‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 165 sur 288 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

0 Fleiiry dans son Histoire générale), comte deNevers,.un « des fils du roi, mourut le troisième jour d'avril (1270), ff et le roi voulut qu'il lût enterré à Rjoyaumont, ne vou- «( lant pas qu'on le mît à Saint-Denis, où on n'enterrait que « les rois*. » Royaumont devint ainsi, à son origine, le CampO'Santo ou plutôt le Saint-Denis privé de la famille de saint Louis *; ce fut l'asile des heures suprêmes et des circonstances solennelles de la vie de ce grand homme. L'abbaye de Royaumont n'aurait pas d'autre titi^e, celui là suffirait pour sa renommée.

Après lant de pertes essuyées dans la royale famille, l'abbaye de Royaumont fit, à son tour, une perle plus grande encore; ce n'était pas le révérend père abbé de Royaumont, Robert II, qui venait de mourir. Dans la famille cénobitique les absences occasionnées par le trépas étaient toujours réparables; la communauté religieuse, représentant une famille artificielle n'avait pas, comme la famille naturelle, h traverser rimbécillité de l'eiiiance et de la vieillesse; elle n'avait pas à voir s'éteindre un jour un père dans des larmes intarissables et stériles. La succession continue des chefs rendait les ubbés en quelque sorte impérissables. C'est le fondateur de Royaumont luimême dont la perte stupéfiait le monde. Saint Louis n'était plus. Ayant entrepris la seconde croisade en 1270, il alla

* Histoire ecclésiastiquey liv. LXXXVI.— Voir la lettre de Tierre de Condet au trésorier de Sainl-Framboult de Scnli-i. Pom Aclicry, Spicil., t. II, p. 559. — Cependant on voit des lettres de Charles V, roi de France, du 15 mai 157i, constituant une exception ei ordonnant aux religieux de 1 abbaye de Saint- Denis d'inhumer dans la chapelle de la sépulture des rois le corps de Bureau, seigneur de la Rivière, son premier chambellan. La dame de la Itiviére, son épouse, pouvait, si elle le désirait, être aussi inhumée devant ladite chapelle.

* On avait dit que c'était à l'abbaye de Iloyaumont qu'était inhumé Robert, deuxième du nom, comie d'Artois, fils de Robert l*' et neveu du roi Louis Ylli, qui avait été tué le 11 juillet 1302 à la bataille de Courlray contre les Flamands. Les auteurs de la GalUa christiana et l'abbé Lebeuf font observer que les ossements de Robert H furent portés, en décembre 1504, non à Ta! bnyc de Royaumont mais a celle de Uuubuisson, prés Ponloisc, ^Voyei Lebœiif, Histoire du diocèse de Paris, t. IV, p. 192.)

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expirer sous les murs de Carthage; il venait de mourir d'une mort belle et grande, et dont la sublimité a inspiré une des plus pathétiques pages du roi de la littérature moderne ^ Ce malheur avait, pour Royaumout comme pour la France entière, d'incalculables conséquences et un caractère d'irréparabilité. On ne reverra plus un saint Louis.

La France avait joui de vingt-cinq années d'une paix féconde ; mais la situation de la terre sainte et de sa colonie chrétienne avait empiré; il y avait eu une invasion de la Syrie par les Tartares, dont on s'était déjà ému en 1261; et plusieurs années avant que le roi déclarât son intention de reprendre la croix, une agitation sérieux s'était manifestée en Europe pour qu'on portât secours aiïx frontières de la chrétienté menacées en Orient ^

Dès 1263, de nouveaux succès, des succès foudroyanb de Bibars Bondokdari, chef musulman, en Orient, précipitèrent le mouvement de la croisade ; Louis IX, qui aimait à réfléchir ses entreprises, n'allait pas assez vite, au gré du sentiment public'; il ne prenaitpas assez à cœur, semblaitil, la cause commune de la chrétienté. C'est que Louis IL en homme ferme, ne parlait de ses projets qu'au moment d'agir; il n'avait déclaré sa résolution de porter la guem en Orient qu'en 1267. Lorsque tous les préparatifs de la croisade furent terminés, et que l'époque de départ eut été fixée pour le mois de mai 1270, saint Louis avait fait son testament, dont voici une des clauses : « Au nom iV a la sainte et indivisible Trinité, Amen. Louis, par la « grâce de Dieu, roi des Français, savoir faisons qu'étant

' Chateaubriand raconte la mort de saint Louis dans son Uimérvrt « Paris à J&usalem.

* Histoire de saint Ijmis, par Félix Faure, t. II, p. 608.

'Pour ridée généralement répandue d'entreprendre la croisade, y-'^' Tentralnement qui se manifestait de toute part et qu'excitaient !• ^ ^ nistres détails apportés de Syrie, les plaintes des malheureux cluv{.''>d'Orient, voyex Guillaume de Nangis, Clironicon^ p. 561, C. Prarciara »<•ecrum fadncra, Duchesne, t, V, p. 784, A. Histoire de saini l/mis, par }tM Faure, t. II, p. 607.

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