les Missions étrangères, les lazaristes, le Saint-Esprit, d'autres pour le service des montagnes; il fonda les établissements du Mont-Saint-Bernard et du Mont- Genèvre, ainsi que celui de la Grande-Chartreuse. Si une autre direction fut suivie en 1809, on l'explique par l'appréciation des circonstances politiques et par les rapports du gouvernement français avec Rome.

La question fut reprise en 1845, à la chambre des députés, sous Louis-Philippe. Les orateurs de 1789 étaient remplacés par MM. Lamartine, Thiers et Berryer. Les uns parlèrent au nom de la liberté des cultes, de la liberté de la conscience ; les autres réclamaient la protection de la société, contre certaines communautés religieuses ; M. de Lamartine remontait jusqu'au concordat de 1802, qu'il lui plaisait d'appeler une grande faute politique.

MM. Quinet et Michelet, M. Lenormant, le P. Lacordaire, M. Du tilleul, du barreau de Paris, écrivirent en sens divei's sur celle question du monachisine qui venait s'abriter derrière la grande loi de la liberté moderne. En définitive, à travers le choc des arguments |)ouret contre, extraits des lois de 1790, 1792, 1803, 1817 et 1825, il s'agissait de la question générale de la renaissance dos ordres religieux, à

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roccasion des conditions d'autorisation préalable pour les associations religieuses. Vinrent les agitations de 1848, qui ne réveillèrent pas les animosités anciennes autant qu'on aurait pu le craindre. Les discussions de la Constituante et de TAssemblée législative en France favorisèrent le développement de la liberté et firent rentrer les communautés ecclésiastiques dans le droit commun. On reconnut à tous, en principe, le droit de se vêtir comme on l'entendrait, de vivre comme il conviendrait, pourvu qu'on se conformât d'ailleurs à la loi civile du pays dans tout ce qui est de ^on ressort.

Historiquement donc, une transformation s'accomplissait à vue d'œil dans l'opinion publique, dans le sens d'idées plus équitables, sinon plus favorables aux anciens religieux; le point élevé de cette transformation devait conduire un homme d'Etat à reconnaître, devant un corps politique, après la première période du dix-neuvième siècle, la marche étonnante des idées et des sentiments : « UA changement, disait-il en 1860, s'est opéré dans les mœurs ; il fut un temps où, si l'on avait vu dans les rues de Paris un dominicain en costume, on aurait eu de la peine à le défendre contre certaines excitations. On le voit, on ne dit rien. Si ce dominicain parle, on va l'entendre ; s'il a du talent, on l'admire. On a cité un fait très-carâctéristique. Dans peu de temps, un homme d'État, d'un immense talent, un protestant, recevra à l'Académie françaiseun dominicain revêtu de l'habit de dominicain. Ce fait et beaucoup

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