LIVRE QUATRIÈME
livres ; il était naturel que le roi le proposât pour professeur exceptionnel dans Tabbaye de sa fondation et de sa prédilection. Du reste le problème de la rédaction de sa colossale encyclopédie du treizième siècle reste tout entier, et YHutoire littéraire^ qui a commencé par discuter les rapports de Vincent de Beauvais avec les moines de Royaumont, est ramenée à les affirmer d'une manière indirecte ; a tant de travaux, dit-elle, occupèrent toutes les veilles du dominicain : il n a môme achevé sa vasle entreprise qu^avec le secours de quelques-uns de ses con-^ frèresy qui transcrivaient les textes dont il voulait faire usage et quelquefois les articles qu'il avait hâtivement rédigés. » L'Histoire littéraire oublie seulement d'indiquer quels étaient ces confrères, quelle solitude ils habitaient. Les monastères de Beauvais ne mentionnent nulle part ces humbles collaborateurs qui ont passé inconnus. Royaumont possède au contraire un titre positif, renfermé dans le passage où Vincent de Beauvais parle luimême du séjour qu'il fit à Royaumont, à cause de sa fonction de prédicateur et théologien du roi : « Olim dum in monasterio Regalis-Montis ad exercendum lectoris offidum moram facerem. »
Un indice de ce temps converge vers le mouvement scientifique de Royaumont. On voit, au milieu du treizième siècle, un essor de générosité chez les laïques, qui ne s'explique que par la notoriété donnée par le roi à l'abbaye de Royaumont et à ses vues relatives à sa chère fondalion. Les particuliers paraissent avoir interprété la pensée du monarque qui se proposait, dans tous ses établissements, la diffusion de la charité et de l'inslruction* ; des donations se multiplièrent, soit dans la capitale, soit dans
* « Je ne connais pas, disait saint Louis, d'aumônes mteui placées que cette aumône, faite à ces nombreux frères qui de tout l'univers affluent à ces couvents de Paris, pour l'étude de la doctrine sacrée. Us répandent ensuite dans le monde entier, pour Thonneur de Dieu et le salut des ftmcs, ce qu'ils ont puisé aux saintes Écritures. »
les f)ay$ adjacents à Royaumont; c^ étaient des subsides dont la destination répondait aux pensées de Louis IX. La pensée intime du saint roi avait été de faire de Royaumont un centre de chaleur morale, un centre luminenx^ d'où rayonneraient tout à la Ibis les idées de moralité et les goûts scientifiques. L'entreprise d'une encyclopédie des sciences au treizième siècle était une des conséquences, une des manifestations de ces vues ; il fallait un roi comme Louis IX pour la vouloir, une tête comme celle de VincenI de Beauvais pour Tentreprendre et l'exécuter; et c'est pourquoi l'on vit les populations seconder, par des contributions matérielles, ces idées grandes et généreuses. On dresserait une trop longue liste, si l'on voulait inscrire les noms de tous les personnages du treizième siècle qui s'empressèrent de contribuer par des dons, par des arrangements équivalents à des dons, à l'agrandisse ment territorial de l'abbaye de Royaumont. L'intention des donateurs était visible ; elle était une réponse sjmpatique aux désirs de saint Louis, qui voulait en toute manière favoriser le développement scientifique des bernardins. Parmi ces donateurs, on trouve cités, dans les manuscrits, Helye d'Asnières, prêtre, chanoine de Beaumont ; Nicolas Degouix ; la veuve de Robert de Langlois de Plalli ; Pierre de Tillel , chevalier, des environs de Gonesse; Radulphe, chevalier, de Viarmes; Alexandre de Bouviler ; Hodierne, veuve Gauthier Aubural ; Guillaume de Montchevrel, chevalier; Jean de Fayel, chevalier; damoiselle Héloïse de Long-Pur (de Montalerre) ; Girard de Sters et Isabelle son épouse ; Isabel de Noisy ; Robert de Poissy; Mathieu de Chaumontel; Heignel, chevalier ; Adam de Bolonville ; Odon Chaucon de Lys : le prieur de Sainte-Marie de Courcelles ; messire Jean de Chambly, châtelain de Valpendant et Aalis de Créqui sa femme; Guiart-Serens d'Asnières ; Pierre de Chambly, chambellan du roi de France et seigneur do