‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 49 sur 288 · LIVRE PKEMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PKEMIER

Les modernes n'auront donc pas de peiné à saisir le véritable point de vue par lequel la création du monastère de Royaumont devenait pour la contrée un immense bienfait local, et même national par la relation de la partie avec le tout. Le contact de la contrée avec Uinsti* tution due à Louis YIII et à saint Louis ne créera-t-il pas un foyer de chaleur et d'électricité morale ? La glorification de l'idée de pauvreté ne se Iransformera-t-elle point, comme résultat, en richesse effective pour le pays ? L*on sait aujourd'hui en physrque que le mouvement et la chaleur se transforment l'un dans l'autre ; que la chaleur se traduit en mouvement, de même, que le mouvement subitement interrompu donne naissance à de la chaleur; si bien que Ton peut calculer Télévation de température que subiraient deux astres d'une masse et d'une vitesse connues, si l'un venait faire obstacle à l'autre, comme la cible à la balle d'un fusil. On sait que l'eau * tombant de son propre poids d'une hauteur détorde la possession individuelle, je ne l'imagine pas. Je crains que le dernier terme de telles sociétés ne soit une déplorable médiocrité. léserais certes accusé de paradoxe si je venais soutenir que les idées de François d'Assise sont le remède à ce mal de notre temps ; la thèse de l'excellence et de la noblesse de l'aumône ne trouvera pas de nos jours beaucoup de partisans. Il faut reconnaître d'ailleurs que l'antipathie de l'école franciscaine pour l'argent et l'économie reposait à beaucoup d'égard sur des exagérations. Posséder n'est pas un mal; il est très-vrai cependant que l'acquisition de la richesse suppose quelque imperfection. Car enfin si l'homme devenu riche eût été moins âpre au gain, moins préoccupé de son négoce, plus adonné à la vie de l'âme ; s'il eût fait plus d'aumônes, s'il eût eu plus de ce laisseraller qui est \A marque d'une âme élevée, il eût été moins riche. On fait fortune parce qu'on a d'imparfait; pour devenir riche il faut user de .son droit eu toute rigueur, garder soigneusement son argent, en tirer parti, soutenir des procès, toutes choses qui ne sont pas un mal, mais qui ne sont pas ce qu'il y ji de mieux, ni le fait d'âmes très-nobles. Là où l'homme met son trésor, il met aussi son cœur. La propriété rétrécit l'âme, Jui fait perdre quelque chose de sa légèreté ; l'oiseau est plus agile que le limaçon qui traîne sa coquille. r> (Articles de M. Ernest Renan sur saint François d'.Assise, dans le Journal des Débats, du 20, 21 août 1866.)

* On démontre par expérience qu'un kilogramme d'eau tombant par son propre poids d'une hauteur de 425 mètres s'échauffe de \ degré par le seul fait du choc. Plus la vitesse est grande, plus la température est considérable. C'est ainsi qu'un boulet de ranon, qui parcourt 1450 mètres à la seconde.

minée, s'échauffe d'un nombre donné de degrés, par le seul fait de son choc avec le sol qui arrête son mouvement. L'abbaye de Royaumont ne sera-t-elle pas cet obstacle bienfaisant qui produira, dans la répon de Cuimont ,el d'Asnières-sur-Oise, une élévation de température morale? Au lieu d'un choc, la juxtaposition suFfira pour que mouvement, chaleur, lumière, purification des mœurs, habitudes laborieuses, progrès social, sanctification, amélioration matérielle, se dégagent et jaillissent en flots de bienfaits.

Louis YIII n'avait point pour théologie que l'homme soit exclusivement une brute, ou bien une simple machine à dépenser de l'argent ^ ; il avait aimé, à certaines heures de $a vie, à soulever le problème de son individualité intime et à percer le voile qui lui cachail l'éternité. Surtout, quand, dans la demeure du sire de fieaujeu, il sentait qu'il allait, voyageur fatigué, s'asseoir sur la route de la vie et laisser la caravane humaine continuer sa course, il se préoccupa vivement alors de savoir comment il forcerait les portes de l'autre vie. Il élail sûr de revivre, mais inquiet des conditions et de la manière dont il revivrait. Les personnages de haut rang qui assistaient à ses derniers moments, le comte de Boulogne, Archambaud IX de Bourbon, Robert de Coucy, maréchal de France, Jean de Nesle, et tant d'autres, pensaient naturellement à la profonde secousse que la mort prochaine du roi allait donner aux passions* politiques. Louis VIII, conservant sa présence d'esprit malgré sa foi-

s'élève à 275 degrés de chaleur, loi'sque à celte distance on lui oppose un obstacle qui arrête sa course. Aussi voit-on les balles de fusil, non pass^u^ leineni s'aplatir sur la plaque de Ter qui sert de cible, mais se fondre H s'étaler comme un corps mou. (TraUi^s de Phyiique et d'Astronomie* articW de D. Al. Donne au sujet do la session de l'Associât, scieutifiq. de Franrf. 18. 19, 20 juin 1866.)

* D'après b dôlinition d'un publicislc américain, l'homme ne serait qu'une machine à gagner de l'argent, et la femme qu'une antre n)aclii>'<* pour le dépenser.

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