‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 121 sur 288 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

de régler, de réformer , s'inquiétait du mal partout où il Ta percevait, et voulait partout porter remède^ Mais cette attitude elle-même du saint roi émanait de la rigidité de sa conscience. Et c'est pour cela qu'on retrouve Tabbaye de Royaumont au fond de la philosophie explicative de la vie de saint Louis. La sincérité de la piété de ce grand homme donne la clef de sa carrière et constitue en lui le trait d'union entre l'homme privé et Thomme public, comme aussi Royaumont expliquait^ son caractère et sa consistance pieuse. On ne peut pas toujours conclure de l'homme public h l'homme privé. Il est très-possible que les stimulants de la publicité entretiennent l'élan et la générosité de celui qu'une situation met en relief devant ses concitoyens*. Il n'en saurait être de même pour la vie privée ; quand, dans ce domaine des choses journalières, où la vie est pour ainsi dire murée, tant elle reste inconnue de son essence, quand il y a des réalités de mérite, des réalités de dévouement aux autres, il tombe sous le sens que le passage à la vie publique est plus facile de soi, et que le même homme, libéral et intègre dans la vie privée, transportera immanquablement les mêmes qualités et les mêmes dispositions dans la vie publique. Tels sont les éléments d'information que fournissent les faits de piété sincère dont Tabbaye de Royaumont était, de la part de saint Louis, le théâtre continuel et discret.

Les chroniques du treizième siècle mettent ce point en

' Voyez les judicieuses réflexions de H. Guizot dans son Butoir e de laàti' liMOtion, relatives à saint Louis.

* L'expérience ne montre pas beaucoup d'hommes qui aient été d'une part bons fils, bons pères, bons époux, bons amis et de l'autre mauvais citoyens. Au contraire, elle nous fait voir une foule de patriotes qui, dans les relations privées, ont manqué à quelques-unes des lois les plus élémentaires de la morale. Fox et Mirabeau malgré leurs vices ontaiiné leur patrie et la li* bertê; la vénalité avide de Mirabeau n'empêcha pas son patriotisme. Uémoslhène ne fut pas plus pur; mais sa vie, dit M. Villemain, s'épura au feu du patriotisme. Trop d'exemples se réunissent pour nous forcer d'avouef qu'il n'y a pas toujours équation entre Thomme privé ef l'homme public, et que Tun ne donne pas toujours la mesure de l'autre.

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suffisante lumière. On y voit le lien qui, dans le célèbre monarque, unissait Thomme public à Thomme pri?é, et faisait conclure, en y établissant une unité parfaite, à une parfaite sincérité. On montrait dans FÉglise de Royaumont la chapelle où allait si souvent prier le saint monarque, et dans la sacristie, le lieu où il se confessait et recevait, tous les vendredis, la discipline^. On peut encore

' Après Tabsolution, dit un historien de saint Louis, le roi tendait homblement le dos au prêtre, exigeant qu'il lui donn&t des coups d'une dtsaphne dont les cinq chaînettes ou cordelettes defer lui déchiraient quelquefois U peau. Le monarque portait souvent lui-même ce fouet dans un oof&ft d'ivoire suspendu à sa ceinture. U paraissait mécontent, dit-on, si le confesseur usait de ménagement, et il lui faisait signe alors de recommencer avec plus de force. W conserva longtemps un directeur, qui sans avoir besoio d'y être excité, a lui donnoist si rudes coups et aspres disciplines qoe sa chair tendre en estoit moult grevée. » A la mort de ce confesseur, [artisan zélé de la flagellation, Louis le raconta à son successeur, Geoffroy de Beaulieu, et ajouta en riant : a Vous agissez avec bien moins de scrupok. • Attaché à cette coutume en souvenir de la Passion, le monarque U reoonmandait à ses familiers et à ses enfants; il envoya même par Jean de Ncta. l'un de ses chapelains, à sa fille Isabelle, reine de Navarre, c nng ccXt^ a d'ivoire bien ouvré, renfermant de petites chaînes de fer, longues d'as- « coudée, avec une lettre de s&ma^noù il disait : — Chiere filVe, ^kml* « exhorte à vous bien discipliner et souvent tant pour vos propres pescâui a que pour les peschiez de vostre chiestif père. » (Uist, de saint 1/fm$,\fU'^ Villeneuve-Trans, t. HI, p. 40.

Cette ardeur d'austérité et de mortification étonnerait Lien nos mœor du dix-neuviéme siècle.

Les Archive» de Seine-et-Oise (carton de Royaumont) mentionnent ^l^ scription de l'église de Royaumont, où on lisait sur un mur ces m*-' gravés : « Comment saint Louis se confessait tous les vendredis, etTece^«l* de son confesseur la discipline de cinq chaînes... » Le visiteur de It^ baye de Royaumont, vers 1694, signale également dans sa relation qot < le bon roi a exercé les actes de sa très-grande charité et fene^^ mortification, en visitant et donnant à manger de ses propres mains ^ s* religieux lépreux, et recevant, dans la sacristie, tous les vendredi U «i:* cipline de son chapelain après s'être confessé » (Copie moderne eu ceri^ Uùre de Royaumont, par Gaignièros, aux Maniisc. Biblioth.imp. Richelieu . <' voyait, sur l'un des vitraux de l'église Saint-Denis, saint Louis les épaaIesDut" un genou en terre et les mains jointes, devant un dominicain qui l^c-' un fouet à la main. Telle est la posture dans laquelle les moines de QtAV se présentaient anciennement devant leur confesseur. Peut-être est<« * ces exemples que saint Louis avait emprunté cette pratique, à laqut:*il demeura attaché.

La discipline dont saint Louis se servait, et qui était toi^ours renferv* dans un coffre d'ivoire, a longtemps été conservée k l'ahbaye do L.* (Dulaure, Biêt. de Parit, H, 117. — i4fiii. Cistere. ad. ann., il47.^

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