L'IVRE TREIZIÈME
Je passé* Mais s'il y avait des sécularisations possibles, facultatives, légitimes, il y en avait d'absurdes et de criminelles. Qu'un groupe d'espi lls énonçât la pensée de séculariser la religion, de séculariser Dieu, de séculariser la morale, de constituer la morale indépendamment de toute idée théologique, n'étail-ce point, dans les intérêts d'ordre social, poser la question la phis audacieuse qui eût été formulée depuis la création des l'étais européens?
Un rapproclioment entre la physionomie de Royaumoiit dans la seconde période du dix-huitième siècle, et l'étut des esprits en France, présente le phénomène le plus inexplicable au sens humain. L'abbé commendataire de Royaumont, tout saint homme qu'il était, ne manifestif sa qualité d'abbé et son intervention dans l'abbaye que par ces mesure^ id mimstralives qui témoignent l'esprit d'ordre sans doute, mesures très-louables, mais qui très-souvent aussi dénotent un esprit étroit, une téteim-. puissante, et des horizons très-bornés. Comptez peu sur les g"ens réglés comme des liorlofjes, mais qui ne sont que cela. La mécanique leur tient lieu de spontanéité, la servitude envers la routine pétrifie dans ces natures l'élan du cœur et les saintes passions de l'intelligence. Mgr de Rosset de Fleuri a laissé, pour tout souvenir de sa personne, outre s Li jilace dans le calalogue des abbés, un plan cadastral d'Asnières-sur-Oise, où sont incluses les propriétés de Uoyaumont. Ce plan, conservé jusqu'à nos jo\irs, retrouvé' après la dispersion de 1795, a été récemment mis en ordre et restauré avee un soin des plus intelligents. Formant un album considérable, composé d'environ trente cnries, de 0'",55 carrés, bien dessinées et coloriées, ce plan cadastral déroule successivement dans des dessins très-corrects Taspect de la ville
' La innnicipalitê d'Asnières-sur-Oisc possède ce précieux documcnl, iloii libéral provenant de la générosité d'un homme éminemment dévoué à la conU'ée.
400 HISTOIRE DE ROYAIMOM.
d'Asnières, la situation et la désignation de ses ditïérents quartiers et de ses fiefs ; on y peut suivre les détails de ce qui concerne le territoire d'Asnières et celui de Royau-
inonl. Toujours Focil est satisfait par la netteté irréprochable dos cartes, eu même temps que leur parfaite justesse permet de se rendre exactement compte de l'état territorial. Mais, au lieu de ces minuties bourgeoises d*un propriétaire ordinaire, ne semblérait-il pas plus digne de lioyaumont que sou ;)l)bé comniendalairc portât le plus vif (le sa «îoUicilude sur ce long travail de déco?n[)osilion qu on remarquait dans les régions les plus profondes de la société? L'assemblée du clergé, dans son mé* moire au roi, du 20 juillet 1780, faisait entendre ces paroles prophétiques: «Encore quelquesannées de silence, <'t l'ébranlement, devenu géuéral, ne laissera plus apercevoir que des débris et des ruines * . » N'y avait-il rien de plus urgenl à faire que des statistiques et des plans de géométrie, lorsque la publication de VEne^opédie avait corroboré et centralisé ce grand mouvement d'innovation politique et littéraire qui doiiiina tous les événements, et quand le fi ivole Maurcpas s'écriait, alarmé des progrès du désordre : « Pourvu que cela dure autant que nous? » Le pape Benoit XIV s'étonnait de voir le royaume de France se soutenir sous un Louis XV ; il y trouvait une preuve de rassislauce providentielle ; dans ce même temps, l'abbé tle Uoyaumonl conterait de mesurago avec des arpenteurs.
11 n'est pas moins curieux de fouiller dans les archives des moines de Royaumont à la veille même des explosions qui allaient avoir lieu. Boileau avait raillé les cisier-
ciens en deux vers di^jà cités :
La mollesse à Citcaux a clioisi son séjour, Les plaisirs r.onciialants folâtrent alentour.
» Vov. lliatoiie de l EgiUe au Uu-huUième siècle, par Uobiaiio, l. il, p. 53.'
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Gresset glissait aussi ses vers caustiques sur « les taux
cénobites « portant en « d'équivoques visites le dégoût « de leurs inoutiers. »
On hq voudrait incrinuuerici aucun de ces bons reii* gieux qui liabitèreni Royaumont durant les deux derniers tiers surtout du dix-huitième siècle, dom Nicolas Lambelltn \ dom Jean Dnru *, dom Edme Josse qui était docteur en théologie de la faculté de Paris, dom Alexandre Jacqucmare *, dom Abel Bolle *, dom Pierre Leclerc % dom Pierre-Paul-Josepli Druou dom Baptiste Maillé % ' dom J. Baptiste Roux dom Joseph Druenne ^\ dom Jean Beaugrand dom Charles-Joseph Frontier dom Franrois Mariiine dom Florent Billecoq dom Louis Ra- L!ot dom (labi iel Anselin dom Remi Canuime dom Pierre Huard dom Jacques Ducorroy ^% dom Claude LuxeuiL ^,dom Charles Prévost *\ dom Théodore Dumontier dom Rémi Simon dom Augustin Letellier etc. ' Et cependant l'histoire doit la vérité. L'idée de constituer rindépcndance de la morale, en laissant de coté les idées dogmatiques du christianisme, n'avait pu éclore que devant des faits trop nombreux d'intolérance religieuse, de fanatisme, de superstition, de matérialisation enfin de l'idée chrétienne. Lorsque Phomme trouve que les liniunies gâtent trop ce qui es( de Dieu, son premier mouvement est d écarter tout intermédiaire entre Tidéc divine et son propre esprit, de repousser Pappareii d'un culte, de rejeter les dogmes et tout représentant d'uii dogme : voilà le fait provocateur de la tendance à la
. * Prieur en 1728 et en 1730 — « Procureur en 172G. — » Prieur en 1751 et 17S4. * Procureur en 1754. ^ > Prieur en 1760 et 1762. < Sousprieur, curé en 1762. — ' Procureur en 17G2. — * Secrétaire en 1762, — ^Prieur en 1777 et procureur en 1766. — *" Pi^!i<rieiix. — "Ilem.. — " Item, ces trois eu 1762. — Prieui* eu 1746. — '* Procureur en 1746. — ** Sous-prieur en 1777. — Proeureur» même année. — Dépensier en 1777, procureur en 1787. — Prieur en 17.S7, et en 1790: le dernier prieur — Religieux en 1778. — «» Item, même époque. ** II,, it, — â U., it. — « it., it. — «4 Prieur en 1758.