LIVRE HUITIÈME
dans Télcction du futur abbé : fels étaient les principaux droits que ce chapitre accordait primitivement à tout père immédiat. Aux abbés-fils il conférait le privilège de concourir par leurs suffrages, de concert avec les relig;ieux, au choix de celui qui devait être leur supérieur commun. D'après la nouvelle constitution, au contraire, que Clément lY donnait aux cisterciens, la communauté se gouvernait elle-même pendant la vacance du siège abbatial, exerçait la juridiction sur les maisons-filles, pourvoyait à ce qu'elles fussent régulièrement visitées. Seule elle élisait son abbé, sans la participation des abbés-fils; et le père immédiat, loin de pouvoir la conseiller ou la diriger dans son choix, ne pouvait ni par un mot ni même par un signe, soit en public, soit en particulier, manifester son sentiment et faire connaître celui qu'il aurait voulu voir élire. Par ce règlement, non-seulement les droits respectifs et mutuels des pères immédiats et des abbés-fils étaient anéantis, mais les liens qui rattachaient entre eux lesmonaslères par une solidarité d'intérêts réciproques, et surtout par la charité, étaient entièrement rompus. L'esprit du statut primitif était méconnu, l'économie de l'ordre était bouleversée; sa constitution revêtait une nouvelle forme. Monarchique, il est vrai, mais libéral et tempéré jusque-là, le gouvernement tendait dès lors à devenir absolu ; ce qu'il fut en effet plus tard. En attendant, la suppression du quatrième article de la charte de charité nuisait singulièrement à l'exécution du second, qui regardait les visites, et minait sourdement son existence. »
On fait observer, avec raison, que le fruit à espérer des visites des monastères avec le nouveau mode d'élection était considérablement amoindri. Le visiteur du monastère n'était plus désormais qu'un étranger souvent inconnu qui, sous le nom de père immédiat, venait à son orriger, reprendre ou punir, selon Toccurrence ; en \ exercer des droits que son titre ne pouvait com-
autel à l'église de Viarmes. Ce mausolée va probablement faire l'objet d'une réclamation, et par conséquent d'tin^ bonne fortune pour la commune. Je vous donne donc ci-annexé copie des inscriptions qui existent sur trois plaques de cuivre, soudées chacune sur Tune des tombes en plomb, dont la première est intacte ; la seconde et b troisième sont un peu dégradées par le temps, les trois couvercles sont affaissés, soit par la pression des terre superposées , soit par le tassement occasionné par ^ chute des pierres après Tenlèvement du dallage de Ir glise. Je répète que le premier, qui est le plus petite e^i néanmoins le plus pesant, soit que le corps soit le mm conservé, soit en raison de ce que le cercueil peut conl^ nir d'étranger au corps.
« Si cette découverte pouvait me procurer l'avantage d* votre visite à Royaumont, je m'en estimerais très-heo* reux, et vous prie, quoi qu'il en soit, d'agréer la nouvel-e assurance de tout mon dévouement.
« J. Yanoer Mbrsch ^ »
M. le sous-préfet de Pontoise écrivit à son tour au p fet de Seine-et-Oise, le 28 février 1843. Il lui transint' tait la lettre de M. Joseph Vander Mersch, datée du :' dans laquelle ce dernier rendait compte de sa décou^r n faisait entendre que, d'après les détails exhibés, ilpy rait être utile de donner suite à cette découverte iin' tante sous plusieurs rapports ; et quinze jours aprè- i sous-préfet de Pontoise recevait de Versailles là K suivante :
« Versailles, le 14 mars 1845.
« Monsieur le sous-préfet (de Pontoise), a J'ai reçu votre lettre du 28 février dernier, eur.
^ Cartons de VersaiUes. Préfeclure.
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bien, son autorité n'exerçait! plus le même empire, il était à craindre que ses ordonnances ne fussent accueillies par une molle langueur, et que toute médication fût annulée.
On ne doit pas exagérer les conclusions qu'on peut tirer d'une coïncidence et d'un rapprochement de faits ; mais, si l'ordre cistercien commença à se ralentir à partir de cette époque, il y a lieu de trouver un lien logique entre l'altéralion du statut fondamental et un commencement de défaillance morale dans l'Ordre en général. En définitive, cela revient à dire que la vie qui faisait le nerf des maisons cisterciennes avait commencé à diminuer du jour où l'on avait touché à un article du slatut qu'un moderne cistercien regarde comme vital. L'homme, en effet, vivant en société, dépend en grande parlie des institutions qui le régissent, et qui peuvent ou seconder ou arrêter son essor ; mais on ne saurait trop le répéter, les lois d'un pays et les articles d'un statut ne font souvent aussi queretléicr les mœurs, sans présider d'une manière elficace à leur formation. La vie collective des monastères avait surtout à compter, comme la vie des individus, avec le milieu ou l'esprit du temps où l'on était. Il y a des époques d'affaissement général, où l'humanité en transition semble se disposer à prendre d'autres formes d'existence. La spontanéité cistercienne était-elle amoindrie, épuisée à Itoyaumont au quinzième siècle? Voilà ta question à poser. Gilles de Cupè se trouva en présence d'une éclipse dans la régularité et dans les vertus des religieux. Mais cette éclipse ne Icnait-elle précisément qu'à la modification dont on vient d'exposer les caractèresàla suite du cistercien moderne? Qu'on se garde de le croire. Plusieurs c;iu~i's ;n;ui.'iU :iij,i '.iiiiii!l;itirijiciil, [iiuir jiniuiiidrir la vif iHUiaic et la pureté Iraditionuollu ik- Unyniitnont. Néiiiunoins, un m: neut contester que certains symptômes que présenter ' " '">ii.;s cislorcieunes en
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général, à partir de la bulle Parviis fons^ ne corroborent l'induction basée sur le fait spécial d'altération de l'organisme des monastères qui se rattache au Ireirième siècle. Unélrange règlement, inouï jusqu'alors dans lesannalesiic Tordre et dans les rescrits des chapitres généraux, rè\i- Icrait la lutte sourde, Tanlagonisme secret qucrallèraliuu du statut aurait produit entre les pères immédiat^ tl les abbés-fils. Ce règlement était ainsi conçu : «Tousle> abbés cités par leurs pères immédiats, et qui. au mêprib de cette citation, ne daigneront pas se rendre au chapitk général pour demander pardon de leurs excès et cxi'ci.ter la pénitence. qui leur sera justement infligée, ^j»' déposés dans le chapitre même. » On le lit pour la pF mière fois au Livre des anciennes définitions^ rédigé ti. 1289, vingt-quatre ans après l'apparition du nouveau >i> tut. La charte de charité et les règlements faits jusqiû celte époque supposaient bien que certains abbés, p' raison de santé, par négligence, pauvreté ou aulre prétexte plus ou moins grave, pourraient s'absenter du (h. pitre général; et, pour l'empêcher, on avait établi J^'^ peines proportionnées au délit. Le décret du chapil: de 1258, qui punissait, pour la première fois, larécidn» de l'absence par la déposition, indiquait bien déjà un n*^ froidissejnent de zèle à se rendre aux réunions annuelli? mais, de là à la désobéissance positive envers lesrcincntrances des supérieurs et l'autorité du chapitre, il y a^^-' un abime ; et pourtant, en quelques années, Tabime cU' franchi, l'arbre avait donné son fruit.
« Ce n'était que les prémices, dit notre moderne c\> tcrcien, Tédifice avait été sapé par la base; tôt ou lanli^ devait crouler. » Par un contre-coup funeste, mais in»'^ table, ces deux articles de la charte de chari/^' entraînai' • dans leur ruine le plus important de tous, l'article biquet dépendaient la discipline et le salut de TonlnN " veut dire V autorité du chapitre gétiéraly et par suite sa l^
nue régulière chaque année. Comme on s'était affranchi de quelques points importants de l'antique statut, on se trouvait sur une route dont la pente était rapide, le terrain glissant ; facilement on se laissa entraîner, dit notre cistercien : l'ordre en fit alors la déplorable expérience. L'autorité du père immédiat n'exerçait pas la même pression qu'autrefois ; mais le tribunal suprême de l'ordre ne pouvait laisser impuni un pareil méfait. Et ce qui arriva de fâcheux alors, ce fut de voir des abbés se dispenser de paraître au Chapitre général. La dernière digue opposée au relflchement, ainsi rompue, le torrent ne devait-^l pas déborder? En vain le Chapitre général, pour atteindre des coupables qui refusaient de se présenter à sa barre, et afin de porter un prompt remède au mal toujours croissant, prit des mesures énergiques, nomma successivement des réformateurs généraux, provinciaux, tous munis de pleins pouvoirs. Leur autorité viendra se heurter à des difficultés que le temps devait grossir ; les remontrances des pères immédiats ou de leurs vicaires, les exhortations pressantes des souverains pontifes auront à surmonter de lourds obstacles. Cependant le Chapitre général continuait à tenir ses séances, de moins en moins fréquentées, jusqu'à ce qu'enfin, faute d'assistants, il se vit forcé de les interrompre ; alors, d'annuel qu'il avait été dans sa naissance, dans son progrès et dans son lustre, il dégénérera d'abord en quadriennal, puis il se tiendra tous les trois ans, puis il deviendra arbitraire , jusqu'à ce qu'il disparaisse presque tout à fait ; et, chose presque incroyable, trente ans entiers s'écouleront sans qu'on le voie s'assembler une seule fois^
Une des plus terribles difficultés qui pussent se dresser devant Gilles de.Cupè, c'était donc les signes d'aflaiblissement qui se manifestaient dans la colonie cénobi-
' Traité hUiorique du chapitre général, passim.
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étrangères, on s'était vu forcé de déposer dans une salle de l'abbayb les trois cercueils abandonnés, qui furent respectés tant que M. J. Vander Mersch exploita lui-mèiDe son établissement. Mais lorsque le propriétaire de Royaumont eut loué à d'autres l'exploitation industrielle de l'abbaye, on ne put répondre de l'exactitude de runimsalité des ouvriers pour observer les convenances eme^ les cendres des morts, et il y eut à Tégard des cercueiL< de regrettables profanations. Ces irrévérences coupabb à tous égards révoltèrent le neveu du propriétaire de Royaumont, M. Charles Yander Mersch , archèologu»' d'instinct, dévoué comme un fils à Royaumont, lequel imagina de tourner ses idées vers Cambrai, où il connaissait M. Bernard, vicaire général de Mgr l'archevêque : il l'entretuit des affaires de Royaumont, espérant faire vibivr une corde de ce côté. Peut-être un dignitaire de Vt^\\^ se laisserait-il attendrir, et s' intéresserait-il à l'inhuni?tion convenable des restes d'un évéque de Bayeux, «: Mgr François-Armand de Lorraine. D*ailleurs on pom^:: se persuader jusqu'à un certain point qu'on éveillent quelque écho à Cambrai, lorsqu'un intérêt toucli?: Royaumont, par la raison qu'un archevêque de Carobu du dix-huitième siècle avait été abbé commcndataire (i Royaumont. Mais Cambrai avait assez d'affaires surs^: propre territoire pour ne pouvoir épouser les fardeao^ du département de Seine-et-Oise. C'est ainsi que tous ^ efforts échouèrent pendant treize années ; voilà pourqn le publiciste qui avait réclamé en 1843, pour réitérer >r vœux, reprit la plume en 1856. « Nous avons voulu sa\<> disait M. Poujoulat, ce que sont devenus les trois cercur. des princes de Lorraine que nous avions laissés à Rov' mont ; mademoiselle Georgina Vander Mersch , fille i possesseur du lieu, dans une lettre où respirent le p^j des vieux souvenirs et le respect des saintes ruines, r. 4 apprend que les trois cercueils sont toujours à la mn