‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 239 sur 288 · LIVRE QUATORZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIEME

Il n'y avait donc plus d'illusion sur la gravité de la situation de la France.

L'abbé de Royaumont eut, dans les séances et dans les discussions de Senlis, un rôle qu'il faut rapporter :

Il s'agissait de vider une question préliminaire, impor* tante et délicate, parce qu'elle touchait aux rivalités des trois ordres du bailliage. Il fallait décider si la noblesse, le clergé et le tiers-état procéderaient conjointement ou divisément à la rédaction de leurs cahiers et à T élection de leurs députés pour les états généraux. Le libéralisme comptait des adeptes dans les hautes classes, Tesprit de conciliation ne faisait point défaut à la noblesse, ni au clergé de la contrée ; le besoin de trouver un remède aux maux de la France contribuait à ramener les cœurs sur un terrain commun. Cependant, Mgr de Roquelaure, évêque de Sentis, fut la cause qu'on finit par voter à Sentis pour la séparation et l'isolement des trois ordres, malgré les tentatives du 12 mars 1789, dans lesquelles la noblesse, prenant l'initiative, avait délibéré : 1"" de proposer aux autres ordres de rédiger leur cahier en commun ; 2"" de faire, quant à elle, « le sacrifice entier et sans réserve de tous ses privilèges pécuniaires.» Combien d'hommes plus ou moins célèbres l'histoire ne rencontre-t*elle pas, pour lesquels la poursuite d'un intérêt et d'une ambition personnelle, prime la question des intérêts publics? Mgr Jean- Armand de Bessuejouls de Roquelaure, évêque de Sentis depuis trente-cinq ans, n'était pas insensible à la perspective d'être nommé député aux états généraux. Qu'importe qu'il fût âgé de soixante-dix ans? Le désir de la prééminence dans son propre pays flatte toujours un citoyen, l'amour du pouvoir est inextinguible dans le cœur humain ; et d'ailleurs, quand on était d'une famille noble du Rouergue ( non point de la famille des Roquelaured'Armagnac), premier aumônier du roi, commandant de l'ordre du Saint-Esprit, conseiller d'État ordinaire, abbé

commendataire de Saint -Germer, seigneur 'de ModIrËvèque, etc., quand surtout on était, depuis 1770, membre de rAcadémie française, où Mgr de Roquelaure succéda au fauteuil de Môncrif, il semble qu'il était naturel de vouloir prendre place dans une réunion où le pays allait assembler tous les citoyens d'expérience et de lumière pour délibérer sur les intérêts publics.

Les journées du 15 et du 14 mars furent employées en délibérations de chaque ordre dans ses chambres respectives, en démarches de la noblesse et du tiers-état vers le clergé, en députation du clergé vers le tiers-état et vers la noblesse. Les négociations n'aboutirent qu'à des impossibilités. Après deux journées de propositions acceptées la veille, rétractées le lendemain, il fallut conclure à Sentis, comme à Beauvais, à Chaumont, à C)e^ mont, à Crépy, où le principe de la séparatiofi des ordres pour la rédaction des cahiers et l'élection des députés avait été adoptée de prime abord et sans discussion M quel personnage fait-on remonter la cause première do dissentiment? D'après une brochure anonyme du temp^ qui donne des détails sur les discussions qui s'élevèreot à l'occasion de la double motion de la noblesse, brochorf du reste manifestement rédigée dans un esprit hostile «• l'évèqùe de Sentis et à ce que Ton appelait alors le h»: clergéj ce serait Mgr de Roquelaure qui, dans l'espoir d'être nommé député s'il parvenait à isoler son clcr;:^*. aurait travaillé, conséquemmcnt à ses prétentions, i empêcher la réunion des trois ordres. Le 13 mars, Tévèqn^ ouvrit l'assemblée particulière des ecclésiastiques par ui discours dans lequel « il prétendit prouver que les iniérHs de la religion exigeaient que l'ordre du clergé demeurV

* Nous tirons ces documents de notes] inédites qui nous ont été obtifrexsment communiquées, à la préfecture de l'Oise, par H. Gustave De^«nM:=' archiviste du département de l'Oise, bien avant qu'il les livrât à Timprc*^ sion, pour V Annuaire statistique et administratif du département ée Ti^^ de 1867.

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