‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 199 sur 288 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

le Bel et sœur des trois rois successivement décèdes. Lorsque les États du royaume eurent été convoqués en assemblée générale, en 1328, pour avoir à prononcer entre les deux prétendants, tes avis demeurèrent partagés, la question fut vivement débattue. Le monarque anglais avait de nombreux partisans dans rassemblée. Jean de Marigny , évêque de Beau vais, parla avec chaleur et entraînement, et fi( pencher la balance pour l'étendard des lis, à l'exclusien du pavillon anglais. Philippe de Valois l'emporta sur Edouard et fut nommé régent du royaume ^ Y avait-il lieu 5 chanter victoire? Robert de Verneuil n'était pas une de ces âmes spéculatives et chimériques, qui se complaisent à jeter tardivement de belles théories sur des faits accomplis. Il était, avant tout, pratique. La physionomie de la France s'assombrissait, et réagissait sur la chose publique; voilà ce qui fixait la pensée du vénérable abbé de Royaumont. Ainsi en était-il de tous les hommes graves, qui suivaient la progression des faits européens. La contrée avait produit des hommes qui se distinguaient dans la région cléricale, sphère où gravitaient alors principalement tous les talents de la féodalité. On citait Eudes de Gouvieux, Jean de Boran, Pierre de Conteville, personnages non moins habiles dans la direction spirituelle des congrégations religieuses que dans l'administration des affaires temporelles et civiles, et auxquels la gravité des temps inspirait des préoccupations. L'abbé de Royaumont, qui 'avait des capacités remarquables, écoutait aussi pour entendre ce qu'allait souffler le vent des tempêtes.

Philippe d'Évreux avait été désintéressé de ses prétenlions à la couronne de France par la cession de la Navarre ; mais qu'allait-il sortir des tenaces insistances du roî d'Angleterre, que la cour des pairs avait écarté? C'est c*e que tous se demandaient, ce que se demandait Tabbc

* Siiuou, p. in.

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de Royaumont. Une âpre rivalité s'acoeatuait de plus en plus entre deux familles princières, et on ignorait ce que cette rivalité pouvait entraîner pour la France. Dès 1540, des bruits de guerre circulèrent, et en 1545, tout pril une face belliqueuse. L'orage éclata en 1346. Edouard III débarqua sur le continent avec une armée dévastatrice, envahit la Normandie, remonta la Seine jusque vers Paris; ensuile l'armée anglaise se tourna vers le Beauvaisis, après n'avoir laissé que des ruines à Vernon, k Manies, à Meulan, à Saint-Cloud ^

Robert de Verneuil n'imitait pas ces natures bixarre$ qui, à l'occasion du présent, se jettent dans le rétrosi^fif à la poursuite du mot pour rire, 6t se montrent lé^er^ et gaulois jusque sous lecouleau. Était-ce le moment d'aller fouiller dans Thistoire du neuvième siècle, sous le règne de Louis le Bègue, et de chercher entre les années 877 et 879, sous la deuxième race, la comtesse de Gasli* nois qu'on a accusée d'avoir empoisonné son mari? Pourquoi quêter si haut dans l'histoire les racines du présenl! Les indices contre cette cointesse étaient si forts, disent les chroniques, et Gontran, son accusateur, cousin germain de ce mari, passait pour un guerrier si redoutable, qu'elle se voyait abandonnée de tous ses parents et de tous ses amis. Ingelger, âgé de dix-sept à dix-huit ans, tils de Torquat, gentilhomme breton, se présenta pour soulenir qu'elle était innocente. Telle était la coutume de ce temp^. sous les Carlovingiens. Lorsqu'une femme était accus*^ dans sa conduite et dans son honneur, elle était reçue a se justifier par la preuve du duel^ c'est-à-dire en prcsenlanî aux juges un champion de condition noble, qui olTi*ail de forcer en champ clos Taccusateur à se dédire. Le vaincu, mort ou vif, était traîné sur la claie et pendu par b

^ V, un savanl et intcrcssani travail : Invasion du rai d\\n§Uierrt *• 1316, par M. de Pongcrville de rAcadémie française» Tiin de nos ^^ dents de Vinslilut historique de France [V Investigateur ^ août 1866).

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