LIVRE PREMIER
blesse toujours croissante, avisa aux éventualités les plus immédiates de la monarchie illustrée par Philippe Auguste, et aux moyens d'assurer les droits de Louis IX; cela fait, il se retirait de ce monde, laissant à fonder une œuvre de haut intérêt moral; il avait élé, disent les chroniqueurs, <c un prince fier comme lyon envers les méchants, paisible merveilleusement envers les bons. »
Les barbares du cinquième siècle disaient à l'archevêque Paulin : « Nous traversons cette vie terrestre, ignorant ce qui la précède et ce qui la suit ; après un moment de lumière et de douce chaleur, nous repassons de l'hiver dans Thiver, semblables au petit oiseau qui, entrant par une porte, sortant par lautre, traverse la salle, où, dans un jour d'hiver, les guerriers sont assis autour d'un bon feu, tandis qu'il pleut et neige et vente au dehors ^ )» Louis YIII, au moment de passer par l'hiver de la mort, pour aller subir les épreuves dernières, inconnues, de la vie future, s'occupa, dans un acte suprême de chrétien, du salut de son âme, et voulut clore son existence terrestre par une de ces œuvres qui témoignent l'amour de Dieu et du prochain : l'abbaye de Royaumont naissait de ce désir final.
On pense avoir suffisamment fait saisir le lieu de la scène, ainsi que la première conception ou les causes d'origine de Royaumont. Le territoire d'Âsnières-sur-Oise est borné encore aujourd'hui, au nordy nord-ouest, par la rivière dfe l'Oise, sur une étendue de plus de deux kilomètres. En face, sont les territoires plainiers et fertiles de Bruyères et de Boran qui viennent s'arrfeter devant la borne naturelle créée par le même fleuve. Au nord^st^ la limite du pays d'Asniëres est fixée par le ruisseau nommé la Vteille-Thèvej dont le cours modeste ne laisse
< Bede, ëdit de SaTiUe, p. 328. Un poète de l'Allemagne moderne s'est emparé de cette image de la vie.
72 ÎJISTOIRE DE ROYAUMONT.
point, au premier aperçu, deviner les ressources que la contrée lui emprunte. La Vieille-Thève coule depuis les étangs de l'ancienne abbaye de Comelles jusqu'à l'Oise à travers des marais. Tout indique que le fondateur de Tabbaye de Royaumont dut conduire la Vieille-Thève le long du bois de Bonnety afin d'en élever le niveau, et d'en amener les eaux à Royaumont, pour en pourvoir les vastes étangs^ : les marais des communes de Boran, du Lys et de la Morlaye, viennent confiner à la Thève*. A Vesty la grande route de Paris à Amiens sépare le territoire d'Asnières de ceux des villages de Coye et de Chaumontel. Au sud-est, les territoires de Luzarches el.de Yiarmes forment lai limite. Au sud, Saint Martin du Tertre, dit aussi Franconville, est le point terminal. Enfin, le parcours s'achève, à l'ouest, par le village de Noisy-sur- Oise, dont le site, qui séduisit au dix-huitième siècle le chancelier Meaupou, devrait tenter la plume de nos écrivains paysagistes. Tel était, tel est encore le territoire d'Asnières-sur-Oise, qui comprend, dans sa plus grande étendue du sud-ouest à l'est, une longueur de près de 8 kilomètres. Cette longueur avait l'une de ses extrémités dans la forêt de Carnelle aux murs du parc de Saint- Louis, au sommet de la colline; Tautre extrémité était b igrande route de Paris à Amiens. Lorsque, sur cette éten* due de 8 kilomètres, on embrasse les diverses modifications introduites par les siècles dans la physionomie locale, on voit successivement s'échelonner la ligne des co-
* Ces étangs étaient indispensables à ralimentation de cent religi^iu dont la nourriture consistait en partie en poissons d'eau douce.
* Le bétail d'Asnières avait autrefois sa part de pacage et de libre pa^ cours, avec celui de Boran, du Lys, de la Morlaye, sur les marais de c»>^ communes. U n été dit que le marais prés Royaumont, vers le Lys, appartenait depuis l'an 750 & la maison de Montmorency. Le i5 mai 159S. Philippe de Montmorency, seigneur de Precy-sur-Oiso, fit concession aux baltitants d'Asnières-sur-Oise, de Royaumont, de Haillon, du Lys, delaMorbyr et de Gouvieux, des marais indivis de Thève, situés entre l'Oise et la ririén de Thève, laquelle sépare la section du poit du terrain d'Asnières.