‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 37 sur 288 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

il aurait semblé que cette abbaye était créée pour effacer toute trace des Gaulois dans cette portion de la Gaule- Belgique. Quand la conquête romaine, a-t-on dit, n'aurait fait qu'arracher la Gaule aux druides et l'initier à des cultes plus doux, il faudrait bénir les guerres de César. Elles asservirent un peuple, mais elles délivrèrent l'esprit humain. — Les druides, théocratie enracinée dans la superstition commune, gouvemaieat le peuple par la terreur du ciel, et maintenaient cette terreur par des hétacombes humaines. Les autels étaient des billots de pierre sur lesquels on creusait des égouts de sang^ Il n'y avait pas lieu, au temps de saint Louis, de renvoyer l'élément druidique. L'idée chrétienne avait pénétré profondément dans le sol gaulois, à la suite des apôtres qui évangélisèrent Senlis, Saint-Quentin et Beauvais, vers le troisième et le quatrième siècles*; il y avait longtemps qu'on avait percé ces murailles végétales, ces grandes haies qui barraient le chemin à la cavalerie et aux troupes à pied. Les idées nouvelles marchèrent plus vite que les légions de César et passèrent par-dessus les haies. Soixante ans avant notre ère, un druide' mêlé au cortège de César, vainqueur des Gaules, intercédait un jour auprès du général romain, en faveur du pays des Bellovaques ou du Beauvaisis^ comprenant Creil, Cuimont et Asnières-sur-Oise, ou du moins les rares bourgs existant à cette époque. César céda aux prières du druide et ne ruina pas la capitale des Bellovaques. Au treizième siècle, on créait une colonie de moines qui intercéderaient à leur tour, en faveur des mêmes contrées élevées à une autre civilisation et dotées de nouvelles croyances. Y aura-t-il quelque César des époques nouvelles auprès duquel Royaumont devra interposer ses sup-

' Hiêtoirede César, par Lamartine.

• Voy. au livre suivant.

' Il est nommé DfW/to^.Voy. Commentaires de César, — Histoire de César ^ par Lamartine, p. 424.

46 HISTOIRE DE ROYÂUMÛNT.

plications ? Royaumont aura-t-il à sauver les fiellovaques christianisés? Le type belge, le type gaulois sont restés inéflaçables, mais le temps amène des nécessités et des calamités qu'il faudra peut-être conjurer.

Il ne vaut pas la peine d'engager une discussion avec Guillaume de Nangis sur la date et Tannée exacte de la fondation de Royaumont. Entre Tannée 1230 que le moine de Saint-Denis assigne et Tannée 1228 qui est indiquée dans cet ouvrage, la différence n'a pas d'importance réelle : que Royaumont ait été fondée en 1228 ou en 1230, encore faut-il entendre par ces mots le premier moment où Ton commença les travaux de l'abbaye. Pour Tacfaèvement complet de la construction, il exigea, quelque rapidité qu'on y ait mis, ces conditions absolues de temps et de sage lenteur, indispensables pour que Tart se recueille en lui-même et puisse méditer ses monuments I On choisira entre Tautorité de Guillaume de Nangis qui assigne Tannée 1230 et les anciens manuscrits de Tabbaye qui portaient 1228, conjointement avec la charte de fondation donnée par le roi saint Louis. L'historien du Beauvaisis constatait, en 1631, cette petite dissidence dans Tâge de fondation : « Es anciens manuscrits de Tabbaye de Royaumont, il se trouve qu'elle fut bastic en Tan 1228, et dans Guillaume de Nangis... en Tan 1230^ » Le Chrotiicon Cistercietisisordinis^ imprimécnl614à Cologne, se rapproche de la date de 1 228 plutôt que de celle de 1230* ; il en e«l de même de Pierre le Nain qui écrivit au dix-septième siècle, d'après le manuscrit de M. de Tillet : « Saint Louis, dit-il, commença, le 24 ou le 25 février de Tannée 1228, la fondation de la célèbre abbaye de Royaumont, au diocèse de Beauvais, par le conseil de sa mère et de quelques

* Aniiqiûtéê du Beauvaisis, par Louvcl, t. I.

'« Eodem anno (1227) fundata est abbalia Regalis Montis ia dicceesi Bellovacensi. » Chronicon CisUrdensis mrdinis, iii-12, p. 322. CoUmix À^ri^ piiwr, 1014

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