‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 283 sur 288 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

Le germe qui devait, en se développant, tuer les jurandes, c était l'égoïsme. « Quand les jurandes s'établirent, il n'y avait pas de plan général ni de préoccupation sociale ; chacune d'elles n'eut en vue qu'elle-même et ne songea qu'à s'étendre et qu'à s'arrondir, n'importe aux dépens de qui et de quoi. Au lieu d'être coordonnées, elles étaient donc plutôt en état de lutte; c'est par là qu'elles ont péri^ » Gilles de Cupè ne se trouva-t-il pas devant des écueils analogues et aussi redoutables? N'avait-on pas vu s'introduire entre Royaumont et les autres monastères une neutralité indifférente, qui les isolait réciproquement et les rendait inutiles les uns aux aytres, de même que l'opposition d'intérêts qu'il y avait d'une jurande à l'autre rendait tout progrès impossible dans l'industrie, chaque corporation étant maîtresse absolue dans le genre de travail que lui garantissaient ses statuts et pouvant enrayer les améliorations des autres métiers, par un défaut de concert dans une œuvre collective?

11 ne s'agit point, du reste, de constituer ici une apo* logie des jurandes, des corporations organisées par saint Louis dans une pensée d'ordre, de discipline et de probité. Tout le monde reconnaît qu'elles produisirent, dans les premiers siècles, des résultats bien dignes de l'attention des économistes et des hommes d'État. Les inconvénients se firent sentir dans les siècles suivants ; si elles rendirent, dans les premiers temps, les meilleurs services aux travailleurs et aux classes laborieuses, elles dégénérèrent ensuite, en créant des concurrences entachées d'un monopole singulièrement étroit, en entretenant de funestes habitudes de servitude, etc. On vient de dire par quel vice on alla d'une idée première de protection et d'ordre à une lutte des corporations et à l'anarchie industrielle. On

* Gr. de Gassagnac, Hist. des cloêsés ouvrières. — Blanqui, Hi$i. ttt ^'économie poUt.t 1. 1, diap. ut.

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n*invoque ici celte comparaison que pour faire sentir les causes qui durent, par analogie, modifier et ébranler dans un autre ordre les corporations cisterciennes.

Mais les affaires publiques allaient prendre un autre cours : heureux 3i Royaumont et la contrée septentrionale de rUe-de-France peuvent participer à une sorte de résurrection miraculeuse I

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