‹ Histoire de Royaumont (volume 2)Chapitre 76 sur 288 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

riales, et ifaisait, avec ces terres, et au ménie titre qu'elles, partie du patrimoine des familles qui les possédaient ^ . C'est à ce titre que les rois, successeurs immédiats de saint Louis, confirmèrent à Tabbaye de Royaumont le droit de rendre la justice sur ses terres ; il y avait les justices seigneuriales ecclésiastiques, appartenant aux évéques, aux abbés, comme il y avait les justices seigneuriales laïques; l'abbaye de Royaumont, comme toutes les grandes abbayes de France, fut donc justicière, et eut dans sa seigneurie d'Asniëres, basse et moijeune justice, la haute étant réservée au roi. La haute justice comprenait la connaissance des cas « de rapt, meurtre, boute-feu, péchés contre nature, batteures et mutileures, faites de fait, d'agent et de propor. délibéré, de port d'armes,... de tous cas criminels, de toutes causes réelles, possessoires et civilse'. » La tnot/^nne justice donnait à Royaumont le droit de «créer, bailler tuteurs et curateurs, bailler et décréter sauvegardes spéciales pour corps et biens, et aussi commissions et gardes spéciales en cas possessoires,... faire mains mises, inventaires, subhastations, interpositions de décret et émancipation '. La basse jusiice avait connaissance <x des meubles, de battre autrui sans sang et sans poing garni, de vilaines paroles et injures,... de mettre bornes entre champs ou de mettre saisines et brandons pour cens non payés ^ »

Le danger ne pouvait venir de la supériorité hiérarchique que le droit féodal accordait* à l'abbaye de Royaumont, comme fief dominant^ snr les différents iiefs qui furent érigés, dans la suite, à Asnières-sur-Oise, et qui

* Discours de M. Séguier au parlement de Paris, li sept. i788, !'• conférence sur Tordonnance de 1670: opinion de GuiUaume de Lamoignon.

* Coutume du vutamédeGtrberoy, art. 1, 3, 4. ^ Ancienne coutume de Sens, ar!. 12, 13.

* Coutume du Hdtm/ de Gerberoy, art. 17, 18, 19.

^ Les petits seigneurs relevaient d'un petit seigneur un peu plus considérable, qui relevaii à son tour d'un plus grand. 'Collinde Plancy, Dictionn.féodaK t. l. p. W.)

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if étaient que des fiefs servant, relevant des droits seigneuriaux et de la justice seigneuriale de Royaumont. les populations étaient familiarisées avec les coutumes féodales ; elles avaient, dautre part, la charte de fratwhise ou de commune, que le roi Louis VIII avait concédée aux habitants d'Âsnières. Il fallait plutôt regarder du câtéde Tesprit public, et de l'état de Topinion. Y avait-t-îl harmonie morale, entente entre la ville d'Asnières et Tabbaye qui naissait à peine? Âsnières était-il sympathique à Royaumont?

On ne peut juger des dispositions dont Asnières était animé, qu'en consultant l'esprit du temps; et l'étude de Fétat des mœurs au treizième siècle jette au premier abord dans un grand embarras, relativement à Tétat des idées et des convictions. Le renom d*immoralité des fabliaux est incontestable et mérité. Mais le tableau des vices contemporains qu'un très-grand nombre d'entre eux nous présentent avec tant de cynisme, n'est-il pas faux ou du moins exagéré? Celte corruption, ce liberlinage de mœurs étaient*ils possibles et impunis dans un temps où la religion était dominante et trouvait, dans l'influence civile, de l'appui pour faire accepter sa règle? le treizième siècle manquait-il de foi religieuse ? ou bien la foi manquait-elle d'efficacité sur les mœurs? Si rons'attacheàundes côtés les plus saillants delà société du treizième siècle, il faut lerecônnailre, jamais TÉglise n avait régne avec un empire si absolu sur la pensée et sur le cœur des peuples. «Elle voyait tous les éléments anciens, contre lesquels elle avait eu à se débattre si longtemps, enfin vaincus et transformés à ses pieds. L'Occident tout enlWr ployait avec un respectueux amour sous sa sainte loi; plus qu'à aucun autre moment du perpétuel combat qu'elle soutient au sein des choses humaines, Tamour de ses enfants, leur dévouement sans bornes, leur nombre et leur courage chaque jour croissant, les saints que

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