LIVRE HUITIÈME
en 1418; alors le nom de Gilles de Cupe fut proclamé comme abbé de Uoyaumont. Ce Gilles de Cupé élait-il en- In'î jeune en religion? quelle élait celle nalurc d'homme? voyail-il son nom sorti du scrutin, et se trouvail-il placé à la tète de ses frères à cause de ses talents? élait-ce de ces hommes qui ne veulent se laisser devancer par aucun dnns les âpres sentiers tracés par la règle? est-ce son mérite seul qui Pavait fait élire abbé ?
(juand rélection fut consommée, le prieur de Royauinont conduisit le nouvel élu à son siège d'abbé, dans réglise ; tout le monastère suivait. Il était dans le cérémonial qu'on le menât ensuite à Tautel prendre le bàlon pastoral, symbole de la dignité abbatiale. Pendant celte marche, on chantait Exurgat Detis. Lorsque l'élu élait à son siège, on entonnait l'hymne Te Deum laudamus ; et c'est pendant cet hymne que tous les frères venaient embrasser le nouvel abbé. En tout temps, les cérémonies qui vinrent ensuite avaient de la signification; mais elles étaient importantes surtout en 1418. Un point du rituel empruntait des circonstances politiques un triste à-propos. Les i^èglements de Benoit XH dans sa bulle de i335, relative aux cisterciens, prescrivaient, au chapitre ii, que c< tout nouvel abbé devait prêter serment de conserver les liions de son monastère avant de prendre possession ; » ils narquaient aussi « la manière de faire des aliénations, si a nécessité l'exigeait * ; » mais ils s'élevaient préalable-
rioincs. leur disnit : « Je vous en conjure, au nom de votre jugement éler-
icl. au nom de la foi que vous devez à Dieu, au baptême et à saint De-
oit. déclarez-nous les empî^cliements, si vous en connaissez, qui s'opposent
i:otte élection. » Si aucun assistant ne prenait la parole, le prieur disait :
Vous le voulez donc I ce choix vous agrée? — Oui, nous le voulons; cet l>lic* nous agrée. — Eh bieUi acceptez-le donc, » disait le prieur; et l'élecon était terminée.
< Ouilibet abbas, anlequom abbatiœ sua: vel administration! liujusmodi
iininisceat, juramcnlum pncstare ad sancta Dci Evdngclia teneatur...
lod posscsisiones vel jura ad suum monasterium pertinentia non vendet,
>c alienabit, necimpignorabit, nequcde novo infeudabit, nec per aliquem
oilum donabit. (Éclaireiêg, privii. de CAteaux, p. 53.)
628 UISTOiRE DE ROYAUMONT.
moines, et traversées par unie petite rivière, qui, près de là, se jette dans l'Oise.
« L'établissement fondé à Royaumont est Fun des plus considérables de la France, dans son genre; le village .compte une population de plus de 400 habitants^ »
Mais voici venir la deuxième période de Royaumont au dix*neuvième siècle, et bien qu'aucune voix ne fasse entendre une parole d'espérance sur Tabbaye de saint Louis, bien qu'aucun Tosti ne prophétise la résurrection bernardine ', la période des Vander Mersch donnera cependant quelques faibles gages pour le retour des moines du bon vieux temps. Royaumont sera encore livré à l'industrie des hommes; mais on fera, sans en avoir conscience, la liquidation matérielle et morale des droits anciens et nouveaux ; on préparera, par des transactions devenui^ nécessaires pour des économistes et des financiers, le chemin de retour au vieux Royaumont; il faudra que ces belles décorations de pierre, ces salles capitulaires, ces réfectoires gothiques, ces cellules, ces cloîtres du treizième siècle servent encore à abriter des foyers d'instruction et des asiles de sainteté.