LIVRE QUATRIÈME
aujourd'hui vénérer cette salle à voûte cintrée^ qui était la sacristie et qu'éclairait, au levant, une grande fenêtre ogivale; Louis s'y présentait chaque vendredi au tribu- ' nal de la pénitence, s'asseyant, suivant l'usage d'alors/ pour avouer ses fautes ; il ne considérait, dans son confesseur, que rindividu au point de vue de la foi * ; après Tabsolution, il tendait le dos au prêtre, exigeant qu'il lui donnât des coups d'une discipline dont les cinq chaînettes ou cordelettes de fer lui déchiraient quelquefois la peau; a sa chair tendre lui estoit moult grevée'. »
L'histoire qui nous dépeint de la sorte le fils de Blanche de Castille, nous fait discerner, dans la pureté de Thomme privé, la garantie de la pureté de l'homme public. Celui qui, en l'obscurité d un monastère perdu dans les ombres d'une forêt, montrait une âme si candide, si stricte, si dévouée à ses obligations, nous a déjà persuadés par cela même de la sincérité de son dévouement à la France et de son zèle pour son honneur et sa prospérité. Mais saint Louis donna d'autres preuves plus saillantes du lien qu'établissait fa piété entre l'homme du dedans et l'homme du dehors. Comme l'abbé de Citeaux avait observé dans
* On passait de l'église à la sacristie de Royaumont par une port» pratiquée au mur de l'extrémité du transsepl méridional ; la sacristie subsiste encore; c'est une helle salle de 13", 50 de long, et 5", 80 de large, à Toûte cintrée d'une énorme épaisseur ; la hauteur est de 6», 50. Elle sert aujourd'hui de chapelle provisoire. La sacristie a une beUe porte aussi sur le cloître.
* Si, par hasard une porte ou une fenêtre venait à s'entrouvrir pendant la confession, saint Louis courait la fermer lui-même disant à son chapelain a Demeurez ici, vous estes le père, moi le fils; or dois-je vous servir. »
' t II y a dans la sacristie de Royaumont, disait Tillemont au dii-septièmc siècle, un lieu relire et séparé, où on croit par tradition qu'il (s. Louis) avait accoutumé de se confesser tous les vendredis, et de recevoir la discipline de la main de son confesseur. On appuie celte tradition de quelques peintures » [Vie de saint Ixfuis, t. I", p. 495.) c Tous les vendredis, répète dom Pierre Le Nain, religieux de la Trappe, saint Louys avait accoutumé de se confesser et de recevoir la di;<cipline de la main de son confesseur, dans 1111 lieu retiré que Ton montre encore aujourd'hui dans la sacristie. » {MiAt. de Vordredê Ctteaitx, t. IX, p. 294.)
une visite à son passage à Royaumont, que les dons et les aumônes faits par Tabbaye aux indigents de la contrée n'étaient pas aussi fréquents qu'elles devaient l'être, il exprima le désir que ces aumônes fussent quotiJ^ema. Louis IX n'hésita pas devant l'expression d'une telle pensée, lui dont la sagesse et la fermeté savaient résister quand les œuvres, bonnes d'ailleurs, ne liii paraissaient pas opportunes. Il fit à ce sujet donation, à son abbaye de Royaumont, dé la terre etâelabaronniedeRoupictdese> dépendances, le tout situé près de Saint-Quentin, en Vermandois. Los considérants de cette donation, après avoir rappelé le vœu de l'abbé de Citeaui^, général de tout l'ordre des Ci«^(crciens, expri ment l'insuffisance des aumônes faites jusque-là, à Royaumont seulement trois fois la semaine, et la nécessité d'agrandir les ressources de l'abbaye, à cause de l'augmentation du nombre des moines depuis son retour de la croisade. Saint Louis aliène à perpétuité, en fa\ear de l'abbaye, la partie de son domaine appelée baronmc i( Roupi; il veut que tous les jours on donne un secours aui indigents, et il n'oublie pas de mentionner, dans l'intention qui le dirige, la mémoire de son glorieux père Louis VIII et de sa chère mère, la reine Blanche, quil avait perdue depuis six ans. Cet acte de donation était daté de sa résidence royale de Paris, mois de juillet iK l'an 1258. En voici la formule et le texte en latin : «Id K nomine sanctse^t individus Trinitatis, amen. Ludovic«> tt Dei gratia Francorum rex... Noverint universi pne- « sentes pariter et futuri, quod cum nuper ad abbatial « RegaliS'Moniis Cisterciencis ordinis a nobis fundatam* « vir religiosus dilectus noster in Christo (Cuido 111 ou « Boniface), abbas cisterciencis, accédons intellect... \i^- « nius status monasterii comperisset, cleemosynam quo- « tidianam pauperibus adporiamloci ipsius accedentibus. a tribus dumtaxat dicbus in qualibet fieri septimana, qui « in aliis quampluribus ejusdem ordinis diebus sin^uli'