LIVRE TROISIÈME. i
régnaient au dehors de l'église ^ La première galerie était immédiatement superposée aux trois portiques, et sur cette première galerie elle-même, au-dessus du grand portique, reposait un pignon triangulaire où Ton voyait une sculpture représentant sans doute un symbole de TAncien ou du Nouveau Testament, ou les armes de France comme abbaye royale. La deuxième galerie venait ensuite, avec ses arcades ogivales, reposant sur de fines colonnettes ; on ne voyait aucune statue dans l'entrecolonnement. Au-dessus, apparaissait une grande rosace rotoiane à compartiments en pierre, d'un assez bon travail. Cette partie de la façade était à son tour surmontée d'une balustrade à jour, à hauteur d'appui, régnant dans toute la largeur et formant une sorte de ceinture horizontale ; elle couronnait les murs de la basilique solitaire et formait une galerie découverte qui permettait de faire, à cette élévation, le tour de l'édifice. La hauteur de la façade n'était pas encore épuisée; un autre pignon triangulaire et définitif surplombait le tout, à plus de 30 mètres (l'élévation. Une rose, aux proportions délicates, complétait cette harmonie aérienne.
On n'avait d'ailleurs qu'à se diriger du côté septentrional de la basilique, et Tûeil embrassait d'une manière totale la vaste étendue de cet édifice, ses proportions imposantes, le bel effet des grandes rosaces', la prodigieuse élévation des combles, la projection des arcs-boutants,
' Un maçon de Viarmes, Jaciiues Blochet, releva, dit-on. à la fin du dixhuiUéme siècle, le plan de labbaye de Royaumont que Millin fit graver pour ses Antiquités-nationales, C'est exact; mais la perspective est manquée, en ce sens que, dans le plan de Jacques Blochet, le palais abbatial parait avoir presque autant d'élévation que l'église.
* Le P.Canonneavait raconté, de souvenir, qu'il n'yavaitpas de rûsace à l'extrémité du ti^anssept méridional; et qu'il ne pouvait y en avoir, parceqnele mur était contigu au dortoir des moines. « De l'autre c6té du bras de la croix, dit le P. Canonne, il n'y avait pas la rosette : l'emplacement du grand vitrail était le pignon du dortoir. > Les souvenirs du P. Can<»in6 étaient ils exacts sur ce point ? ne voit-on pas encore un reste de la rosace méridionale ?
170 HISTOIRE DE ROYADMONT.
nécessité un peu bizarre du système gothique, mais néanmoins véritables arcades aériennes, sentinelles ^gilanies autour de la nef et de Tabside, et venant se butter sur les contre*forts terminés par de légers clochetons'. Un clocher aux grandes proportions, couronnement indispensable de Tensemble du monument élevé par Pierre de Monireuil, était placé au point d'intersection de la nef, des Iranssepts et du chœur. Tel était le bel édifice gothique de Royaumont, et un vieillard d'Asniëres, de nos dernières époques, ancien soldat de Louis XVI et de la République, disait, au retour de ses nombreux voyages, « qu'aucune église de France ne lui faisait Timpression d'immensité autant que celle de Royaumont; et que, lorsque le prêtre était à Tautel, il s'atténuait dans le fond de la perspective au point de disparaître, sorte d'atome perdu dans le lointain*»
Que si l'on voulait ressusciter pour l'œil cette splendide église qui n'existe plus aujourd'hui, on peu4 juger, de ce qu'elle était dans son architecture et dans sa forme, par les restes considérables de l'église de l'abbaye de Longpont, h trois lieues au sud-ouest de Soissons', l'église de Royaumont ayant été conçue sur le plan de celle-là, mais « cor* rigée et perfectionnée, » comme on voit par les notes des archives de Versailles^. L'église de Longpont est encore debout, la façade principale subsiste en totalité ; sa double rosace si grandiose, qui resplendissait par une verrière aux mille couleurs, est toute ouverte. La hardiesse et b
* « Les murs et les voûtes étaient soutenus en dehors par deux ran^td'ircar houtans, dit le P. Ganonne, appuyés sur de forts piliers. »
* U. Ledoux mort vers 1803.
^ M. le comte H. de Uontesquiou» possesseur de cette abbaye de L4>Dgp(^ empêche, en véritable ami des grandes choses du passé, que les ruuK^ existantes ne s'écroulent complètement.
* Tillemont rapporte que « saint Louis prit le dessein de la h»^^
telle qu'il la bastit, lorsqu'il fut Tannée précédente au monastère de UniT'
{KMit, l'un des plus grands et des plus beaux qui fussent en France. > Vo^«
aussi, aux Arc/ùves ée la préfecture de Seine-et-Oiêe, ïiiwemiaire et ^
manu conventuelle de Hoyautnanlt liasse cotée R.