LIVRE TROISIÈME
Irée 'dans la famille royale, et dont la grâce et la modestie rehaussaient l'éclat dulr6ne; Isabelle, la sœur bien-aimée de saint Louis: puis les illustrations et les gloires vivantes de la monarchie, l'élite de la noblesse et celle du haut clergé français. C'est que cette cérémonie élaitpresque un événement national. Le connétable Amaury de Monifort, le grand chambrier Barthélemi de Roie, et beaucoup d'autres seigneurs, se faisaient un devoir d'être aux i^ôtés de leur prince, dans ces fêtes si chères à son dme rchgieuse. Aux abbés de Citeau\, de Clairvaux, durent se joindre l'abbé de Saint-Denis et le légat duSaint-Siége. Quant au prélat qui présida la cérémonie, il ne pouvait être qu'un saint homme, « un homme de grand savoir et vertu, de doctrme exquise, es lettres saintes ; » c'était Jean, archevêque de Mytilène ; il consacra l'église de Royaumont en l'honneur de la Sainle-Croix, de Noire-Dame el de tous les saints'. Gautier, évi^que de Chartres, y consacra ausslplusieurs autels*. La solennité fut pompeuse, et l'on peut imaginer le puissant effet que dut produire cette rencontre des grandeurs mondaines de la cour et de la sainte joie des religieux, tout rayonnants dans leur humble habit de chœur, et au miUeu des lumières qui ne furent point parcimonieusement distribuées ce jour-là. Celte consécration était une solennité religieuse, et en même temps une fête de rintelligence : on inaugurait une belle œuvre de l'art chrétien, un temple où les générations successives viendraient goûter, d'âge en âge, cette merveilleuse végétation des chapiteaux, des clochetons et des fenestrages qu'a enfantés l'art gothique. Ajoutons <[ue, sous le lapport social et matériel, l'abbaye de Royaumoiil, avec sa splcndide église, placée comme un centre de vie inlelleclucUc
* Voir le Otrtulaire te Boyaumont, t. 1, au que Richelieu ; la copie moderne, par Gaignierc.'i; et-Oise ; Louvet Anliguitéi du BeauDoUi*.
*Vuir TilleiDoiit, VUàe ttUitl U»Ut,X. I, p. i'J3.
M de Seine-
iU HISTOIRE DE ROYÂUMONT.
à rextrémité du comté de Beauinont, était destinée à maintenir la vie locale, Tautonomie du pays d'Âsniëres, à faire contre-poids, en ce qui la concernait, à ces tendances centralisatrices qui ont toujours distingué la monarchie française, en particulier le règne de saint Louis, et qui, excellentes dans le cours ordinaire des choses, ne pèseat que lorsqu'elles sont exagérées. Quand, au milieu des populations, s'élevait un monument d'une véritable beauté, quand il y avait, à côté, un groupe vivant, à grandes ressources temporelles, industrielles, commerciales, agricoles ou intellectuelles, les habitants delà contrée avaient une vie propre, une individualité distincte; ils n'éprouvaient pas le besoin maladif d'aller se noyer dans le gouffre des grandes métropoles ; ils ne se laissaient pas prendre au miroitement fascinateur de Taltraction centralisatrice.
On vit, à cette première fêle des moines blancsy comme les désigne Joinville, une grande quantité de chevaliers en cottes de drap de soie, ainsi que de gens vêtus aux armes du roi. Royaumont ne devait jamais revoir peut-être autant de surcots ni d'autres vêtements de draps d'or. Le jeune roi parut avec toutes les marques extérieures qui traduisent le respect, la joie et le rayonnement d un beau jour. Élait-il, comme à la fameuse cour plënière deSaumur (quelques ans plus tard), avec une cotte de satin bleu, un surcot et un manteau de satin vermeil fourré d'hermine? avait-il ce manteau en velours bleu semé de fleurs de lis d or et de perles, que conservèrent longtemps les Cordelières, fondées par Marguerite son épouse? Ce qui est indubitable, c'est que, à cette inauguration officielle de Royaumont, le jeune roi voulut honorer Tabbaye et les moines. Saint Louis montra-t-il pour sa coiffure plus de goût qu'il n'en fit paraître àSauniur',
* La grande cour que saint Louis tint, en 1215, en Ai^ou, à Sauimir.