‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 198 sur 288 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

consommée. De fait, un abbé avait toujours beaucoup (rembarras autour de lui avec Tadministration spirituelle et temporelle du monastère. La charge d'abbé fut dans tous les temps une source de soucis et d'inquiétudes, à cduse du pouvoir absolu qu'elle conférait. Cétait à Tabbé qu'était due l'obéissance stricte qui tient une si grande place dans la vie monastique ; le plus grand respect lui était rendu. Le religieux s'inclinait profondément devant lui et fléchissait le genou. L'abbé révoquait à volonté les officiers du' monastère, à commencer par le prieur luimême. En même temps, il devait être, d'une manière toute spéciale, le principal guide spirituel de tous les frères, tempérer la rigueur de la règle en faveur des faibles, sans introduire Tirrégularité dans le couvent ; les moines venaient lui révéler leurs ennuis et demander ses avis ; il y avait à cet effet un lieu séparé, mais là encore, ils ne pouvaient parler sans sa permission. A leur entrée, ils recevaient sa bénédiction; mais si ensuite l'abbé gardait un silence sévère, le Irère qui venait demander une permission, quittait la salle sans avoir proféré une seule parole. C était aussi à l'abbé à régler ce qui regardait le vêtement et la nourriture des moines, de sorte que la prospérité spirituelle et temporelle du couvent dépendait presque entièrement de lui seul.

Robert IV de Yerneuil fut canoniquement élu abbé de Royaunriont, et il reçut la bénédiction abbatiale des mains de i'évéque de Beauvais, Jean de Marigny, fils d'un gentilhomme de Normandie. Alors, dans les premiers temps, les frères faisaient Tun après Tautre vœu d'obéir 3 l'abbé, selon une formule de vœu semblable à celle idoptée quand on passa de Molesme à Citeaux, et que 'Exordiumfiarvum nous a conservée : « Devant Dieu et dean t ses saints, je ratifie en vos mains la profession que e lis en votre présence à Molesme ; celte profession, cette tabilité, je fais vœu de l'observer en ce lieu appelé nou-

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veau monastère,' en obéissant à vous et à vos sutccsseurs régulièrement établis en votre place. » La nomination d«s dignitaires était d'une souveraine importance dans les cloîtres; la vie intérieure, la régularité, la prospérilè, h force et le progrès dépendaient de leur choix. U^ moines eux-mêmes reconnaissaient qu'ils ne poa^ienlsc passer d'une main à la fois ferme et paternelle, qui maintint cliacun dans la régularité avec une autorité qo% respectassent. Mais il y avait à cette époque la difficulté spéciale des temps où Ton allait entrer.

Robert de Verneuil, contemporain du prince Philippe de Valois, vit poindre ce qui devait désoler la France pcndwl cent ans. Robert connaissait-il les origines bizarres et b tige singulière de ces comtes d'Anjou devenus rois tfAngleterre? pouvait-il pressentir les désastres que nousaun valus une puérile question de barbe? L'abbé de Royaumonl ne prenait pas d'ailleurs l'histoire nationale par les côtés burlesques et avec les interprétations comiques ; il est ^ni que, plus d'une fois, les destinées des empires tiennent i moins qu'à la chute d'une feuille d'arbre, qu'à la coupure d'une chevelure ou d'une barbe. Robert de Verneuil étail abbé de Royaumont depuis sept ans, lorsque Philippe ^^ de Valois monta sur le trône de France. Il assistait vsx tristes débuts d'une époque désolante. Des conjoncturf> fatales voulurent que, en 1328, le trône de Franrf fût encore vacant par la mort de Charles le Bel. La reint son épouse étant sur le point de donner naissance à o" enfant, il fallut s'occuper de la régence du royaum*en attendant que Tévénemcnt flt connaître si Ton aurais un roi mineur, ou si la couronne devrait échoir à a» autre branche. Ni l'une ni l'autre perspective nelai' rassurante; il y avait deux compétiteurs bien résolus j ne rien céder de leurs droits, Philippe, fils de Charles A Valois, frère cadet de Philippe le Bel, et Edouard IIK î* d'Angleterre, fils de ia princesse Isabeau, fille de Philips

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