LIVRE SIXIÈME
médier à quelques abus. Les princes, et tous les grands personnages qui venaient à Boyaumont par dévotion, étaient suivis de leurs chapelains et de leurs clercs. Ces derniers croyaient pouvoir s'emparer des offrandes que les visiteurs royaux de l'abbaye laissaient sur l'autel pour l'abbaye elle-même. Une bulle d'Alexandre IV porta défense, le 22 mars 126i , de toucher à ces offrandes, parce qu'elles appartenaient aux abbés et religieux de Boyaumont ^ Quoi qu'il en soit de ces détails, Tétat des choses, au commencement du quatorzième siècle, n'en reste pas moins constaté. On se faisait moine parce que c'était Tes* prit du temps, et Royanmont abondait de vocations, à cause de sa réputation de régularité ; l'esprit religieux qui avait précédemment emporté les populations de l'Occident vers les lieux saints, lors de la première croisade, n'avait rien perdu de sa force. Mais parallèlement à cet entraînement, qui poussait les princes et les peuples vers les rives de la Palestine, la ferveur chrétienne, au dire d'un historien moderne, se manifestait en Europe sous d'autres formes. D'abord elle jetait les fondements de ces basiliques admirables qui seront à jamais le symbole et la personnification la plus magnifique du catholicisme, le témoignage irrécusable et indestructible de sa puissance ; puis elle éclatait encore par un amour non moins vif de la vie monastique *• Époque de violence, d'inquiétudes, de sourde rébellion,
* invenlairede la marne eonventuelie, p. 555. Lias. col. B. archiv. Versai lies. Le pape Boniface VIU donna aussi, en 1204, première année de son pontiflcat, une bulle déclarant que les offhindes faites dans les églises de Tordre cistercien, lorsqu'un prélat y officiait, appartenaient au monastère; il défendait à tous autres de les prendre. « Ea qusi^ in ecclesiis monasteriorum vestri ordinis pia? devoiionis affectu a Christi fidelibus in missarum solemnits offeruntur... auctoriiate apostolica inhibemus ne altqui pnelati prclibatas oblationes sibi quomodotibet vendicare pnesumant, sed eis in monasteriis ipsis seu locis eonim omnino dimittant Fratrum monasteriorum yel locorum ipc^orum usibus profuturas.. Datum Anagniœ, V idus septembris, Pontifies tus nosiri anno primo. (Privilif{fes de l'ordre de Clteaux, par D. Montanbon, p. 309. Liège, 1714.)
^ V. le baron Ghaillou des Barres, dans son Étude Mitoripte sur P&n^ têffnyt P- 9-