‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 72 sur 288 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

archidiacre du dict lieu, avec tous ses droits, juridictions, et appartenances, la collation duquel, avec toutes ses dépendances, nous appartenait ; nous, mus par un sentiment de piété, et pour l'honneur de Dieu et de la vierge Marie, l'avons conféré à Téglise de Rouen et à notre bienaimé et féal Odo, par la grâce de Dieu archevêque de Rouen, pour lui et ses successeurs en jouir librement et à perpétuité ; duquel archidiaconé et des dépendances nous avons investi le dit archevêque, transférant totalement à sa personne et à celle de ses successeurs, et à Téglisede Rouen, tous etchacuns des droits, jurisdictions, et généralement tout ce qui appartient au dit archidia-

coné* »

D'après cette charte, l'archevêque de Rouen devait députer une personne à Pontoise, pour entendre et connaître de toutes les causes des bourgeois de cette cité, appartenant au for ecclésiastique. Mais les historiens se sont demandé si saint Louis avait le droit d ordonner cette incorporation ainsi que ce transfert de Tarchidiaconat de Pontoise à l'archevêché de Rouen. Ce n'est pas le lieu d'entamer cette controverse. Pontoise et le Vexin formant une exemption , un pays indépendant , appar* tenait-il au roi, à l'archidiacre ou à l'archevêque , de les inféoder, sans entendre et Jes Pontoisicns et larchevéché de Paris, ainsi que l'abbaye de Saint-Denis, qui avaient des droits sur cet archidiaconé? Ne fallait-il pas l'autorité suprême du Pape? Des jurisconsultes et des théologiens l 'ont pensé ' et la ville de Pontoise ne cessa de réclamer contre cette espèce d'anéantissement de son archidiaconé. Toutefois, à quelques maladroites interprétations que la charte de saint Louis ait donné lieu, et malgré les contes-

* V. l'abbé Lebeuf, HUt. du dioc. de Paris. — Nangis, dans la Vie de saint tjmû,'~Archives(iu Grand-Vicariat de Pantoise:— Daval— AfaniMmr^ sur Pontoise; — Bistqfrede Pontoise, par l'abbé Trou, p. 68.

* Tels que Deslions, doyen de la faculté de Paris; Rebuffe, Uiéologien Jurisconsulte, et auditeur de rote à home. Praxis beneficiorum, p. 139.

lU HISTOIRE DE ROTAUMONT.

talions et les plaids dont elle fut Torigine entre la ville de Pontoise et rarchevéché de Rouen, il n'en est pas moins vrai, qu'à partir de ce jour, les archevêques deRouen eurent la gestion de Tarchidiaconé de Pontoise. C^est pour cela, que le pieux archevêque de Rouen, au milieu du treizième siècle, Eudes ou Odo Rigault, fut attiré par sa qualité d archidiacre de Pontoise, à Tabbaye de Saint-Louis.

Eudes ou Odon Rigault, qui avait succédé sur le siège de Rouen, à Pierre de Colmieu, venait souvent à Royaumont, et les religieux donnaient à ce prélat une hospitalité empressée. Eudes ou Odon Rigault était un homme de talent, un ancien auditeur d'Alexandre de Haies, qui s'était élevé par ses mérites personnels; c'était surtout un de ces évêqucs austères et droits, dont Texistence s'épuise à tout ramener au bien, à Tordre, à l'idéal évangèlique. Comme ce prélat multipliait ses visites à Ropumont, si les moines y eussent pris garde, ils auraient pu remarquer que le vertueux évoque était un de ces observateurs auxquels rien n'échappe, et qui, mêlés à un groupe, appelés à côtoyer une individualité, ont presque instantanément deviné les caractères, compris les situations; ils peuvent, à heure fixe, dire dune institution, d'une société, d'une personne, d'une chose : « Il y a progrès ou décadence ; on marche à Ja ruine ou à In prospériié. »

Il eût été regrettable qu'il ne fût parvenu jusqu'à nous aucune des inipressions de ce pieux et austère prélat relatives à l'abbaye royale de Royaumont. Quel homme pouvait, avec plus d'à-propos, discerner les tendance^ primitives de Royaumont, en signaler les défauts, y découvrir les côtés- défectueux? L'amitié et la courtoisie w l'aveuglent pas. Odon Rigault voyait les choses d'un point (le vue élevé; a la diligence du prélat à visiter son diocè^ fut singulière, dit un annaliste \ » Nature ardente, i^

• V. Hfitoirf dn archivée de Houen, fol. 470.

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