LIVRE SEPTIÈME
ience des sentiments patriotiques, il n'en est pas moins vrai, et cela est grave, que Tabbaye de Royaumont était entamée tout à la fois dans ses intérêts spirituels et temporels. Tandis, que pendant ces guerres, les colonnes anglaises longeaient les rives de TOise, dévastaient les abbayes et faisaient trembler Royaumont, les saintes régies de l'institut bernardin recevaient des suspensions fatales, dues à la force majeure. Et ces troubles n'étaient pas momentanés; après un peu de repos, les mêmes scènes, les mêmes anxiétés se reproduisaient comme un éfat chronique et intermittent. C'est là ce qui nuit infailliblement aux corporations en entamant à la longue leur régularité et Tesprit de ferveur. Les armées les plus vaillantes du monde sont réservées à la défaite, quand les éléments et l'inclémence imprévue du climat déciment les légions entières. Comment les saintes règles serontelles florissantes dans une abbaye, à laquelle on pose perpétuellement la question d'être ou de ne pas être'? Une abbaye n'était pas seulement un lieu de prière et de méditation; asile ouvert contre l'envahissement de la barbarie sous toutes les formes , refuge des livres et du savoir, le monastère* devait abriter aussi des ateliers de tout genre; ses dépendances formaient, au dire des historiens, ce que nous appelons aujourd'hui une ferme modèle * ; mais, demandez à Royaumont, pendant la guerre de Cent ans qui fit passer et repasser les armées ennemies sur les terres de l'Ile-de-France, de la Picardie et du Vcxin, demandez-lui de ces exemples d'industrie et d'activité propres à stimuler le laboureur, l'ouvrier, le propriétaire? Il s'agissait bien d'entreprises de culture et de colonisation, quand le Prince Noir menait promener ses soldats et ses charrettes à travers nos champs!
* he Ta be or noi to be de Shakespeare.
* Augustin Thierry, Euai sw Ffiiêt. du tien-étaty p. 8.
494 UISTOIUE DE HOYAUMONT.
cour et même parmi les bourgeois, le costume théâtral adopté aujourd'hui.
« Le comte de Haga est ainsi tombé à la cour comme une bombe. Le roi était à la chasse à Rambouillet, la reine le fit prévenir en toute hâte, Sa Majesté se hâta ainsi de revenir et sans suite, pour ne pas être retardée. Les valets de chambre ne se rencontrèrent point là quand il le fallut; ils avaient emporté les clefs, on ne savait où rieo prendre. Le comte de Haga était déjà chez la reine; le roi dans sa bonté ne voulait point le remettre ; des gensdeb cour aidèrent Sa Majesté à s'habiller, tant bien que iml, et de la façon la plus singulière à ce qu'il parait. On étail si pressé, que tout fut fait de travers sans qu on set aperçût. 11 avait une de ses boucles de souliers en ore; l'autre blanche, une veste en velours au mois de juiD;ei ses ordres tout à rebours ; il n'était bien poudré que d'un côté, et le nœud de son épée ne tenait pas. La reine et fut frappée et s en contraria; quant au roi, au contraire, il en rit beaucoup et en fit rire le comte de Haga, qui p juger ainsi de la bonté et de la sérénité de son àoe. Louis XVI, ajouta-t-il, après nous avoir raconté tout œlii Louis XVl est le prince le meilleur, le plus bienveilbot qui existe. Son âme a une sérénité qui rayonne. J'ensiû> dans l'admiration ^ »
Il n'y a qu'à suivre à Royaumont Gustave UI de Suède, et Ton voit sinon poindre, du moins se corroborer dèfiiù* tivement le projet de l'abbé de Ballivières. 11 veut désormais une demeure abbatiale, où il puisse recevoir, ^ grand seigneur, les rois de TEurope, ces souverains étns* gers avec leurs ministres, qui, pris tousfde la passion de voyages, accouraient tous à Paris et semblaient adopte: la coutume d'encombrer le chemin de Chanliny et d: Royaumont. On montre dans l'abbaye l'appartemeo'
< Mémoires de la barmtte d'Oberkirekf 1. 11, p. 97.