‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 75 sur 288 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

régnaient à cette époque dans les maisons religieuses ^ » L'historien de l'abbaye de Nolre-Dame-du-Val, fait ressortir, à son tour la portée historique du journal des visites; Eudes ou Odon Rigault, était métropolitain de la province de Normandie ; ce prélat élait entré dans Tordre des frères prêcheurs en 1236 ; la haute réputation de ses talents et de ses vertus l'avait placé, malgré ses vives résistances, sur le siège de Rouen, et, au mois de mars de la même année, il avait reçu à Lyon la consécration épiscopale des mains du pape Innocent IV. Odon Rigault, ami intime de saint Louis, confident de tous ses secrets etmêléaux plus grands événements de son règne, conserva, au sein des grandeurs, les mœurs austères de l'ordre qu'il avait embrassé. N'étant que simple religieux il avait employé sa belle éloquence à prêcher la réforme, des monastères pour en écarter les abus qui tendaient à s'y glisser et à leur ravir l'état florissant où ils étaient parvenus; cette réforme, Odon, une fois en possession de son siège, la poursuivit avec une infatigable ardeur dans son diocèse et le reste de la Normandie. A peine avait-il été promu à l'épiscopat, qu'il avait commencé ses visites pastorales '. Ces visites, en ce qui regardait les monastères, avaient principalement en vue le rétablissement de la régularité par l'exécution entière des nouveaux statuts ' que le pape Grégoire IX avait adressés aux évèquesel aux abbés pour la réforme des ordres religieux. Odon paraissait beaucoup moins préoccupé du bien qu'il apercevait que des abus contraires aux instructions du saint Pape. Partout où ils se présentaient à ses yeux, le saint prélat les signalait et employait tous les moyens qui étaient en son pouvoir pour les détruire. Les faits mauvais qu'il remarquait, comme aussi les résolutions qu'il avait

' Journal desvisiten d'Eudes Rigauli, préface ; édit. 185Ï.

« Le 17 juillet 1248.

' La bulle qui les contienl était datée du 9 juin 1332.

'prises, les actes d'autorité auxquels il avait eu recours, se trouvent consignés de la manière la plus simple et la plus concise dans un registre écrit en latin, où il retrace jour par jour son itinéraire. Les notes que le journal renferme ont d'autant plus de prix quelles étaient écrites pour Odon lui-même sans être destinées à la publicité ^

Lorsqu^un tel prélat, qui mérita de son temps d'être appelé « la régie de bien vivre, » a séjourné, à plusieurs reprises, à Fabbaye de Royaumont, pendant les années 1259, 1260, 1261, 1267, 1268, lorsqu'il s y est rencontré et y a vécu avec saint Louis, lorsqu'il y est passé tant de fois en tournée d'archevêque, lorsqu'un tel prélat n'a pas un seul mot, dans les lignes qu'il a laissées sur Rojaumont, qui soit défavorable à l'abbaye, on possède, par cela même, noQ-seulement la présomption, mais la certitude absolue que la nouvelle abbaye se déploya sans Ahfaillance morale, au treizième siècle. Aussi, Tétat primitif de Royaumont inspira-t-il le témoignage suivant, i^endu par un historien sérieux du dix-septième siècle. Pierre Le Nain, après avoir retracé sommairement la fondation de l'abbaye de Royaumont, conclut sa notice par une reflexion ou par un hommage aux mœurs et à la piété do Royaumont au treizième siècle : « Cette relation, dil-U, a servira à l'ordre cistercien de monument éternel des c( obligations qu'il a à saint Louis et de motif puîssaM « aux religieux de cette maison pour imiter la ferveur et « la religion de ceux qui y ont les premiet^s servi Jésusc( Christj et dont ce saint roi admirait la régtdariié et /« if religion*. » L'aurore de Royaumont fut donc, d*après le> documents historiques, riante et digne, colorée de splen-

* L'abbé Lefournier, membre de la Société française de la oons^^nrat. «^ monuraenu» Euai hûiorique êur l'abbaye defi.'Dame^u-Val.p, 51. ôi.

* EuaidetkUt, deFordrede Ctteaux, par dom P. Le Nain, t. IX, p ^^r* Paris, 1607.

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dides lueurs ; et cependant, si l'on eût regardé avec cet œil pénétrant du législateur philosophe, qui sait déduire prophétiquement des données du présent les conséquences logiques qui apparaîtront dans un avenir plus o.u moins éloigné, on aurait peut-être distingué des éléments de ruine et des germes de future perturbation dans cet établissement qui ne jetait encore qu'un éclat naissant. On sait bien qu'ici-bas, réunirait-on les éléments les plus solides de durée, toute institution à laquelle Ie«ciel n'a pas promis, d'une promesse expresse, la perpétuité sur la terre, doit tôt ou tard périr ; les races, les civilisations, les nations ont un terme. A ce point de vue, on pouvait se dire, même au treizième siècle, que l'ouvrage de Blanche de Castille, après s'être développé et avoir vécu pen- * dant plus ou moins de siècles, suivant les principes qui l'avaient fait naître et lui servaient d'appui, finirait par tomber de vétusté. Mais en dehors de cet anathème universel qui pèse sur les choses vivantes, bien qu'en soi aucune institution ne soit à l'abri des éléments destructeurs, et qu'après la durée moyenne des abbayes, celle de Royaumont fût, comme les autres, destinée à vieillir et à mourir dans un laps de temps, on pouvait dès l'aurore même de Royaumont, prévoir plus que cela et pressentir la vieillesse prématurée et accidentelle de la jeune abbaye.

Le danger viendra-t-il du cAté d*Asnières-sur-Oise? Rien n'indiquç, dans l'histoire, une hostilité quelconque, de la part de la contrée, envers la nouvelle abbaye. La nouveauté d'une colonie implantée dans ces parages ne déplaisait pas à une localité paisible et imbue de sentiments sociaux et conservateurs. Les monastères avaient encore de la popularité, et la fondation de ces communautés était, au temps de saint Louis, comme aux premiers jours du moyen âge, un événement considérable qui intéressait nos pères à l'égal de l'établissement « d'une

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commune, d'une brillante chevauchée d'armes, ou d'une victoire remportée sur les Sarrasins. » Les abbés de Royaumont devenaient, par la force des choses et par le droit féodal, les seigneurs d'Asnières-sur-Oise ; et aux privilèges que saint Louis devait accorder à Pabbaye, s'ajouteront ceux des rois ses successeurs. Le carttdaire de Royaumofit contient la charte, octroyée par Philippe roi de France en 1297, qui donnait à Fabbaye de Royaumont toute justice haute, moyenne et basse, dans toutes les terres qu'elle avait acquises pendant ce règne et le règne précédente Un mauvais compilateur moderne, Dulaure,' a répété après Louvet, auteur des Antiquités du Beauvaisis aux premières années du dix-septième siècle, et après le confesseur de la reine Marguerite, que saint Louis, et pour que les moines consacrés à Dieu pussentplns a librement et plus dévotement vaquer aux louanges di- <( vines, leur donna, dans le même lieu de Rojaumont, de ce grands biens pour subsister, ce plurima et ingentia pnea dia, unde possent sustentari. » Celaétait vrai ; dèsTorigine, plusieurs propriétés adjacentes, don de la munificence royale, le moulin de Giez*, le bois de Royauinonl^ le moulin de Bertinval ^ et d'autres domaines situés sur le territoire d'Asnières ou de Viarmes, furent annexés à l'abbaye naissante; les successeurs de saint Louis devaient favoriser, à leur tour, ce mouvement territorial ascendant ".

On connaît l'ancienne organisation de la France; li* droit de rendre la justice était attaché aux terrefi seigneu-

* Cariul , t. 111. p. 1176, manuscrit de la Bibliothèque impériale. *.A l'cbl et non loin de l'Abbaye.

^ C'est un bois qui, comniençanl à Tabbaye. s'étend jusqu'à la forêt da l^ et û celle de Cbaniilly: on l'apiielle aussi bois de Bottuet-

^ A i'esi de Royauinont ot non loin de Luzarches. Le seigneur de Haiv-t"^ donna à l'abbaxe, en 1240, une partie de ces moulins de BertinTal.

* Piiilippe de Valois, en 1533, donna à l'abbaye de Royaumont à preinJ ' sur la seigneurie de Chambly, dix livres de retUe^ à condition de les partager sTec six autres maisons ou prieurés.

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