LIVRE DOUZIBUË
répondait. D'Uarcoiirt reçut celte profiosjtioii pendant le siège de Villeneuve-d'Agen, et se résolut de l'accepler.
Séduit par l'exemple de Condé, il pnrlit le 10 juillet 1652, avec six personnes, comme avait fait M. le Prince, traversa déguisé toute la France, gagnn la Franc he-Com té, passa en Alsace, et arriva sans mésavcnlure à l!ris»ch, où la garnison, travaillée par Charlevoix, le reçut et se soumit à lui'.
Cet acte n'est pas beau dans la vie du ;;rand capitaine, et l'histoire, qui ne peut admettre qu'un citoyen ( subir à une nation les conséquences d'un dépit individuel, le lui a justement reproché. Était-ce un de ses remords el une de ses expiations à Royaumonl? Le duc de Saint-Simon n'a point omis de flétrir cette page de la vie du capitaine ; écoutons l'illustre médisant, qui n'épargnait rien aux Lorrains : «La Cour s'était avanciV, dil-il, à l'entrée de la Guienne, suivie d'une armée commandée par le comte d'Harcourt, si grandement payé d'avance pour la bien servir, et si capable par lui-même de le bien l'aire; mais il était de la maison de Lorraine et issu des Guise, et voici le contraste-: il ne songea qu'à prollter de l'embarras de la cour et du désordre de l'État pour se rendre Riailre de l'Alsace et de Crisach, et les joindre à la Lorraine. Sa partie Faite, il se dérobe de l'armée, perce le royaume nuit et jour et arrive aux portes de Itrii^acli. Comme quoi il manqua de réussir, se trouve daii^ tous les mémoires de ces temps-là, et n'est pas matière aux miens; je mécontente de rapporter la belle gratitude du grand écuyer, fait tel aux dépens de mon père, à quoi il faut encore ajouter qu'il lira Je ce crime le gouvernement d'Anjou, mis pour lui sur le pied des grands ^'ouvemements, pour vouloir bien rentrer dans lobéissancc; et que la charge et le gouvernement, toujours sur ce grand
S63 HISTOIRE DE ROVAUHONT.
pied, ont passé l'un et l'autre à sa postérité '. ■ H est visiUe que )e noble duc écrivait ici sous le souffle patent d'une rancune de famille. Et toutefois on ne saurait abonder dans la molle facilité de quelques historiens à absoudre de tels délits; il est malsain de trop répéter qu'à cette époque, on ne comprenaitpas encore parfaitement les idées de France et de patrie. Qu'on s'appelle Henri de Lorraine, duc de Guise*, qu'on s'appelle le grand Condé% le vainqueurde Rocroy, ou qu'on soit le grand comte d'HarcourI, c'est un crime très-grand, un des plus grands, que de s'en aller ofTrir l'entrée du royaume à l'étranger pour soutenir une cause d'ambition ou des intérêts privés. On a beau rappeler que ces trahisons' étaient autrefois fréquentes ; que lorsque un gentilhomme avait la rage au cœur, lorsqu'une famille noble avait été dépouillée de son héritage, elle allait quérir partout appui; que l'on allait à l'Espagnol sans rougir, comme les huguenots allaient en d'autre temps aux reitrestilauxSuisscspour défendre leurs croyances religieuses. Répétons qu'il est malsain d'invoquer de telles doctrines et de prétendre qu'au dix-sepliéme siècle il y avait des familles, des lignages, des provinces, des agrégations, mais que la France, vaste mot embrassant
■ Mémoire» de SailU-SiMin, 1. 1, p. M, Miiion Htchetle.
* On lajt la révolledes Napolitains et ri^léTalion morne n lante d« lis«niello. Ce gouvernement de Uers nobles et de laiiaroni, ippeUnl Beari àe Loriaine, le duc de Guise, l'ivtit mi moment proulimé leur chef. Le duc de Guise, proscrit de France, n'«T»it pas hésité à accepter Ici ofTres de I» république napolilaine. H*!* la r^uUique napolitaine ajant nineinaii compté sur l'appui de la France, que Haurln avait promis, et qui ne iml pas. Cul bienlAt i-nincue par Philippe IV, et le duc de Guise tomba prinanier aui mains des tipagnoU. Une fois captif, le Lorrain se rei«ouiiD( des Tieuxrappoits de u maison avec l'Lspagne, et il écrivit une lettre humUe et dévouée à Philippe IV; il oflrait au roi d'Espagne de lui livrer la place de Guise, de soulever la Trovence tout entière, de s'emparer de tous le^ vaifteaui et );aUres de France. ProaMo lamùien de mat la teletuci«m olera de Provenf V lie haeer me dueno de todot loi vaittet y calera» U Frmeia. lÀreh. de Simanc, col. A 32; et HieheHeu, par Caiwligue, i II. p. Ui. ) Que tout cela est étrange 1
■ La voIlc-racc du grand Condé, panant aiti F^pagnolt. reste égileaKOi comme un acamiale de l'hisloire.
Bègiie, du village de Pourpoint, mort en 1501 ; d'Alix, femme de Pierre de Noisy,échanson du comte deCiermoni, fils de saint Louis, morte en juin 1505; de Blanche, tilie de Jean de l^aon, chevalier, sire d'Alteinville, morte en 1510».
11 est remarquable que, malgré l'uniformité apparente des costumes gravés sur les lombes, il y en avait cependant très-peu de semblables. Il y avait presque de rêK'gance dans le costume funèbre de la fille de Jean de Laon . son long surcot à manches n'était point attaché avec ur>r ceinture, ce qui la faisait ressembler aux femmes d'il*»mère; le voile de sa tête était posé avec art, et l'effel artistique des' petites touffes de cheveux qu'on voyait mpasser, réalisait la coquetterie de la mort. La femme dt* Pierre de Noisy avait montré moins de goût dans le sépulcre : il y avait de la lourdeur dans la manière dont ^r surcot était retroussé sous les deux bras et faisait drapii' par le bas. Le voile de la tôte, serré sur le cou, était i><'^ d'une façon disgracieuse.
Philippe le Bègue, de Pourpoint, était très-rustique daila mort ; il avait sur la tête un bonnet qu'on reconnai<- . t être d'une étoffe grossière ; son corps n'avait rien de n. niéré ; il était vôtu d'une espèce de sarrau semblable . la tunique des capucins ; sa chaussure était singulière'. H n'en était pas de même d'un chambellan ou officier du t Philippe le Bel, nommé Lescuyer, qui voulut être inhur dans l'abbaye. Sa sépulture était presque rechen-lh Quand les grands seigneurs n'étaient pas encore chtvliers, on leur donnait le titre de vaiiets ou damoisea(<^ Ce titre de varlet de Philippe le Bel, donné à Lescuyer ^5 :
' Voir les gravures de ces tombes dans la coUeetion Gaigntèm^ estampes de la bibliothèque Richelieu ; et dans les Antiqmte* natiémmê* > Millin. La pierre tombale de Ulanche, ûlle de Jean de Laon, cft eiK ' Royaumonl.
* Les souliers avaient une luii^'ue et lurpo pièce sur le cou-tle-p • les oreilles étaient a Itaclit'cs avec un brulon.