‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 124 sur 288 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

parlent « des estrangés malades qui demouroient en I ospital de celé abeie. » Saint Louis, dit Tillemont, fit bâtir dans le même monastère une salle où l'on recevait les malades étrangers ; c'est peut-être ce que le Père Dauvray (religieux de Royaumont) appelle la grande infirmerie, qui se voit encore aujourd'hui^ » C'est là surtout qu'il faut suivre le jeune monarque, puisque malgré les continuelles aumônes qu'il répandait à pleines mains sup les infortunés de la capitale, c'est à Royaumont peut-être que sa charité inépuisable, sa tendre compassion pour les malades, lui attiraient les plus touchantes bénédictions. Aussitôt qu'il avait franchi les cours de l'abbaye, il volait à l'infirmerie, s'entourait des médecins et les questionnait, en exigeant qu'ils entrassent dans les détails les plus circonstanciés. S'adressant ensuite aux malades, il prenait lui-même leur pouls et étudiait leur physionomie. Quand il les trouvait atteints d'une fièvre ardente et qu'ils étaient en transpiration, il les essuyait, leur frottait les tempes, le front, et ordonnait des potions ou desélectuaires. Il faut citer le chroniqueur du treizième siècle à la condition qu'on ne se choquera pas de quelques détails de médecine : « Li benoiez rois visitoit souvent c< Tabeie de Roîaumont, et ausi come a chascune foiz que a il venoit à ladite abeie, il entroit il meesme à l'enfer- « merie de l'abeie, et veoit les frères malades et les conc< fortoit et demandoit à chascun de quele maladie il estoit a malade et touchoit à auscuns le poux et à auscuns les « temples, neis quant il su oient el apeloit ses phisiciens « qui estoient avecques lui et fesoit tant que ils veoient €c en sa présence les urines des moines malades ; et leur a donnoient les phisiciens conseil comment ils se deusa sent gouverner en leur maladie, et disoit souvent le

< C'est ce que disait TiUemont au dix-septième siècle, Vie de saint Lms, t. !•••, p.4«5. •

par rapport & une abbaye puissante , créée dans les pre^ miers siècles de la monarchie, aux alentours de Senlis, au milieu de la foréi d'Ermenonville. L'abbaye de Chaalis S fondée par Louis le Gros, en 1116, avait pris des développements considérables, par les donations successives de plusieurs seigneurs, et aussi par Texcellente discipline qui y avait régné longtemps , si bien que son revenu s'élevait à trois cent mille livres de rente. Mais cette colonie cistercienne, célèbre par ses richesses et par la science de ses religieux, n'était ni infaillible ni impeccable dans ses membres ou dans ses abbés. Chaalis devait, dans les âges modernes , substituer aux vieux bâtiments qui tombaient en ruine des bâtiments nouveaux qui défieraient les ravages du temps*. Cependant, au quinzième siècle, il semblerait qu'il était plus urgent de réparer des ruines d'un autre ordre; et quoique la position de Chaalis, séparée de toute habitation par des coteaux boisés, favorisât la retraite, le silence, la méditation, les vertus douces, les

* Chaalis se trouve au levant de Senlis, non loin de la Victoire. Louis le Gros, ayant perdu un frère qu'il aimait tendrement, fit élever, à l'occasion de son frère, cette abbaye à l'endroit d'un ancien prieuré appelé Calitium, et changea ce nom en celui de son frère, qui se nommait Charles : de là le nom de Chaalis, Caroli-lacu». Plusieurs chevaliers de la contrée imitèrent la générosité de Louis le Gros. En 1157, Guillaume de Senlis remit aux religieux une redevance annuelle que ceux-ci payaient à cause du terrain sur lequel leur maison était bâtie.

*Au dix-huitième siècle, les moines de Chaalis eurent à rebâtir leur monastère, qui tombait en ruines; ces constructions modernes offrent un luxe et une solidité remarquables. Dans toute l'étendue du bâiiment règne une galerie immense, qui devait servir de promenoir aux religieux. Aux deux extrémités de ce beau cloître, on trouve deux escaliers qui figureraient, dit-on, convenablement dans le palais du Louvre. Les religieux, pour faire ces constructions, avaient contracté en Hollande des empnints onéreux, qui les ruinèrent. K ayant plus, pour se soutenir, les dons qui autrefois les avait^nt enrichis, ils se virent forcés d'abandonner cette antique abbaye. L'abbaye de Chaalis, malgré ses ruines et son abandon, présentait encore, il y a quinze ans, un caractère plein de charme et de douce tristesse. La seule chapelle dite du Prieuré, construction solide qui s'est parfaitement conservée, appartient à l'architecture de transition. Ses lignes simples, ses colonnettes dénuées d'ornements, ses voûtes à ogives et non à plein cintre, lui assignent le style et la date du oniième siècle. Smiii rtChamiiiy, par M. Vatin; 1847, p. 177.)

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