LIVRE TROISIÈME
blé Fintervalle entre les voûles et le sol? — C'est ici le triomphe de cet édifice gothique, et ce qui devait plaire à saint Louis. Le monument cessait d'être de la matière, il . devenait presque esprit ; la lumière y faisait irruption par d'immenses fenêtres dont il était tout percé, « on y en comptait plus de cent, » assure M. de Gaignières, « de la forme ogivale du treizième siècle ; » on peut les mesurer encore de nos jours ; ces fenêtres, qui appartenaient au genre fenêtres rayonnantes, étaient hautes de 36 pieds (12 mètres) et larges de 12 pieds (4 mètres) *. La partie septentrionale du transsept était formée par une de ces fe* nôtres de 36 pieds de haut, que de petites colonnes divisaient en trojs parties * ; la fenêtre était surmontée d'une grande rosace*. Une particularité caractéristique de l'église de Royaumont provenait de ces nombreuses ouvertures, de ces fenêtres pratiquées dans les murs avec une telle prodigalité qu'il ne restait plus que des murailles transparentes ou diaphanes. Entre les colonnes soutenant les voàtes, ce n'étaient que vitraux régnant du bas jusqu'au sommet, en sorte que, selon le langage d'un religieux du dix-huitième siècle, « les voûtes de Téglise ne « paraissaient portées que par des pilastres formés de « cannelures prenant leur naissance au-dessus du cha- « piteau de la colonne, et chacune répondant soit aux c( cannelures courbes autour des vitraux, soit aux cor- <x dons des voûtes ^. » Les colonnes de la nef étaient ran-
< Copie moderne du Cartulaire de Boytmmont, à la biblioUièque impériale, par Gaignières.
* Ces fenêtres, au dire du P. Canonne, remplissaient tout le fond, c'est-&dire, prenaient toute ia place du mur ; on comprend ce qu'ajoutaient de gracieux ces petites colonnes, qui divisaient la fenêtre.
> Le P. Canonne vante la beauté de cette rosace. (I^ote à H. Rameau, maire d'Asnières, en 1810.)
^Note du P. Canonne, ex -religieux de Royaumont. — Les détails intérieurs de l'église n'étaient pas tous parfaits : le grand autel (qui existe encore à l'église de Viarmes), avait 6 mètres de largeur, 1 mètre 50 centimètres de hauteur, i mètre 50 centimètres de profondeur; il était en marbre rouge brun ; on voyait deux colonnes en marbre de même qualité»
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gëes sur la même ligne que celles du chœur jusqu'à l'abside ; ces colonnes, de 3 pieds 3 pouces de diamètre, étaient à 18 pieds de distance les unes des autres', à l'exception des pilastres ou gros piliers qui portaient le dôme ou le clocher, et qui étaient également ornés de cannelures dans leur longueur. L'architecte avait mis ce que les archéx)logues anglais nomment un triforium ou galerie intérieure qui régnait au-dessus des cintres d'entre les colonnes et au-dessus des croisées hautes; cette galerie, ornée de balustrades, de petites colonnes, suivait tout le pourtour de la nef; elle était formée, dit Gaignières « de 80 arcades ogivales, retombant sur des co- « lonnettes soutenues, dit- il, par de petits piliers d'une « seule pièce, » un homme pouvait y passer à son aise '. On ne doit pas moins insister sur Tapparence extérieure et grandiose de l'église de Royaumont. Trois portiques occupaient toute l'étendue de la partie inférieure de la façade. Millin ' prétend que la porte correspondant à la nef était ornée de belles sculptures modernes, chargée de fleurs de lis, de croix de Lorraine, de châteaux et de SL. Il nous est impossible de savoir si, dans les profondes voussures par lesquelles se terminait le sommet du portique principal, on voyait, à travers la diminution progressive des arcs multipliés, une quantité d'anges, de séraphins et d'autres personnages sculptés, conîme cela se voit dans les grandes cathédrales du treizième siècle. La gi*avure de l'an 1791 nous laisse entrevoir, à la façade principale, les trois galeries extérieures mentionnées par Gaignières, et qui
r église d'Asnières les possède. Nous admcUrons avec Villin que cet anirl avait été fait avec plus de prétention que de goût ; qu'il était plus ricinqu'élégant.
On voit à l'église de Viarmes un tableau représentant le hanSamariims, qui a été emporté de Royaumont; il n'a pas de valeur.
^RapportduP.Canonnc— Les piliers sont d'une bonne proporUon, ùhaà Millin.
* C'est l'expression du P. Canonne, dernier habitant de rabbaye.
*Aniiquiiéi nationales ^ publiées en 1791.