‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 73 sur 288 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

vouée à son devoir , activité que rien n'épuisait , il ne tenait pas€n place, le zèle le dévorait. Ce qui est précieux, c'est que cet homme, d'un grand esprit d'ordre, notait jour par jour ses démarches. Il a tenu journal de ses visites comme de ses actes; en sorte que nous possédons aujourd'hui un témoin des premières années de Royaumont ayant vécu dans Fintimité des premiers abbés et des premiers moines. Le journal de Odon Rigault est un monument des plus curieux de cette époque, et par sa simplicité naïve, et par sa ferme équité. Ce n'est point la partialité qu'on reprochera à Eudes Kigault, archevêque de Rouen ; un historien de ce siècle le qualifie de « pasteur plutôt bienveillant que sévère, mais prêtre moral et honnête homme. » C'est plus que cela ; nous connaissons peu d'hommes dans l'histoire qui aient révélé avec une franchise aussi impitoyable (sans en taire une seule), les faiblesses et les misères du corps et de l'administration dont ils faisaient partie. A part saint Augustin qui a édifié par ses confessions, et Jean«Jacques Rousseau qui s'est diffamé lui-même, on ne rencontrerait point un aussi implacable divulgateur des misères du treizième siècle. Corruption intellectuelle et morale, clergé et laïques, prêtres de campagne et habitants des cloitréë , rien n'est épargné dans les notes naïvement cruelles du zélé réformateur. La manière si radicalement différente dont le prélat s'exprime, selon qu'il parle de diflérents monastères de Normandie ou du pays de Séez , ou bien, selon qu'il écrit ses réminiscences de l'abbaye de Royaumont, est d'une portée que l'on comprendra; ce contraste est la plus belle et la plus irrécusable apologie historique de l'enfance de Royaumont. Quelques citations prises au hasard suffiront pour mettre ce point en lumière : — « Dix-sept des ka- « lendes d'août 1 250, chapitre de saint Gervais, diocèse « de Séez, composé de vingt-quatre chanoines. — Ils « ne gardent point exactement la clôture ; bien plus.

a les séculiers entrent dans le cloître ; le silence n'esl « observé ni dans le cloître ni dans l'église; quelques chaa noines portent des étoffes de serge rayée. Nous avons a ordonné à l'évéque de faire disparaître ces étoffes. Les « archidiacres achètent des chevaux eux-mêmes ; les « chanoines boivent en ville ; le prieur est tant soit peu « relâché, et incapable de remplir ses devoirs. » — Dans sa lettre à l'évéque de Séez, Tarchevëque signale encore d'autres désordres : a à Téglise, au dortoir, au cloître, a au réfectoire, les chanoines n'étaient pas ce qu'il fal- (( lait ; ils invitaient à leur table des personnes peu hon- « nètes. Le frère -Oliverius est noté de désobéissance et « d-effronterie ; Guillaume de Herbée est accusé d'aimer « la propriété; il porte un habit déshonnéte, puisqu'il est « de diverses couleurs, etc. x> — a Diocèse de Coutances, « dix-huit des kalendes de septembre. — L'arche?êque « mentionne maître d'Oissel, et le qualiûe sévèrement. » — c( Saint Sauveur également au diocèse de Coutances, en « voyage. — Les moines ne gardent pas le jeûne prescrit; « le pain d'aumône est tellement grossier que les pau- « vres ne sauraient en manger. » — « Six des kalendes ce de septembre, abbaye de Tordre de saint Augustin, « près Cherbourg. — Les femmes entrent à l'église et pé- « nètrent jusqu'à l'autel; nous avons ordonné qu'elles en a soient tout à fait repoussées ; Tabbé est tombé dans un « état de relâchement déplorable ; il ne se lève point pour a matines; il ne mange point au réfectoire, quoiqu'il en m soit capable ; il monte plus à cheval que ne le de- <c mandent les besoins du monastère; il a trop de domesti- « ques. » — « Diocèse de Bayeux , deux des nones de « septembre, au monastère dcLalande-Patry. Les moines a se servent de matelas et mangent de la viande^ ce qui « est interdite x>

' Yoyei ou le Jimrnal des Visiies imprimé en 185!2 ou le manuscrit latin à la Bibliothèque impériale Ricbelieu, aux manuscrits: n* i2i5, in-folio de

Page 1