LIVRE CINQUIÈME
prendre racine dans la contrée, que la vie afflua dans cette basilique nouvelle, la foi des peuples suscita des empressements et des fidélités à ses solennités et à ses chapelles. Selon une impression rendue à la façon populaire, il n'y avait que trois ou quatre églises en France qu'on pût comparer à celle de Royaumont. «Mille hommes, a disait un ancien soldat de la république dans le style « militaire, mille hommes auraient manœuvré à Taise a dans la nef de la belle basilique; la voûte des cloches, c au milieu, avait 100 pieds d'élévation ^ »
Ce n'était que l'impression externe; mais l'abbaye de Royaumont et son église furent dotées de grands privilèges, de différente nature, par les souverains pontifes. Deux séries de privilèges furent accordées à l'abbaye de Royaumont comme témoignages de la bienveillance du saint-siége; les uns regardaient les biens temporels de l'abbaye, les autres les personnes; les uns concernaient la partie administrative de Tabbaye, les autres étaient d'ordre purement spirituel ; et parmi les prérogatives spirituelles, les unes avaient trait uniquement aux religieux, les autres élaient en faveur de tous les fidèles. Ainsi en 1236, le pape Grégoire IX don.na une bulle par laquelle il mettait sous la protection de saint Pierre et de saint Paul l'abbaye de Royaumont, et il confirmait les biens, revenus et domaines que saint Louis lui avait donnés. On comprend l'importance que les abbayes attachaient autrefois à mettre leurs possessions et leurs domaines sous la protection du prince des apôtres, en les faisant reconnaître et confirmer par les souverains ponlifes; c'était imprimer à leurs droits et a leurs privilèges un caractère r|ui les rendait înviofables aux yeux des fidèles. Gré-
« Expression du citoyen LeJous, habitant d'Asnières déjà ciic, mort en i >^(>3, à un âge très-avancé. — Le tympan de la gi*andc porte de la façade 3vait ^a destination consacrée, qui était d'otîrir dans ses «culptures la iradilioniielle gloriOcalion de la Vierge par Jésus-Christi
goire IX, qui se montra libéral envers Royaumont, manda, par un écrit pontifical, à Tarchevêque de Sens et à ses suffraganls, de procéder contre ceux qui troubleraient Tabbaye de Royaumont dans ses privilèges, qui s'empreraient de ses biens', exigeraient d'eux ou des bestiaux dont ils tiraient leurs subsistances, des dimes ou autres droits". Grégoire IX donna, en 1257, une autre bulle dans laquelle il accorda à Tabbaye de saint Louis des faveurs d'ordre ecclésiastique; il autorisa les religieux de Royaumont à exercer certains actes de juridiction spirituelle, à confesser, par exemple, dans leur monastère ceux qui relevaient d'eux ou qui étaient à leur service. Alexandre IH avait concédé, au douzième siècle, une bulle datée de Viterbe, ides de novembre H62, ordonnant que les bernardins ou cisterciens fussent exempts, eux, leurs fermiers et leurs serviteurs, de toute jurndiction ec/^lésiastique ; qu'ils pussent ouïr le service éWin dans leurs chapelles, administrer et recevoir les sacrements tant dedans que dehors le monastère'. Enfin le
* Cependant Royaumont n'était pas exempt du droit commun. OnToitsurla 1 r du règne de saint Louis une affaire litigieuse entre les religieux de Roy mont et Pierre de Beloy. Les religieux plaidèrent Contre lui, et voubi " qu'il détruisit le moulin à vent quil avait fait construire à Beloy, ^ ^' prétexte qu'il nuisait à leurs moulins de Gonesse. Pierre de Bolt*y g:«j' contre eux au parlement de Pentecôte de l'année 1275. Ce Pierres de iw • parait être le jeune frère d'un Guillaume qualilié cheTalier sous le irv de Philippe Auguste, ainsi que de Baudouin de Beloy, qui fut prieur ^aint Martin des Champs. Histoire de Paris, par Lebeuf, t. IV. p. 509,
* Y. le Carlulairede noyaumont, i W, p. 1525-1657, et ÏAàrége^ émi tulaire par Gaignières. Les souverains pontifes confirmaient rabbavf Royaumont dans ses différentes immunités; à mesure que les donation^ succédaient, ils donnaient dans leurs bulles le dénombrement des^ K-ipossédés par Tabbaye. C'étaient là comme les titres suprêmes desnovx propriétaires: « Du jour où la cour de Rome avait enregistre les actc^ cession, il y avait comme une sorte de consécration délinitivo, » dit historien. A celte date, llntervention des papes dans les intérèt<( loliiiet religheux était encore assez puissante.
' Alexander, episcopus, servus servorum Dei, dilectis iiliis Aliltatî et i ventui Cistercii ejusque Abbatibus et convenlibus universis Cist. ont . ^ tem, et apostolicam benedictioncm.
Ex parte siquidem vestra fuit ptopositum coram nohis, quod d«*<*