LIVRE PREMIER
de l'acte royal qui constituait Tabbaye de Royaumont, ils ne furent i oint mis en grands frais de rédaction littéraire ; la charte de fondation, d'un latin tourné a la française, est dans le style usité pour les actes notariés. Cette charte du reste ne pouvait être, après la déclaration d'érection de l'abbaye, qu'une monotone énumération des donations, terres, redevances et privilèges octroyés à Royaumont, et une manifestation officielle des acquisitions territoriales nécessaires à son installation et à sa subsistance ^
On remarquera que saint Louis ne se laissa point arrêter par les agitations de la nie ; sa charte de fondation est datée de cette année de troubles où une vive querelle entre la population bourgeoise et les étudiants de Tuniversité de Paris produisit une grande émotion, en prenant des proportions inattendues. Voici comment un historien. du treizième siècle intitule un chapitre de la Vie de saint Louis : « Comment ly roys fonda Tabbaye de Royaumont, et de la dissension entre les escoliers et les bourgeois. » Le confesseur de la reine Marguerite, développant son titre, signale la simultanéité de la fondation de Royaumont et des troubles considérables qui agitèrent, à cette époque, la population de Paris : « En l'an de rincarnalion mil II « cent et XXX, le roy Loys, qui ardans et eschaufez estoit « de Tamour nostre Seigneur, et Tâme douquel désirrait a aussi Dieu comme fet le cerf qui est chassies les fonce taines et les yaues, fonda une abbaye de Tordre de Ci- « tiaus en l'evesquié de Riauvés de lès Riaumont-sus-Oyse, c< el lieu que Ton disoit Cuimont, et Tapela l'en Royau- « mont. Uecques mit abbé et couvent pour Dieu servir et a leur donna et assigna rentes et possessions pour eulx « vivre largement et habundamervt. En cel an meisme que a l'abbaye de Royaumont fu faite, grant dissentions mut à
* La charte de fondation de saint Louis est extraite de ce que l'on appelle le cartuîaire de Royaumont, qui se trouve aux manuscrits de la bibliothèque Impériale, rue Richelieu.
« Paris entre les clercs et les bourgeois, et ocirenl li bour- <c geois aucun des clercs. »
La charte de fondation de Royaumont donne lieu à une seconde remarque, c'est que, de toutes les premières fondations des monastères de France, il s'en trouve fort peu qui égalent celle-ci en libéralité, en magnificence. Saint Louis y retranche autant qu'il peut tous les obstacles qui pouvaient troubler la paix et la solitude des religieux, et les sépare en quelque sorte de tout le reste du monde, en les exemptant de toutes sortes d'impôts du domaine, relativement à tout ce qu'ils achèteraient ou vendraient pour eux, ordonnant que les frères en fussent crus à leur parole, cl leurs serviteurs laïques à leur serment ; en voulant que ceux qui leur devaient payer ce qu'il leur assignait le fissent sans différer, ou payassent dix livres pour chaque jour qu'ils différeraient ; en se réservant enfin à lui dt à sa cour la connaissance de tous les procès qu'on leur intenterait*.
Tel était Tesprit de la charte de fondation de Royaumont; saint Louis donna, depuis, un acte exprès, tant pour confirmer la pensée générale de cette charte que pour assurer l'exemption de tous les droits et impôts ; cet acte est daté de Beaumont, du mois de novembre 1251 el adressé à tous les évoques, abbés, comtes, barons cl ofliciers de justice. Plusieurs grands seigneurs secondèrent l'initiative du monarque. Philippe, comte de Boulogne, Amaury, comte de Montfort, et le connétable Mathieu de Montmorency donnèrent aussi diverses exemptions à Royaumont, le 30 novembre 1 230, pour les droits et péages que les seigneurs particuliers prenaient alors sur les terres.
Si, au lieu d'être fondé au treizième siècle, Royaumont était né au troisième ou au quatrième de l'ère chrétienne,
* lo Nain (\c Tillrmont, Vie de saint Imii, 1. 1. p. 49i