LIVRE QUINZIÈME
parc admirable, à ses grands arbres, on se dérobe complé* tement aux ejinuis des mortels en s'isolant comme dans une forêt d'Amériqtie, ce n'est pas que l'esprit humain y ait, comme au dix-huitième siècle, l'état social tout entier en haine et en mépris ^ Des hommes d'Etat éminents promènent leurs heures méditatives dans ces lieux plantés de bois, semés d'étangs, embaumés de pacages, pour y réfléchir à quelque solution patriotique du problème des finances nationales ou pour rêver de fierté au dehors ou de conciliation au dedans. Des dames auxquelles les sentiments chrétiens dilatent Tâme religieuse, savent malgré la grandeur ' de la résiderice, faire de cette magnificence une pieuse solitude. De jeunes membres du clergé y mûrissent une éloquence qui charme Toreille française et touche les âmes comme au temps de Massillon.
Saint-Martin-du-Tertre, compris dans la circonscription administrative de Beaumont-sur-Oise, ne pouvait plus dépendre d'un comté aboli depuis 1793, et qui avait passé depuis le treizième siècle, par la comtesse d'Orléans, par Louis XII, Henri II, Henri III, par François duc d'Alençon, par Antoinette de Pons marquise de Guierseville, par Roger lu Piessis sieur de Liancourt, par le maréchal de la Motheloudancourt, enfin en 1705 par Louis de Bourbon, prince le Conti'. Ce n'était plus le temps où Raoul de Francon- 'ille (Radidph. de Francovilla) comptait, d'après un manucrit du quinzième siècle, nu nombre des feudâtaires du omté de Beaumont-sur-Oise, et où Payende Franconville Payanus de Francovilla) vendait une portion de forêt au
* Ce que disait M. Guizot [Histoire générale de la civilis tion en Europe, V leçon); en effet, il était évident qu'il fallait arriver, avec le progrès, à ic tneilleure organisation de la France par une réforme civile qui fit distrait re les intolérances de caste et les préjugés du régime féodal. ' On devinera la grandeur de cette résidence, si l'on fait attention qu'en îhors de tout le rez-de-chaussée, où sont les salons, etc., le château de anconville renferme trente-cinq chambres.
> Voy. les Recherches de, M. Douet d'Areq.
comte de Beaumont, sous le règne de Philippe Auguste. La réformç ci\ile de la France avait pénétré dans dos mœurs ; les anciennes inégalités sociales du régime féodal n'étaient plus qu'un souvenir. On aime mieux dans ces paysages si pittoresques, s'entretenir de la liberté de la tribune, de la liberté du contrôle et du vote dans les grandes affaires* du pays.
Du reste, toute trace de l'ancien régime avait disparu ; ni sous Louis XYIII, ni sous Louis-Philippe, on ne pouvait avoir la prétention de revenir sur les adhésions et le désintéressement chevaleresque de la nuit du 4 août. Gerbier, qu'on surnomma Taty/^ du barreauj s'il habitait de nos jours Franconville, mettrait son éloquence si pathétique au service des nouveaux hôtes de Royaumont, bien que dans le dernier siècle il ait plaidé,^ dans cette cê> lèbre cause dite de la Bernardine j où il fit condamner rabbtr deClairvauxà 40,000 écus de dommages-intérêts, au profil d'une pauvre femme, dont le mari avait été séquestré dans un couvent de bernardins. On ne sait si c'est à FranconvilK* que Gerbier, recevant à dîner le prince de Conti, seigneur de Beaumont-sur-Oise, improvisa ces quatre vers :
Sous cet humble toit, Philémon Reçut le maître du tonnerre.
A son bonheur le mien répond ; J'ai vu Gonti, dans ma chaumière *.
On ne saurait à quel titre ce mot de chaumière viendrait se placer à côté des splendeurs de Franconville ; à nioin> qu'il ne fût question de ces chaumières artificielles du parc, dans lesquelles on se rappelle les Âl|>es et la Suisse.
De Saint-Marlin-du-Tcrtre on descend par des pentes
> 'Saint-Hartin-du-Tertre envoya, en 17K0, à rassemblée du bailb^r. provincial de Senlis, Louis-Marc-Antoine Leduc, et Je^-Noél Orar.
' Peut-être Gerbier avait-il reçu le prince de Conti dans une matrt pr^ priété, près de Melun, au ch&teau de Launoy. {Souvenirt inéUSs, de S. te^juan, ancien vice -président à la cour impériale.)